‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 118 sur 135 · CHAPITRE CIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIV

L''eniprinse faicte à Grandmont par monseigneur de Ligne.

Combien que ceux de Grandnionl se youlsissent tenir neutres pour estre assurés de chacune partie, toutefois aulcuns Flamens et François se fourerent illecq et se logèrent à Tenviron , pitfans villages , prendans prisonniers, et perpétrans maux innumérables. Et à ceste cause monseigneur d'Austrice estant lors à Bruges , envoya un chevaucheur et lettres closes par lesquelles il persuadoit à monseigneur de Ligne, que à extrême diligence il voulsist employer corps, chevaux, et avoir à expulser les ennemis François et Flamens^ qui exécrables maux faisoient journellement à l'environ de Graudmont; car entre les énormes et très horribles délits qu'ils commettoient, expolioient les églises fort oultrageusenient, car ils prenoient à mains dissolûtes les vaisseaux d'argent où reposoit le corps de Nostre-Seigneur , et les tournoient en leur prophane et maudict usage.

Ces lettres venues et lues , le seigneur de Ligne assembla compagnons de guerre, tant de ses terres comme d'aultres villages à l'environ, avecq aulcuns paysans, jusques au nombre de sept ou huit cents; et ce mesme jour, Ânthoine de Fontaine

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envoya certaines lettres au seigneur de Ligne , comment François et Flamens avoient conclut eux trouver en la ville de Grandmont, en somme de neuf ou dix mille; sur quoi ledit seigneur de Ligne princt conseil aux plus expérimenlés du stile d'armes, qui fussent autour de lui. L'opinion d'aulcuns fut que , considéré le nombre des Fran* cois et Flamens, qui estoit de neuf ou dix mille , grande folie seroit de les envahir à si peu de gens qu'ils avoient ; et ledit seigneur respondit : « Tant » plus sera le nombre grand , tant plus y aura de » confusion, et tant moins seront unis.» Et sur ceste délibération s'arrêtèrent.

Ils se partirent de la ville d'Ath au poinct du jour , et pour tirer vers Grandmont ; et quand ils vindrent devant un grand arbre assez près de la ville, ils se ruèrent à genoux, en priant Dieu merci comme s'ils dévoient entrer en bataille ; ils furent apperceus des ennemis estant léans; ils firent sonner à l'efFroi ; chacun se prépara à ses deffenses. Le seigneur de Ligne, ensemble sa com* pagnie, marchant en très bonne ordonnance, entra en la ville sans résistance, car elle n'estoit fermée qu'à demi}; et lors François et Flamens se trouvèrent bien esperdus , qui rien ne scav oient et n'estoient advertis de ceste advenue , car ils estoient espars cà et là; et furent tant surprins, qu'assembler ne se povoient pour résister ne soustenir grand faix , par quoi ils furent à coup rompus et tournés en desroi.

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Et la compagnie duseigoeur^iîèjflfgne redoubloit sa force et les rembarroit rudement ; et besong-noit par telle puissance, qn'aulcuns furent occis, aultres se tournèrent en fuite , et aultres d'iceulx se boutèrent en la maison des Lombards, assez forte, où ils se deffendoient à leur povoir; mais ils furent vaincus par force d'armes. Le Geu se férit en ladi(e maison, qui fut consommée^ et d'illecq s'espandit de rue en rue , tellement que la plus part de la ville fut bruslée , ensemble une chapelle fondée au nom<le Sainct Georges, située sur le marché.

Il y avoit une grosse tour, nommée Defertine , qui avoit tousjours tenu contre les eogieos du duc Philippe, dès leurs guerres de Gand, ne jamais n'avoit esté gaignée ; mais elle fut lors assaillie , deffaicte et dilapidée ; et couroit la voix que , si monseigneur de Ligne n'eusist faiet ceste emprinse, les Ganthois estoient délibérés d'entrer le lendemain dedans la ville à grande puissance.

En ce mesme temps , les Flamens avoieat faict un gros blocus de grandes pièces de bois sur le flot, à une petite lieue delà ville d'Anvers, lequel portoit grand dommage aux navires des marchands qui passoient illecq pour tirer en Anvers et Brabant ; car il estoit garni de gens fornisde traicts à pouldre. Le duc Maximilien, adverti de rempeschement dudit blocus, y fit donner si vif assault, que ceux qui l'avoienten garde le rendirent, dont aulcuns d'iceulx furent prisonniers et les aultres pendus; et ledit blocus fut mis à ruine perpétuelle. Geulx

d*Anvers estans à cesle desconfiture , remenèreni en leur ville grosses pièces dudil blocus, en signe de la destruction , dont ils faisoieut aussi grande feste que s'ils eussent une riche et digne relique.

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