‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 131 sur 135 · CHAPITRE CXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIV

PrépacatioD de la paix entre monseigneur d'Aostrice et les Flamens^

Les Flamens voyans que fort estoient indignés de monseigneur d'Autriche et de ses princpo, comtes , barons et chevaliers pour la détention de leur prince et seigneur naturel , commencèrent à mitiguer leur ire. Aulcuns tendoient à la paix, les aultres à la guerre. Nonobstant, de trente-deux mestiers en Gand ne furent que les deux ou trois incitans les autres à discorde. Les navieurs qui sont un gros membre desdits mestiers, ne desiroient que la paix , car en temps de guerre ne peuvent guères gagner. Aultres demandans le hutin , comme

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Guillaume Rhin et ses complices, voulurent engager et vendre les joyaux du duc Philippe pour pajer et soulder les Fry cois , dont il despleut à Mathieu Payart , grand-doyen , et aux. hommes de bonne volunté.

Ledit Guillaume fut envoyé querre par le bastard de Fiennes, en la ville d'Alost, où il estoit. Il fut amené en Gand et angoiseusement torturé. Le principal point pourquoi il fut jugié à mort, estoit pour qu'il a voit rompu Taccord qui s'estoit trouvé en la ville de Tenremonde , où monseigneur le duc avoit envoyé treize chevaliers de la Thoisond'Or, avec les députés de Flandres, pour trouver bon appoioctement ; et à ceste cause , le premier eschevin de Gand, convaincu de semblable crime, et ledit Guillaume , furent décapités en commun spectacle, sur le marché* Et pria ledit Guillaume, ains avoir receu le coup mortel , que , lui mort , chacun sans murmure se retirast en son hostel , et qu'il souffisoit se lui seul espandoit son sang pour les aultres coupables du mesme délict. Sire Adrien de Rassengbeu et aultres de sa bande, furent mis en prison, et le lendemain desprisonnés paraulcuns mutins qui se pacifièrent; et se ledit Guillaume Rhin eust peu vivre encoire un jour, il estoit respité comme les aultres. Toutefois, ledit sire Adrien, Coperle et aultres^ non asseurés de mutinations populaires, se tirèrent en la ville de Tournay pour refuge , où ils furent recoeillis.

Le comte de Romont, principal capitaine des

Flamens , se tenoit en garnison en la ville d'Alost , avecq trois cents François. Il demanda passage par Gand , pour retourner avec les François.

Le passage lui fut refusé; et s^n alla par Gaure, avecq le seigneur des Querdes , qui séjournoit auprès de Tournay, à son premier logis, hors la porte Saint-Martin, Ceux de la ville ne leur firent guaires de gratuité , car ils tindrent les portes fort closes et bien serrées; et quand ledit seigneur des- Querdes eut illecq esté trois jours ou quatre , il se deslogea, lui et son armée, le quinzième de juing , et tira à Habourdin , à Saint-Eloy, à Saint- Pol et à Hesdin.

Huict ou neuf jours après, monseigneur le duc d'Austrice ^ accompagné de la pluspart de ses nobles, fut receu de ceulx de la ville de Bruges fort honorablement , monstrant léal et bon courage de parvenir au bien de paix. Illecq s'estoient retirés plusieurs grands personnages tenans la ligue des Flamens, qui furent détenus prisonniers^ et leurs biens confisqués. Monseigneur Philippe eut en sa main madame de Romont sa sœur , et leurs biens , ensemble la maison , qui fut maistre Jehan Gros ; le seigneur de Bevres avoit prisonnier le seigneur de la Vere; monseigneur le comte de Nassou avoit les biens du seigneur de la Gruthuyse ; et le seigneur des Pierre , fils dudit seigneqr de la Gruthbyse , et beau-frère du seigneur des Querdes , rendit le chasteau de Lille , et conduisit ses biens hors de la ville , parmi que lea

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gonverneurs d'icelle lui payeroient trois ntille escus*

Ces choses considérées , ensemble plusieurs raisons qui à ce les mouvoient, les trois membres de Flandres se inclinèrent au bien de la paix ; et à leur entendemert firent un libelle à manière de traité d'appoinctement , duquel la teneur s'ensuit :

« Les trois membres et estats du pays et comté de Flandres, recognoissent monseigneur d'Austrice, père et mambour de monseigneur le duc Philippe son fils , et en ceste qualité lui laisseront le gouvernement de la personne de socdit fils et ducUct pays ; le tiendront tel , et lui feront en la ville de Gand tel serment, en tel lieu et ainsi qu'il appartient, après qu'il aura faict le serment pertinent.

