CHAPITRE XXXin
La fajte que fict le doc Régnier de Lonaine derant le doc Charles de Bourgogne désirant le combattre puissance contre puissance.
Comme le duc Charles avoit fait grosse coeillette de gens d'armes pour soi venger des Suisses , d'autre part le duc Régnier avoit faict grand amas de gens de guerre . pour évader et invader les Rourguignons. Ce mesme jour que se rendit le chasteàu de Dieulewat au duc Charles,
se monstrèrent les Lorrains à grosse puissance , à l'antre costé delà Moselle. Aulcuns compagnons aventuriers Bourguignons passèrent la rivière à guet, qui tindrent l'escarmouche jusques au soir, que lesdits Lorrains se logèrent sur une montaigne assez près de ladite rivière , lellement que les feux des deux osts se entrevéoient de part et d'aultre. Le lendemain, devant le jour, se partist le duc de Lorraine et tout son ost, et tira vers le Pont-à- Mouchon pour soi loger à deux lieues près , en un village nommé Sainte-Geneviève; et le duc Charles passa la rivière à tout son armée et se tira vers Condé. Et quand il sceut la disposition de rarmée de Tost dçs Lorrains , il se deslogea de Condé pour cuider trouver le duc Régnier qui estoit desjà deslogé, doubtant d'estre prins en desroy ; car le lieu n'estoit pas seur ; et s'approcha de Pont-à-Mouchon, la distance d'environ une lieue. Ce voyant, le duc Charles se logea au lieu de Sainte-Geneviève , dont les Lorrains s'estoient le matin deslogés. Entre ces deux puissantes armées furent achevés maints exploits de guerre de chacun.parti, tant par escarmouche , comme du traict de serpentines , car les deux osts ne se povoient joindre n'aborder ensemble , pour l'estroite voye qui lors y estoit. Et quant vint la nuit, chascun desmoura logéen son quartier; et estoit nobleet joyeux àceux auxquels le desbat ne touchoit, d'ooyr toute la nuict les trompettes, ménestriers et clairons, et de voir en l'air la clarté des feux d'un costé et d'aultre
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Le duc de Lorraine s'appensa que son logis ne lui estoit pas seur ; si deslogea celle nuit^ et vint à Pontà-Moucbon f mais partie de son ost se logea sur uue haulte montagne à un quart de lieue près. Voyant ce, le duc Charles se deslogea matin pour soiloger au propre lieu dont les Lorrains s'estoient deslogés la nuict, et tint tout le jour ses gens en bataille^ espérant combattre le duc de Lorraine et les siens, lesquels se tindrent tout le jour en leur fort, sinon aulcuns escarmoucbeurs, qnérans leurs bonnes aventures.
Le lendemain , deux heures devant le jour, le duc dé Lorraine et sa compagnie^ deslogèrent sau^p trompette du Pont-à-Mouchon qu'ils pillèrent, et s'enfuirent par-delà la rivière de Moselle, vers Toulet Nancey. Le duc, de sa personne, alla loger à une ville ouhre Saint-Nicolas ; et après avoir assis garnison pour la tuition de Nancy, s'en alla en Allemagne vers les Suisses, pourchassant aide et secours , et le duc Charles eut voulonté de soi loger en la ville de Pont ; et manda , par le hérault Bourgogne, à ceux qui le tenoient, que on lui fist ouverture. Auquel ils respondirent que si les portes n'estoient grandes assez, ils abbatteroient la muraille pour entrer à son aise. Et quand il fut entré , il trouva vivres et engins, que le duc deLorraineavoit abandonnés, lequel, aucomman-^ dément du duc Charles^ fut rudement poursuivi par messire Olivier de la Marche et ceux de la garde, environ cent hommes d'armes etautant d'archers, desquels il esloit capitaine. Et advint que le
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vingt-unième d'octobre, ils trou vèrent en viroQ vingtsix ou trente chariots chargés de marchandises, conduicts et .accompagnés de cinq ou six cents combattans , suc espérance d'arriver à l'ost du duc de Lorraine ; sur lesquels ledit de la Marche et ceux de sa roule , chargèrent tant rudement, qu'ils les desfirent^et ramenèrent vivres et prisonniers à l'ost du duc Charles. Ils trouvèrent en un fort buisson aulcuns AUemans qui s'étoient illec muchés et embuissonnés, tirants sur ladite garde , de serpentines et arbalestres ; mais ils furent servis d'archers ^ui les lardèrent de flèches y desquels ils recueilloient à leurs corps pour les tirer derechef sur ladite garde ; mais finablement ils furent desbuissonnés, desmuciés, et exécutés. Pendant ce temps, le comte deChimay, accompagné de six mille combattans , pareillement le seigneur de Bièvres avec sa bande , retournant du siège de Nancej, estoient logés à quatre lieues près du Pont-à-Mouchon, sans savoir où estoit le duc Charles, lequel fut fortresjouy , tant de les avoir trouvés près de lui, comme de la fuicte du duc Régnier, son ennemi, qui ne Tavoit osé attendre ; et le lendemain , manda ses capitaines pour conseiller de ses affaires. ' Les opinions d'iceulx recoeillies, conclut que le duc Charles demoureroit par aulcun temps audit Pont, ou il se tireroit à Thion ville ou à Luxembourg , pour rafreschir tant sa personne comme ceux de son hostel, et les contes de Chimay et de Campo-Basso , ensemble aultres conducteurs se tiendroient auprès de Nancey, pour deffendre que
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vivres n'y entrassent , et faire bonne guerre aux villes de Lorraine. Geste conclusion ^ qui lui estoit bien propice, considéré le temps d'y ver, ne pleut au duc Charles , ains se résolut de tenir siège en sa personne devant la ville de Nancey , pour la réduire à son obéissance , qui fut la totale perdition de son corps et de son honneur ; car s'il se fusist tenu à tant, sa misérable fortune , qui depuis l'a^essa, ne lui fust advenue. Il avoit grand bruict recouvert d'avoir par cinq ou six jours continuels faict fuir son ennemi devant lui, avec les plus grans de ceux qui par deux fois l'avoient rué jus.
Nonobstant les remonstrances assez honorables et proufitables selon son cas, à lui faictes par plusieurs grans et nobles personnages de son ost, fort expérimentés du très noble mestier d'armes , il usa de sa propre fantaisie , et derechef tint siège devant Nancey , autant magnifique et rigoureux qu'il avoit faict paravant. Le duc Charles estoit logé en une maison de bois , richement armoyée de ses blasons. Advint un jour, ainsi qu'il lavoit ses mains pour seoir à table, il fut féru d'un traict de serpentine, qui tua un sien valet-de-chambre et blessa un chevalier en la joue ; et ne faut faire doute que se le duc eut esté séant à table , il estoit en danger de sa vie. Toutefois il fist festoyer en un pavillon , tenant illec son siège ^ trois ambassadeurs pour un jour , c'est assavoir du pape, de l'empereur et du roi de France. Nous laisserons Bourguignons et Lorrains bucquer et mailler audit siège ; et mettrons en conte par ma-
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nière de incident , certain cas pitoyable advenu en ce temps en la cité de Milan.
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