‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 130 sur 135 · CHAPITRE CXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIII

La mort de sire Guillaume de Arrenberghe, aliàs La Barbe,

ÎjB mardi de Penthecouste , sire Guillaume de Arrenberghe, se trouva avec le duc de Lorraine , à Masières sur Meuse ; et machinèrent ensemble , comme couroit le bruict et renommée, de mettre aulcuns troubles entre le père et le fils ; c*est à entendre monseigneur le duc d'Austrice et son fils fiionseigneur Philippe, tellementque ledit seigneur Guillaume debvoit livrer au duc de Lorraine certaines places es frontières de Liège, pour subjuguer les Brabanchons et aultres ; plus fut accusé d'avoir perpétré de sa main plusieurs énormes et exécrables meurdres, tant en la personne de son compère monseigneur Loys de Bourbon, evesque de Ljège , comme en maistre Richard , son secrétaire, vuidant hors de Téglise de Saint-Tron, et aultres hideux et détestables cas dont le record attediéroit les oreilles des escoutans ; et mesmes^ quinze jours après la journée de Houlongne , eq

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plain conseil assemblé pour le bien du pays, occit un maistre de Liège nommé Courte-Joye , et fit tuer par ses complices messire Quentin, chevalier , lequel doucement remonstroit la désertion du pays et la puissance d'Austrice et de Bourgogne.

Le duc Maximilien, adverti de ces maléfices et aultres qui seroient longs à réciter , manda au seigneur de Montigny , frère de monseigneur le comte de Homes , qu'il se mist au dessus dudit seigneur Guillaume y et le menast exécuter en la -ville de Maëstricht.

Le seigneur de Montigny se partît de Vallencliiennes après la lecture du mandement ; il amassa aulcuns compagnons autour de Gaesbecq , puis s'en alla à Leau et de illec à Sainct-Tron ; et se joindit avec les seigneurs de Hornes et l'evesque de Liège , les deux frères , auxquels il déclara sa charge secrètement ; et illec estoit ledit messire Guillaume avec lesdits frères, qui guères ne se doubtoit de la malefortune qui lui advint depub. Après qu'ils eurent coinqué, beu et mangé ensemble et fait grande chère, sortirent des portes pour aller à l'esbat , où le seigneur de Montigny avoit planté une petite embusche pour prendre ledit Barbe.

Tceulx seigneurs étans ensemble , et messire Guillaume au milieu d'eux ^ commencèrent à parler de chevaulx; et firent attines l'un à l'aultre; Je seigneur de Montigny et la Barbe à savoir leqael ^e leursdeuxchevaulxçourrçroitfe plus fort. Chacun

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d*eulx descendit de son cheval pour y faire monter les pages; et quant la Barbe fut descendu,le seigneur de Montigny le saisit ou fit saisir prisonnier , et lui monstra certain mandement qu'il avoit receu du duc d'Austrice pour ce faire. Le seigneur Guillaume, fort estonné, demanda où il le vouloit mener, et il respondit à M aëstricht ; et la Barbe dit: «Je suis mort»! requérant qu'il fut mené devant le duc d'Austrice , ce qui ne lui fut pas accordé ; mais le menèrent audit Maëstricht, le vendredi dixseptième jour de juin ; et le lendemain , environ six heures du matin , fut jugé à estre décapité par la loi de la ville , et fut mené devant l'hostel du Heaulme pour faire l'exécution.

L'évesque de Liège , le seigneur de Hornes et leur frère de Montigny, estoient en leurs hostels pour estre présents à ladite descollation. Après qu'il fut confessé et administré en tel cas , il jet la son mante l jus et ses pantouffles de cà de là , et se jetta à genoux sur un drap noir ; il pria à ses con^ fesseurs qu'ils dissent pour lui chacun un Ave Maria ; puis quant il eut les cheveu^c troussés , il fnt décapité et reçut rétribution condigne selon ses mérites. Son corps fut honorablement recueilli, environné de quatorzç tprces, et porté en terre k l'église,

La mort venue à la cognoissance de ceulx de la cité de Liège, donnèrent horrible esveil; et comme gens furibons et pleins de mauvais esprits , cou^ roient parmi les rues,pQuy trouver gens différenA^^

à leur langue 9 pour en prendre vengeahce. D& trouvèrent un mercier de la ville de Trecht, innocent de ladite mort , et leque^^ nonobstant , ils despeschèrent. Un josne prestre priant gens pour estreà sa première messe^le dimanche en suivant^ fiit occis en ceste fureur. Femmes, enfants, jejines et vieux , estrangers résidans illecq , furent en très grand danger de leur vie \ et ne povoient refréner leur grand ire , tellement que sire Robert de la Marche , frère dudit sire Guillaume exécuté , leur dict hault et clerc : <c Cessez, cessez, » nous n'en voulons prendra quelque vengeance. >v

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