CHAPITRE CXV
L^entr^e de monseigneur Maximilian , duc d^Austrice dedans la ville
de Gand.
Par un jeudi , septième de febvrier , fut publié en Gand, parle duc d'Austrice, Philippe, comte de Flandres , que chacun se mist en poinct et préparast pour accompagner monseigneur le duc Philippe, et aller a l'encontre de son père, monseigneur le duc d' Austrice , et que tous bastons de deffense fussent mis jus, sur grosse amende. E% qnant vint à deux heures de Taprès-disner , mon- * seigneur le duc Philippe , le seigneur de Ravestain , le grand bastard de Bourgogne , le seigneur de Bevres , son fils , et aultres illustres et notables personnages issirent hors de Gand, et s'arrestèrent à une église , où vint parler à eux messire Olivier delà Marche, pour dresser les besoignes, et leur dire ce qu'ils avoient à faire. Aulcunes escriptures furent baillées et leues au long devant le duc d'une part, puis mondit seigneur Philippe s'achemina à l'encontre de monseigneur d'Austrice ; et quand le fils percent le père , il osta son chapeau , et à l'approche firent ensemble les honneurs; et quand vint au joindre , ils accolèrent et baisèrent l'un l'aultre, dont les cœurs de ceulx
Chroniques. T. XLIV. — J. Moliwet 11, 29
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qui les voyoient furent tant esprins de joye , qu'ils en pleurèrent à grosses larmes.
Par avant estoient entrés en Gand , en très belle ordonnance, et tous à pied, monseigneur le comte de Nassou, le seigneur de Montigny, le seigneur de Palmes, et aiiltres conducteurs de six mille Allemans, marclians en front huit ensemble.
Les Ganlhois voyans monseigneur d'Austrice, se mirent tous à genoux, les testes nues, autant d'espace que lesdictes lettres furent leues ; et entrèrent dedans la ville par la porte de Bruges, environ six heures au soir,lepèreetle fils, monseigneur Philippe , à sa dextre , environ la teste de son cheval, à la selle du cheval de son père; et descendirent à la Wale, où il y avoit aulcunes histoires es rues tapissées à l'environ. Le lendemain , furent faict5 les serments à l'église de Saipt-Jehan , pour entretenir paix, comme dessus est escripte.
Et monseigneur d'Austrice fit chevalier Mathis Payard , grand doyen de Gand , pour la relation qu'il avoit oy de sa personne, et lui donna une chaine d'or.
Le bastard Fienne, lequel avoit esté granxl conducteur de la gendarmerie des Ganthois^ s'approcha du duc , en requérant merci de ses mesus , et le duc, tousjours garni de grande humilité, loi bailla la main. Aulcuns prochains d'illecq demandèrent au duc s'il cognoissoit celui auquel il ayoit baillé la main , et il dit que non; et lori loi fut dit que c'estoit le bastard Fienne , qui avoit par cy-
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devant faict forte guerre aux François; et le duc respondit : «Puisqu'il hajt les François, je lui pardonne. »
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