ClinONIQUES
s'estendoit devers le duc et lui estoit prochain , cuidans qu'il deust venir par ce lez, les Allemans y avoient assis la pluspart de leur artillerie ; et mesmes ceulx de oultre le Rin y avoient affûté leurs engins, pour battre ce quartier. Mais pour eschever la batture desdicts engins , le duc fit tirer ses batailles en passant ladicte rivière à main senestre, en tirant vers ledict bois que ledict empereur avoit passé ce jour ; et fit renger ses batailles et leurs renforts en toute telle ordre qu'ils estoient decbà ladicte rivière ; et gaigna le soleil et le vent qui faisoit grande poudrière forte et espesse^
L'empereur voyant approcher la puissance ducale, tant notablement ordonnée que rien plus, qui estoit chose terrible et fière à regarder, mit hors, de son camp de quatre à cinq mille chevaliers, ensemble gens de pied en grande multitude. Ses engins affûtés en nombre inestimable, avecques l'artillerie, oultre le Rin, qui pas ne se faindoit, fit battre et ruer tant horriblement sur Tost des Bourguignons , qu'oncques de vivant d'homme ne fut ouye chose semblable. Nonobstant ce mortel fouldre et criminel tonnoirre^ le duc , qui guères ne le ressoignoit , fit avancer son artillerie en la compaignie de l'infanterie italienne, qui estoient piétons hors de nombre , sans estre ordonnés en nulle des batailles; lesquels tirèrent tellement dedans le camp de l'empereur , qu'il n'y demoura tente ne pavillon entiers; et y firent si grand fenestrage , que l'on véoit le jour parmi. Et lors
le duc, pour augmenter l'ordre de chevalerie, dont il esloit le glorieux patron , comme il appert par la Thoison-d'Or qu'il a magnifiquement entretenue, afin aussi que les nobles et vaillans courages, embrasés de l'esprit de Mars , eussent tiltre d'honneur pour acquérir proue&se , il voulut faire aulcuns nouveaux chevaliers ; et le devindrent , ce jour , monseigneur le comte de Rennes , monseigneur de Baudeville , messire Frederick d'Aiguemont , messire Phelippes de Berghes , le petitfils du comte de Campo-Basso, le petit- fils de Trojlus, messire Augustin de Campo-Fregoso , messire Henri de Walperghe , messireJehan de Lalaing, messire Jehan de Longueval, messire Jacques de Bossut , messire Jjoys visconle de Soissons y messire George de Menton , messire Charles de Haplincourt^ messire Guillaume de Goux, messire Jacques de Molain, monseigneur de Coursain, messireJehan de Créquy , monseigneur Anthoine de Noyelle, messire Phelippe de Raville, messire Compère; des marches d'Allemaigne, messire Maillart du Bacq, seigneur de Relinghes, provost des raaressaulx ; messire Simon, seigneur de Longhes ; messire Don Ladron de Génare ; messire Jean Dickfudis, anglois; monseigneur de Disquemme, messire Charles Chuguet, messire Jehan Lamelin , seigneur de Hamars , et messire Waulter des Fossés.
Après la création de ces nouveaux chevaliers , et que le duc , par douces cônsolatives paroles ,
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eust encouragé ses gens , et les eust admonestés de bien besongner en nom de Dieu et de Nostre-Dame, et de monseigneur saint George , il donna signe d'approcher ses batailles ; et toutes gens marchèrent joyeusement, faisants le signe de la croix. Dont les Anglois, à leur manière de faire, baisèrent la terre , et tous ensemble jectèrent le cri Nostre- Dame! saint George ! Bourgogne ! Et pour ce que les AUemans tenoient une petite montaigne^ le duc fit marcher ceste part Jacques Galliot , qui faisoit l'esle dextre de la première bataille , et le comte de Campo-Basso, son renfort; lesquels gaignèrent ladicte montaigne. Et furent constraincls lesdicts Allemans de desmarcher ; et , en desmarchant, d'eux mettre en fuite en une plaine qui est en ladicte montaigne et leur camp; dont en gaignant ceste montaigne , plusieurs Allemans furent occis. Et lors, voyant qu'il estoit nécessité, pour la seureté de leur camp , de garder ladicte plaine , ils issirent en grand nombre , tant de pied que de cheval, et chargèrent sur ledict Jacques tellement , qu'il fut contrainct de soi retraire vers le comte, son renfort, duquel à la première charge il s'estoit un petit eslongé .
