CHAPITRE XL
La descente du roi Loys en Picardie , Arthois et BouUenois , pour recouvrer aulcunes villes et places que tenoit en son vivant le duc Charles , que Dieu absolve !
Le roy Loys de France, espérant estre certain de la mort du duc Charles, se partit de Tours, vint à Paris , et fit un très gros amas de gendarmes pour réduire à son obéissance plusieurs villes
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el terres que tenoit le duc Charles en son vivant ; et pour achevé;^ son emprinse , se desl^gea dudit Paris, et vint à Senlis, Compiengne et à Noyon ; et fît par ses francs archers assiéger utie place nommée le Tronquoy, et tant battre p^ ses engins, qu'il en vint au-dessus ; car les édifices cheurent sur les défenseurs. lUec estoit un capitaine nommé Honoré , accompagné de mauvais garnemens , qui, durant les trêves^ avoient couru à tous costés , et faict amas de prisonniers. Et jaçoit-ce-que se défendoient vigoureusement, tellement qu'ils domagèrent Tost du roy de cent à six vingt François ,^ si furent-ils prins et pendus la pluspart sur la place ; aultres livrés au tranchant des espées; et aultres qui furent resjrités pour en rapporter les nouvelles dedans la ville de Mondidier, Estoient pour madamoiselle de Bourgoingne, messire Jan de Lannoy, seigneur de Mingoval, le Bon de Rely , le bastard de Saveuse el autres compagnons de guerre , qui furent avironnés de plusieurs François , entre lesquels estoit le bastard de Reubenpré, lequel fit sca voir au seigneur de Mingoval que, se le roy deschargeoit illec son artillerie , il n'eschapperoit homme qui ne fut mis en tel poinct que furent mis ceux du Tronquoy; et lui conseilloit que lui et les siens se tirassent avec leurs bagues. Le bastard de Saveuse ne povoit croire que le roy feut en personne en la compagnie desdits François ; et le roy lui fit sçavoir par une lettre que si estoit. Etsoub-
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dâinemént le seigneur de Mingoval et les aultres, mandèrent au comte de Romont , capitaine d'Arras, que s'ils po voient avoir secours, ils se tiendroient bien quinze jours. Ledit comte leur manda que possible n'estoit d'avoir secours hastif contre si grosse puissance ; et par ainsi fut la ville de, Montdidier rendue au roy , qui la fit démolir ; et ceux qui firent ceste reddition , vtiidèrent par saulf-conduit à tous leurs bagues , espérant entrer en personne ; mais les portes leur furent fermées j parquoy tirèrent en Arras , où ils furent receus. Roye fut avironnée du roy et de son armée , et horriblement menacée. Les seigneurs de Cohen et de Landas , se rendirent par appoiactement tel que Montdidier ; puis le roy fit desroyer et dilapider la ville de Roye. Mareul fut pareillement réduicte à la main du roy. Aulcuns compagnons qui en firent la reddition, entrèrent en Peronne pour estre à saulveté de leurs corps ; mais le seigneur de Clare en feist pendre jusques au nombre de dix. Dorlens n'osa attendre la puissance des François, et se rendit comme les aultres. Le seigneur de Crevecoeur, quil'avoit en garde, après la reddition faicte, se cuida bouter dedans la ville de Saint-Pol. Ceux qui dedans estoient i\e le voulurent recepvoir. Puis il envoya son messager à Hesdin pour estre recueilli , et on lui feit responce que , se son maistre y »estoit , il n'en videroit point quant il voudroit; et Snablement il s'en alla à Aire. Corbye fust desmolie , mais l'abbaye
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demoura en ron entier ; et après qu^elle fut rendue , le roy fît mener en Amiens l'abbé de Saint- Pierre, et aulcuns moines prisonniers. Vervins fut abandonnée. Saint -Goban fut prinse; les Bourguignons s'en allèrent saulf leurs corps et bagues. Pareillement Maries et Beaurevoir; si se fourèrent ens les gens du prévost de Paris. Bapasme se rendit, puis fut brûlée. Braye-sur-Somme fut Françoise, et depuis devint Bourguignonne. Avesnes fut sommée par trois fois par le roy , et angoisseusement' menacée. Le seigneur deLens, fils du seigneur d'Aymeries , grand bailli de Haynaut, qui , chevaleureusement se porta, prit dilation de dix jours pour respondre. Pendant lequel temps le prevost de Paris , le seigneur de Moy et Jacques de Moy, son fils , se trouvèrent devant ladicte ville , la cuîdant emporter, une fois par menaces, l'aultre fois par suasions et promesses. Mais ledit seigneur de Lens ne les amiroit guères , et pour monstrer le bon courage qu'il avoit de soi tenir ferme , il manda à son frère, ledit seigneur d'Aymeries, qu'il lui fit avoir certains engins pour la tuition de son fort; et ceux de Vallenchiennes et de Mons le secoururent en sa nécessité. Landrechies avoit pour garnison Quentia-à- Gambe, ensemble aulcuns routiers de guerre, avec les manans et babitans de la ville , qui se vantoient de bien garder leur fort; mais quand ils sentirent l'approche du roy , le bruict de son ar mée , les sons de ses engins et la reddition des
