CHAPITRE CXII
La venae du seigneur des Querdes en la ville de Gand.
Le seigneur des Querdes , avec trente-six pièces <î*arlillerie à pouldre, arriva en Gand à cinq cents lances , accompagné de six ou sept mille hommes bien empoinct, tous aux despens dudit roi de France, sinon aulcuns lacquets des gens du duc <l'Orléans et comte d'Angoulesme , que Ton vouloit aventurer , en nombre de deux mille piétons, et petit nombre de chevaulcheurs , qui furent aux <lespens des Flamens. Monseigneur le duc Philippe estoit lors en la ville de Gand, sous le régime de monseigneur Adolf de Clèves, seigneur de Ravestain^ nepveu du bon duc Philippe. Icelui seigneur Adolf, accompagné d'aulcuns seigneurs de Hajnault , et des nobles de son estât et famille , en prenoient diligente cure; et d'aultre part les seigneurs de Gand, eschevins et conseillers, y avoient grand regard, et entre les aultres, Guillaume Ria estoit Tun des plus advancés.
Quant ledit seigneur des Querdes fut arrivé , messire Jehan de Trazegnies, seigneur d'Irchovea. fut envoyé par monseigneur le duc Philippe vers ledit seigneur , pour lui dire que , s'il lui plaisoit venir vers monseigneur, il estoit heure ; et avec ce
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lui dict : « Vous estes venu furni de deux cordes » en votre arc : Tune pour la paix , et l'autre pour » la guerre ; » et ledit seigneur des Querdes lui respondit , sur tout ce qu'il tenoit de Dieu , qu'il vouldroit avoir faict la paix , et jamais homme ne lui en sceuyst gré.
Il fut receu du duc Philippe fort honnestement selon son eage ; auquel duc il fit de grandes offî*es ; et estoit merveille d'où yr les couleurs de ses per^ suasions. îl induisit les Flamens de mesner le duc Philippe aux champs» afin de prendre l'air, et que le peuple le veist , pour en lestre resjouj ; de quoi le commun mal se contenta. Et jaçoit ce que ledit des Querdes fusist noté et suspicionné à le vouloir emmener , si n'en fit-il nul semblant.
Leslacquets desquels il avoit la suite ^ firent grands mesuset cruelles insolences en Flandres, tant de bouter feux, comme d'enforcer femmes. Les plaintes en vinrent aux Flamens , qui prièrent audit seigneur, que lui et les siens se retirassent en Tournésis , laquelle chose il fit en partie pour ce que famine le contraindit , mais la pluspaii^deses engiens volaq^, douze cents hallebardes, autant de salades, d'arcs et de paledos demourèrent en la comté de Flandres ; et s'oMigea de les rendre au bon plaisir du roj. Il se partit de Gand, le jour de Saint*Barnabé , et avant son parlement renvoya chapeaux plains d'or et d'argent partout où ses gens avoient esté logés, pour les satisfaire, afin que nuls d'iceulx n'en fissent doléances. It
requist avoir aulcuns prisonniers en Gand, mais la loi ne s*y voulut consentir ; et après qu'il fut parti de la ville assez soubdainement pour tirer vers Tournay , il renvoya à Gand Charles ou Loys de la Neufville , son lieutenant, pour avoir aulcuns engiens , mais ils lui furent déniés.