Et lors ledict comte s'avancha , et voyant ledict Jacques approcher son renfort, rechargèrent ensemble ; si les rompirent et mirent en fuite ju^ques au camp, là où y eut plusieurs ennen^is occis et mis à desconfiture. Et pour ce que ledit comte et ledit Jacques n'eurent quelque sieute des archers
de la première bataille^ qui Irop estoient desmarchés à la main senestre , riens plus avant ne fut empris pour ceste heure sur ledict camp. Mais pour éviter le traict à pouldre , se retrairent en une vallée > et lors de rechef saillirent du camp de Tempereur plus grand nombre de gens de pied et de cheval que devant , sur intention de charger sur ledict comte et Jacques Gaillot. Le duc, de ce adverti^ y envoya le renfort de l'esle droicte de sa seconde bataille , que faisoient messire Georges de Menton ^ Jehan de Longueval et Régnier de Walperghe ; et incontinent après j eniroya le renfort de l'escadron de ses chambrelans, qui estoil la garde conduicle par messire Olivier de la Marche ; ensemble toute l'esle droicte des archers de la seconde bataille. Mais les hommes d'armes d'icelle esle, que conduisoit messire Régnier de Broc-huysen et le seigneur de Chanterenne , marchèrent plus tost que leurs archers ; lesquels, à cause qu'ils esloient de pied , ne les peurent suivre. Et toutes ces compagnies, joinctes audict comte et Jacques, sans attendre lesdicts archers, chargèrent sur ceste puissance ainsi saillie , entre lesquels estoient le duc de Saxe, et autres grands princes d'Ailemaigne.
Si les rompirent et recoururent jusques en leur camp ; mais pour ce que lesdites compagnies n'avoient encore nuls archers, force leur fut, pour le traict à pouldre, de retraire en ladite vallée. Après ceste retraicte , le duc de Saxe, qui portoit la ban-
nière de l'empereur, accompagné de nobles princes et de grande multitude de gens de cheval et de pied, chargea vigoureusement sur les Bourguignons , et rebouta l'esle droicte de la première bataille et son renfort ; et revindrent tous ensemble jusques à la garde , qui soustenoit merveilleusement. Le duc, ce voyant, print ung escuadron à la droicte main de lui pour envahir ses ennemis , et fit tirer avant jusques à sa garde les archiers de l'esle droicte ,- chargea à sa main senestre , et vint en sa pe rsonne rai lier lesescuadronsgranaement troublés et mis en desordre ; et ce faict, chargea sur lesdits princes estans en grande puissance , comme dict est, lesquels furent tout incontinent rompus et convertis en fuite ; dont plusieurs , jusques à six ou huit cens chevaliers , s'en retournèrent vers Coulongne ; et le résidu fut en grand desroi audit camp, parce que l'artillerie du duc fit grand debvoir de continuer sont traict , tellement que partie des piétons, jusques à deux ou trois mille , se Guidant sauver es bateaux , se noyèrent au Rin , où ils jectèrent leurs armes et bagues , en si grand désordre, que grande quantité de gens, péris et noyés ^ flottoient sur l'eau , lesquels arrivèrent en l'isle devant Nusse. Et , à la vérité ;, l'esle senestre et le renfort de la première bataille^ que conduisoit monseigneur le comte de Chimay^ reboutèrent vigoureusement les Allemans en leur camp. Lors délibéra le duc de faire tirer avant toutes ses batailles, et faire joindre au charroy de l'em-
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pereur pour l'assaillir de bon couraige ; et fil mettre son artillerie es lieux où plus les povoit offendre. Mais le jour trop se déclina , et la nuict avancha ses ténèbres, ai ns que ce fut accompli; pourquoi ne peult plus avant procéder pour ceste fois ; si retourna à loisir , sans quelqu'empeschement, en son siège; et fit ramener toutes choses saines et entières. Et jà-soit-çe que le traict des AUemans fust impétueux, continu, et de merveilleuse quantité , toutesfois il n'y eut de son parti , qu'il semble chose miraculeuse ! que trois hommes morts et six bleschés. Néant-moins le oontre-siége de la rivière leur livroit terribles battures. Ceulx de la ville aussi durant la bataille ne dormoient pas, car ilssaillirent sur le quartier messire George de Menton, et furent puissamment rembarrés dedans leur fort. Le lendemain au matin , qui fut la nuict du sacre, le duc assembla ses batailles, et se prépara pour marcher comme dessus; mais l'empereur, pour radouber les romptures/ fit requerre trois jours trêve par le légat; et lui furent accordées , sur certaines conditions. Où est la plume maintenant qui pourra suffire à mettre par escript la glorieuse victoire que ce puissant prince très cler et resplendissant duc a aujourd'hui embrachée? Vous, les explorateurs des excellentes anciennes besongnes, qui lisez les histoires d'Hercules etdelason, d'Alexandre et de Sanson, avez-vous lict chose plus admirable? avez-vous yen chose pareille? Un duc de Bourgogne enterre d'en-
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