CHAPITRE XXXIX
Les exploicts de gnerre qae firent sur les François en la comte de Boar- ^gne messire Claude et Gaillaume de Vauldrey.
Les François eurent la possession de la ducé de Bourgoigne sans nulle réserve , et la comté eut son appoinctement', qui guères ne tint , car la gendarmerie ne voulut vuider. Les Allemans s*y fourèrent , disaqs qu'ils ne vouloient avoir le ray de France à voisin , et entendoient eux mettre sus pour les deschasser. Le roy leur envoya trente mille escus pour les rompre. Les communes es* toient Bourguignons parfaicts; mais les gouverneurs des villes et les nobles firent tous serment au roy, sinon messire Claude de Vauldrey et Guillaume son cousin. Le prince d'Orange avoit espérance d'estre gouverneur de Bourgoigne, de par le roy de France qui lui avoit proumis , afia qu'il laborast à la réduction du pays. Et quant le roy eut ce qu'il désiroit avoir, il le mit en oubli , et fit son gouverneur du seigneur de Craon. Parquoi ledit prince d'Orange s'efforça de recouvrer la comté , [et disoit avoir auctorité de madamoiselle de recueillir les revenus de ses domaines. Messire Claude de Vauldrey se joindit avec lui qui regaigna Bochefort et Montmiré , et tint puissament la ville d'Aussonne. Guillaume de Vaul--
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drey , nouvellement retourné de prison , print Allen) ans à son aide et fist grande diligence de garder la ville et chasteau de Vesou , dont il estoit fort menacé de Jehan de Neufchastel , seigneur de Montagu, et de son fils^ le seigneur de Fontenoy. Advint, environ dix-sept jours au mois de mars, que le seigneur de Craon venoit pour mettre le siège devant Vesou, et avoit logé plusieurs compagnies de gendarmes par les villages à Tentour de Vesou , entre lesquelles la plus forte et la plus à craindre estoit la bande des Escoçois. Guillaume de Vauldrey , homme sans peur et sans reproche, espris de grande hardiesse, pour le grand zèle qu'il avoit à la bonne querelle de madamoiselle de Bourgoigne , sa naturelle princesse , sachant la venue dudit seigneur de Craon, et des logis de ses gens, ima^na la manière comment il s'en despescheroit , ains qu'ils eussent faict leurs approches ; et de faict donna charge à aulcuns trompettes, avec petit nombre de gens, pour secrètement de nuict se tou^ ter dedans un village où estoient lesdits François , afin de sonner dedans , et ce quand temps seroit ; et autant envoya de ses gens en trois aultres villages faire pareil effroi. Et quand vint sur le point du jour, il issit de Vesou ^ accompagné de trente chevaux et de deux cens piétons Allemans , qui estoient à ses gaiges ; puis il donna signe aux trompettes estans en divers quartiers, de faire leur debvoirtoutà une fois. Les François , qui de
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rien ne se doubloient , escoutans ce terrible resveil à trois ou quatre villaiges , furent tant esperdus, qu'ils cuidoient que les Bourguignons fussent en nombre d'autant de milliers qu'ils estoient de quarterons ; par quoi facilement ils tournèrent en fuite , et furent deslogés et surpris en desroj, abandonnans trésors et bagues, La malle adventure de ceste entreprinse cheut sur les Escocois qui estoient logés en un village nomioié Gralery , qui totalement furent rompus, morts ou prisonniers, et leurs bagues butinées. Ils perdirent joyaux, chaînes, vaisselles et cent chevaux de cent escus la pièce , et ceux de Vesou perdirent un seul cheval. De cet exploict de guerre , subtilement achevé, furent les François tellement étonnés, parmi ce que les communes du pays leur donnoient à souffrir, qu'à peine s'ils osoient mettre testes à creteau. Ce teihps pendant se tenoit à Besançon messire Jehan de Gleves prochain parent à madamoiselle , lequel, par lettres consolatoires, entretenoit à son possible messire Claude ' de Vauldrey, ledit Guillaume et aultres, désirants l'honneur et proufit de la très noble princesse, orpheline de père et de mère , despouillée à force de son propre héritage ; et fit ledit Jehan de Gleves , rescrire par messire Jehan de Trasegnies à ladite damoiselle, des nouvelles telles que lors estoient en Bourgoingne, dont la copie est ici insérée.
« Ma très redoublée et souveraine dame et
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» princesse , plaise vous scavoir qu'il n'y a pour » ceste heure nul François en vostre comté de » Bourgoigne, que les communes n'ayent tous » rués et prins, réservé Grey , où est monsei- » gneur de Craon ; et sont par de-là la Sonne » auprès dudit Grey , et n'osent entrer en ladite » comté , pour les AUemans. Monseigneur le » prince se dict avoir par vous la charge du gou- » vernement de Bourgoigne , et à ceste cause » lieve tous les deisniers que possible lui est^ tant » de vostre domaine comme aultres. Messire * Claude se tient à Auxonne ; il a regaigné Ro- » chefort et Montmiré ; et Guillaume de Vaul- » drey tient tousjours Vesou, Et en effect, qui » eust eu argent et congé de vous de prendre » des Allemans à gaige , les François ne se fus- » sent tant avancés. Escrit à Besançon le pénul- » tième de mars. »