» Moyennant ce , mondit seigneur d'Austrice confirmera tous privilèges , droicts, coustumes et usages dudit pays, aussi bien les généraulx que les particuliers. »

« Monseigneur d'Austrice confirmera tous octrois , rémissions , reliefs , grâces et aultres cas de justice expédiés par ceux qui ont le gouvernement dudit pays, ou par aulcuns particuliers, officiers de loi, depuis le trespas de feue de bonne mémoire, madame sa compagne, et aussi bien depuis que tous cas ont esté expédiés sous le nom de monseigneur son fils que par avant. »

» Ceux de Flandres amèneront monseigneur Philippe au-devant de monseigneur son père^ jusques au dehors de la porte par laquelle il en-

trera en Gand , et illecq le présenteront es mains de monseigneur son dit père ^ lequel illeeq proumettra non mener son dit fils hors de Flandres, jusques à ce que par les estats des pays sera ce conclu aultrement ; et amènera monseigneur en ladite ville de Gand tel nombre de gens qu'il a mené en la ville de Bruges , pour la garde de sa personne.

» Que d'oresenavant lepays de Flandres demeurera entier, de tel ressort et de telle manière qu'il estoit devant la guerre.

» Que tous officiers ayans accoustumé de compter à ville , ressortiront et retourneront illecq , comme d'ancien temps ils ont faict.

» Tous bannis et aultres qui se sont absentés de Flandres, à cause qu'ils ont tenus le parti de mondit seigneur d'Austrice, ou lui ont esté favourables, pourront retourner audit pays, sans à cause de leur bannissement ou absentement povoir estre aulcunement reprins ;

» Se aulcuns diflFérents ou trouble s'ourdoit pour 3çavoir se aulcuns sont bannis ou absentés pour la cause dicte ou par méfaicts ou délictS; l'interprétation de ce en est réservée à mondit seigneur d'Austrice et son conseil ordonné en Flandres.

« Touchant messire Jehan de Blois ; messire Loys d'Enghen, seigneur de Hestesgate; messire Philippe Duchesne , seigneur de Gernibus ; messire Augustin de Bouchenne; Wouter de "Wesebech ; maistre Jehan Lob Gerardus , et aultres

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bannis de Brabant , mondit seigneur sera content de mettre à néant le ban prononcé contre eux par coutomace, et ce qui s*en est ensuivi, moyennant qu'ils debvront estre à destroict des cas dont mondit seigneur , ou son procureur en Brabant pour lui les imposeront, sans leur faire mention d'aulcuns cas touchant à la guerre ne au pays de Flandres. » Touchant la somme de deniers requise par mondit seigneur d'Austriçe , pour les dommages et pesans frais , et choses par lui soustenues par la guerre ^ ceulx de Flandres , considérans lesdits dommages, frais et intérest^, et ajans aussi regret à la désolation dudit pays , accorderont et consentiront à mondit seigneur d'Austrice une raisonnable somme de deniers à lever sur tout ledit pays, selon les transports, en trois ans, dont le premier payement et tiers eschera au jour de Noël prochain , Taultre tiers audit jour en un an ^ et le troisième au Noël ensuivant.

» Au regard de madame la douagière, sa mercy requérant , certaine raisonnable somme lui sera accordée pour ses dommages, et à tels termes que devant.

» Moyennant ces choses , monseigneur d'Anstrice est content donner absolution générale, et excepter les seigneurs de l'Ordre , certaines personnes baillées par escript et aultres qui se sont rendus fuytifs depuis le septième de ce mois , et qui sont chargiés et rendus fuytifs, en doubte d'estre rendus prisonniers , lesquels seront tenus

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(l*estre à droict de tel juge comme à eiilx appar-^ tient , selon les droicts et privilèges du pays , et en ce que Ton trouve par droict les biens de chacun d'eux debvoirestre confisqués, ou y employer iceulx biens à refaire les maisons et places qui en Flandres sont démolies par la guerre , et ce , par l'ordonnance de mondit seigneur d'Austrice.

» Ghascun retournera à s^^s biens tels qu'il les trouvera , aussi bien en Flandres que dehors.

» Et moyennant ces choses, mondit se^neur d'Austrice sera content^de faire bonne, ferme et seure paix, pour lui et pour tous aultres pays estans en son obéissance, comme père et mambourg de mondit seigneur son fils , d'une part; et les habitans dudit pays de Flandres- , pour eux et tous aultres ayans leur parti d'autre part, et de ce bailler ses lettres scellées en forme pertinente.

» Ainsy faict et conclud par les trois estats et membres du pays de Flandres, le vingt-huitième de juing. »

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