‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 119 sur 135 · CHAPITRE CV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CV

La.prinse de Nievoner

La garnison de la vifle d'Alost tenant le parti des Ganthois , portoit lors grand domnoage aux frontières de Brabant; et à ceste cause, par l'adveu de monseigneur le duc d'Austrice, monseigneur le comte de Nassou envoya en Allemaigne Martin Suaurre, expérimenté de la guerre, et lequel ramena environ deux cents Suissers gens de faict et prests à la torce; et donna ledit de Nassou à chacun un florin pour la bienvenue; se les fit payer pour aulcun temps.

Et fut ordonné , par monseigneur Philippe et aultres conducteurs, que l'on feroit une venue à une petite ville nommée Nyevone, assez prochaine dudit Alost , afin de faire sortir la garnison estant illecq,pour secourir ledit Nievone; et pour achever ceste emprinse , monseigneur le comte de Nassou, partant de Bruxelles, ayanten sa compagnie le seigneur de Gueldres et deux mille Brabanchons , prindrent les Suisses piétons en charge. Si leur

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firent passer Teau; et monseigneur Philippe, avecq ceulx de sa bande > suivirent leur train ; auquel seigneur lesdits Suisses proumirent donner signe de leur passement^ par chapeaux fichés au bout de leurs picques. A ce passage desployèrent les Suisses leur vaillance ; car soubdainement firent un pont sur l'eau, par lequel ils passèrent engiens à pouldre, tauldis, eschelles et instruments nécessaires adonner Tassault. Et pour donner évident signe qu'ils estoient oultre, ils boulèrent le feu en une maison; et lors monseigneur Philippe , accompagné de quatre cents chevaliers , sentira vers Alost, pensant que la garnison se tiroit à l'efiroi, tant du feu bonté que du train des engiens , qui déjri besongnoient devant Nyevone; car monseigneur le comte de Nassou Favoit faict vigoureusement assaillir. Et ja-soit-ce qu'il n'y eusist nuls estrangers en la ville pour donner résislence, iceulxtousFlamens se deflendireot puissament selon le petit nombre qu'ils estoient. Et après que l'assault eut duré une bonne heure , ils se rendirent , et fut la ville conquise à force d'armes parle grand hardement desdits Suissers. Aulcuns Flamens se boutèrent en deux tours; et furent aulcuns d'iceulx sauvés , les autres prins. La garnison d' Alost saillit sur monseigneur Philippe, et laquelle fut reboutée par icellui , puis vint devant Nyevone, qui desjà s'estoit rendue ; et trouva la piteuse desconfiture de ceux qui furent occis à l'assault. Et combien que Flamens vaincus et tués illecq sur les chaussées fussent desfaicts et

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mutilés , toutes fois ne fut oncques homme qui vit plourer femme pour la mort de son parent , mari ou ami , qui fut chose assez admirable.

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