‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 117 sur 135 · CHAPITRE ClIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ClIL

La priate d^Audenarde.

Eh ce temps, la ville d'Audenarde tenoit pour le parti des Ganthois contre la volonté du duc Maximilian , qui lors estoit en la ville d'Ath ^ accompagné de monseigneur Philippe , de monseigneur de Gueldres , de Charles de Croy , comte de Ghimaj , des seigneurs de Ligne , de Montegny , de ïrelon, Hugues de Meleun et aultres nobles barons, chevaliers etgrans personnages, fort affectés de complaire et servir à leur duc , père et tu-

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teur de léuf prince et seigneur naturel; et afin de réduire la comté de Flandres en pacifique train , certaine et parfaite union ^ il sembloit à la pins part d'iceulx que , se* l'on povoit tenir la ville d^Audenarde de l'obéissance du duc, sans siège mettre et sans grand effroi on tumulte de g-uerre, que les Ganthois perdroient un grc« membre de leur alliance ; et furent assez délibérés de la conquerre par quelque bout.

Il y avoit en ladite ville deux chasteanx ; Fun estoit assez viei, appartenant au seigneur deSaint- Palme ; l'anltre se nommait le chasteau de Bourgogne y fort et puissant ^ où il j avoit deux capitaines ; l'un estoit Voûter de Requim , et l'aultre Pieter de Montmaj. Icelui Voûter, fort affecté aa parti de monseigneur le duc, fut inventeur de ceste emprinse, auquel il manda par un sien bastard, que, s'il vouloit estre au-dessus de la ville et chasteau d'Audenarde, et se trouver de nuict devant icelle , accompagné de ses nobles et féaux personnages pour achever cette besogne, il se disoit seur et certain, moyennant l'adhérence et faveur d'aulcuns estans en ladite ville , auxquels il se confioit, que les chasteaux lui seroient ouverts , et auroit les fors d'icelle à sa volonté. Le duc se consentit à cest advis.

L'heure de la nuict fut prise qu*il se debvoit trouver devant Audenarde ; les signes furent donnés par cris de voix humaine qui fut hem ! hem ! hem! Monseigneur le duc deslogea de la ville d'Ath

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en Hajnault, letraisième jour de janvîei», accompagné de la noblesse dessusdite , en nombre de quatre cents chevaliers et aultres piétons Âllemans^ Haynnjers et Brabanchons jusques au parfaict de deux mille ; ils marchèrent jusques à Nostre-Dame du Cerisier, où ils priudrent les conclusions de leurs affaires; et trouvèrent que en leur conseil le seigneur Desguergues , qui estoit comme médiateur de ceâte emprinseje seigneur de Mervelx, Pierre de Gaure, Huguelin de Salins , quatre archers de corps et aultres qui s'y fourèrent , se trouveroient devant ledit chasteau de Bourgogne, et feroient les enseignes , pour sçavoir se Voûter de Requim fermt l'ouverture qu'il avoit proumis à faire.

Monseigneur d'Austrice et ses nobles, la pluspart se debvoient mettre à pied , et monseigneur Philippe de Clèves le debvoit suivir avecq une bande de chevaulcheurs, pour soustenir et recueillir, se besoing estoit. Les signes donnés par les premiers qui approchèrent le chasteau , ceulx qui dedans estoient, firent bon debvoir de présenter ouverture; et mondit seigneurie duc, adverti de tout, descendit à pied , pareillement la noble chevalerie. Le seigneur de Gheldres, le comte de Chimay, le seigneur de Ligne, de Montigny et de ïrelon et aultres, au nombre de trente ou environ, abàn*donnèrent chevaulx aux pages, d'un très hardi et bon courage , en suivant et désirant complaire à l«iir prince, seigneur et maistr^e, et postposant toute mignotise de court , et saris avoir regard à

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pluie , gresle, vent , gelée , neige , ryme , froidure , morfondure et aultres inconveniens qui facilement surviennent aux corps délicatement nourris ; ajans picques et demi-lances es mains^en fin cœur d'jver, et en ténèbres de nuicl, saultèrent, traversèrent ruisseaux courants , profonds fossés , pleins de fange et bourbe, honnis, crotés et mouillés jnsques aux genoux.

Monseigneur d'Austrice et les siens parvenus jus* ques au lieu déterminé pour entrer, pour enseigne de sa venue , fit réciter son cry^qui fut Saint-Gc»rges ! hem ! hem ! hem ! Et cela fait, demanda à celai qui Vattendoit , s'il tiendroit sa promesse , et il respondit qu'oui; et lors entra audit chasteau par un petit et eslroict huis. Et quand ses gens forent à saulveté, clairons, trompettes et tambou* rins de Suisses commencèrent à resveiller ceux de la ville, qui lors se trouvèrent bien estonnés. Monseigneur Philippe de Glèves, qui lors av(Ht charge de suivre monseigneur Tarchiduc avecq une grosse bande de chevaulcheurs , se trouva vacquaot par les fauxbourgs, fort abusé, tant par faulte de bonne guide, que par l'obscurité du temps. Il cuidoit estre devant le chasteau de Bourgogne, où niondit seigneur d'Austrice estoit entré , et il estoit devant la porte par laquelle l'on va à Toornay , où il fut bien accueilli* Parquoi, un très gros alarme sourdit en la ville, dont les habitans sortirent sur la muraille ; et à ceste cause, monsei^eur d'Austrice se debvoit assez esmerveiller. Geulx de

la ville estoient fort esperdus, et monseigneur Philippe estoit fort esbahi. N'y avoit celui de ces trois parties qui se tînt assuré de son faict.

Finablement le jour approcha, et monseigneur Toyant son faict adresché, fut bien joyeux. Ses gens commencèrent eux espandre parmi les rues. Piètre de Menton, Tun des capitaines du chasteau, futprinsenla ville, couché avec sa femme; il donna sa foi à Pierre de Gaure. Les nouvelles s'espandirent parmi Audenarde , pour la grande tumulte qui y couroit , que monseigneur le duc d^Austrice estoit entré en la ville à grande puissance; et les principaux gouverneurs de la justice et police de la ville en furent advertis et mandés au chasteau de Bourgogne. Et monseigneur le duc leur dict qu'il estoit illecq entré pour garder l'héritage de son fils, et ne vouloit quelque mal faire à nul des manants et habitants. Et ceux de la ville respondirent, puisque Dieu et fortune lui ad voient amenés, ils en estoient forts joyeux; et à l'heure de dix heures à ce jour, monseigneur vuida le chasteau; et alla à l'hostel de la ville, où ils firent le serment ; et monseigneur fut par iceux receu comme tuteur, mambourg et bail de monseigneur son fils. En ceste emprinse ne fut tué de traict à pouldre qu'un seul archer de Picardie.

Ghroitiqttes. T.XLIV^'S. Moliket. //. 27

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