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ailles voisines, ils furent tant estonnés, qu'ils abandonnèrent la ville et le chasteau , et les François y entrèrent sans nul obstacle. Si la trouvèrent bien garnie de bleds, de chairs et d'aultres vivres ; et se logèrent pour la nuict le prévost de Paris et le maire de Bayonne , accompagnqs de douze cens chevaliers. Deux jours après, environ le quatorzième de mai , un archer de corps au conte de Chimay , nommé Hacquinet de Vaux , demourant audit Landrechies avant ladite prinse, sachant sa maison pleine de biens es' mains des François, s'appensa comment il s'en pourroit venger ; et regrettant sa doleance , dit au seigneur de Boussu , nommé Pierre de Hennin, estant au Quesnoy, que s'il lui plaisoit lui bailler aulcuns compagnons pour faire une venue aux François de Landrechies, il lui sambloit bien qu'il rescourroit partie de ses biens possessés des ennemis. Le seigneur de Boussu lui remonstra le grand danger où il se metteroit, et que le temps n'estoit encoires convenable à faire telles emprinses, et de faict lui desconseilla. Nonobstant^ il usa de son propre sens, pour achever de sa fantaisie. Il cueillit environ cent compagnons, paysans et aultres, de Englefontaine et là entour ; si les mena devant Landrechies , et ordonna les cinquante pour faire exploict en la ville , et cinquante pour garder la porte du chasteau, afin que ceux qui là estoient logés ne descendissent pour venir à l'eflFroi. Ledit Hacquinet trouva fa-
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con d'entrer de nuict dedans ladite ville, ensemble cinquante aultres de sa sorte , qui se fourèrent es maisons , et mesmes en la sienne,, et chargèrent sur les François , prins en d^roy, de si grand courage et hardement, que, sans ceux qui furent navrés, ils en oftirent quarante ou plus. L'effroi s'esleva en la ville grand et horrible; l'on crioît alarme à tout aler. Ceulx du chasteau s'esveillèrent et préparèrent pour venir à la rescousse. Les cinquante paysans jeunes gens qui gardoient la porte du chasteau , et qui jamais n'avoient esté au marché à horions, furent tellement espouvantés qu'ils abandonnèrent leur garde ; si retournèrent avec leurs compagnons. De ceste brisure furent les François tant desplaisans, que le lendemain ils mirent en feu tant la ville que le chasteau .
Eu fut Françoise , puis Bourguignone , puis de rechef Françoise ; et ne fut en puissance de nulle des parties de y bouter le feu , à cause , disent les habitans , que l'on y adore le Sainct-Esprit. Le Crotoy fut François, et le chasteau Bourguignon. Sainct - Riquier , en l'obéissance du roy, et Monstreuil pareillement. Péronne, chambre du roy , fat sommée trois fois par Sainct-Pol le hérault. I^e seigneur de Clari, qui lors en estoît le gouverneur, respondit que si les François y venoient , ils seroieut bien gales. Toutesfois, quelque bon courage qu'il monstrast, quand il vit l'armée de France devant la ville, il mist le roy
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dedans , et lui fit serment, ensemble vingt-et-uu nobles hommes de Picardie ; de quoy les Bourguignons furent grandement esbabis , et trop plus du seigneur de Clari que de nul aultre , considérant qu'il avoit esté nourri en la maison de Bourgoigne, notablement entretenu et honnorablement essours en grans offices , utiles et proufitables. Les Valenchiennois le prindrent en grand desdaing ; car lors estoit en la ville madame sa femme, et grande partie de leurs bonnes bagues et vaisselles, en grand danger d'estre perdues. Plusieurs héraults furent eavoyés pour ravoir lesdites bagues de par le roy. Si fut ordonné, par madamoiselle , que madame de Clary et ses enfans se partiroient, et iroient où bon leur sambleroit, et leurs bonnes bagues, comme vaisselles et joyaux demoureroient à monseigneur le comte de Bomont. Arras avoit pour principal capitaine messire Adolfe de Cleves , seigneur de Bavestain , qui se tira vers madamoiselle , sachant la mort du duc Charles; et la ville d'Arras, voyant qu'elle n'avoit nul chef, requist au seigneur des Querdes qu'il la vousist prendre en sa garde , ce qu'il accepta, et proumistsoulemnellement vivre et mourir avec les habitans. La cité avoit trois ou quatre cens compagnons aretournés de la journée de
Nancy , soubs la conduite de ^ de la
Viefville. Leroy manda le seigneur des Querdes , qui , du gré et consentement de ceux de la ville ,