‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 53 sur 135 · I. Lacune · texte numérisé non relu

I. Lacune

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y alla^ promettant retourner comme il fit. Le roj fit sommer la cité, afin de la saisir par tel si qu'il ne demanderoit rien à la ville. Le conseil dudit des Querdes porta qu'il le povoit bien faire^ et par ce moyen entra le roy en la cité. Quant le roy se trouva au-dessus d'icelle y il s'efforcea de vouloir avoir la ville, qui ouvroit et clooit contre ladite cité, et de faictla fit guerroier. Trêves furent prinses qui durèrent onze jours ; pendant lequel temps la cité fut fortifiée de trenchis, boluwers et bastilluns , aussi forte ou plus que la ville ; et firent ceulx de la cité bonne guerre à ceulx d'Arras ; et abbatoienl plusieurs murailles de leurs engeins ; et en ce faisant^ le seigneur des Querdesalla tant parlementer avec le roy , que finablement se tourna de son parti. Puis le roy se tira vers Boulongne, et laissa, pour régir la cité le bastard de Bourbon , et le maressal de Goy ; et Airas demoura sans capitaine , mais elle fit un appoinctement avec le roy, par tel si qu'il auroit la souveraineté de la ville jusques à ce que madamoiselle au roit relevé en personne ou par procureur, et ne soufrirojt le roy d'y laisser entrer gens d'armes à main armée. Lens, en Arthois, fut saisie par le roy^ puis entra en Béthune le lundi de la saincte sepmaine , par tel convenant qu'il ne feroit nul travail à la ville. Il entretint son mot et coucha illec; et les François contentérent suffisamment leurs bostes; et ceux de Béthune se confirmèrent au traicté d'Arras. Puis le roy se mist au -dessus de Terreouane, qui se reodit

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voluntairement , où il fît ses pasques» Madamoîselle de Bourgoigne , seule fille et héritière de monseigneur Je duc Charles^ se tenoit lors en Gant, en grande tribulalion, et esloit accompagnée de ses prochains parens, comme le seigneur de Ravestain, l'évesque de Liège et aultres, qui lui donnèrent conseil d'envoyer une ambassade vers le roy de France , pour trouver quelque bon moyen pacifique. Si entreprindrent cesle charge Hugonwet , chancellier de Bourgoigne , maistre Ferry de Cligny , évesque de Tournay, le seigneur de la Gruythuise , l'administrateur de l'évesché de Terreouane, et aultres qui guères ne proufitèrent touchant le salut du pays. Le roy demandoit impossibilités et choses inestimables ; et se madamoiselle eusist prins en mariage le dauphin , estant en l'eage de sept à huit ai^s, il se fust condescendu à bon accord et pacifique ; mais les Flamans ne s'y voulurent assentir , et commencèrent à murmurer sur lesdits ambassadeurs, desquels aulcuns furent décapités par un beau jour de jeudi absolu, àGand, comme il apperra cy -après plus au long.

Hesdin fut réduicte au roy par la suasion du seigneur des Querdes , mais le chasleau se tint pour madamoiselle, et fut assiégé du costé devers la ville, et le fit battre trois ou quatre heures continuellement. Maistre Raoul de Lannoy^ qui wdedans estoit , print seureté pour parlementer ; il rendit la place au roy par composition , telle-

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ment que lui et ceux de sa bande se partiraient , leurscorps et biens saulfs* L'appoinctement faict, ledit jnaistre Raoul compleut tant au roy , qu'il le retint en son service.

Esurène , une grosse bourgade de trois à quatre cents maisons, séant en la fosse de BouUenois, avirannée de l'armée des François, soustint de prime face , et les habitants deffendirent leur chasteau un jour ou deux. Il y avoit en icelle bourgade une vielle matronne^ nommée Mynon du Moulin , tant obstinée en la querelle des Bourguignons que riens plus , et hayoit les François à mort. Aulcuns d'iceulx en furent advertis ; se s'abordèrent à elle les espées desgaignées, et lui dirent pour le contrarier : «Vieille damnée, criez « vive le roy » ! Celle dict que rien n'en feroit ; eliceulx satellites feirent signe de lui couper la gorge. Et quand vint au fort , elle dit : a Puisque fault qu'il « soit , vive le roy, de par le diable ! » Boulongne sur la mer merveilleusement forte de murailles et de fossés couverts , fut sommée , et le chasteau pareillement , de faire obéissance au roy , à quoy ne voulurent entendre les capitaines et habitants d'icelle. Le roy y fist mettre le siège, et afiuster son artillerie, tellement qu'ils lui rendirent tant la ville que le chasteau.* Le roy entm eus et déclara publiquement que jà-soit ce que la ville de Boulongne fuist appartenant à messire Bertrand de la Thour , comte d'Auvergne , toutesfois il la vouloit avoir en ses mains pour la seureté du

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rojaulme, parmi rendant audict seigneur de la ThoursufTisante récompense. Ladite comté de Bonlongne, estoit par avant tenue en fief de la comté d'Artbois ; mais le roy, à ceste heure, s'en fist nouvel seigneur , et en fist hommage, deschaint et à genoux, à la glorieuse vierge mère, en l'église d'icelle , présent l'abbé , les religieux , majeur , eschevins et habitants ; et donna pour avoir ce droit devant l'image de ladite Vierge un cœur de fin or , pesant deux mille escus ; et ordonna que tous ses successeurs roys de France tiendroient d'ores-en-avant ladite comté de la vierge Marie, et feroient oblation pareillement.

Pendant le temps de ce voyage , et que le roy fut obéi à Montreuil et à aulcunes places circonjacenttfs , ceux d' Arras ne se contentèrent de l'appoinctement qui estoit faict entre le roy et eux , car ils envoyèrent vers madamoiselle des plus notables personnages de la ville , dix-huict ou vingt , pour scavoir qu'ils auroient à faire, et se ledict appoinctement lui plairoit. Aulcuns dirent qu'ils avoient saulf-conduicl du roy, mais les f'rancois ne le voulurent congnoistre. Le roy, sachant leur parlement pour tirer vers Gand , les feit arrester à Lens en> Artois , les mener à Hesdin , les livrer au prévost des mareschaux et les descapiter. Entre les autres qui moururent en ceste exécution , fut despeschié un homme fort entendu et de grande estime, nommé maistre Oudartde Bussi, natif de Paris, et richement marié en la ville d' Arras; le-

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quel , pour ce qu'il estoit fort subtil , le roy lui avoit offert l'office de conseiller en parlement, et ne le voulut accepter. Quant le roy fut retourné à Hesdin, et lui souvint des prisonniers qu'il avoit fait arrester à Lens , en Artois, se lui futdist qu'ils estoient décapités et boutés en terre. Et lors il commanda d'esfouir le chef dudit maistre Oudart , lui affuler un chaperon d'escarlate, fourré de menu voir, selon la mode des conseillers de parlement , et cela faict , fîst dk^essér un cheviron au milieu dn marché de Hesdin, où ceste teste fut mise en spectacle commun. Ceux d'Arras portèrent cest oultrage impatiemment, et furent plus animés que devant sur les François, et sur le seigneur des Querdes, leur capitaine, qui avoit fait serment au roy. Si délibérèrent de rompre le Iraicté et eux défendre à toute force ; et pour ce qu'ils n'avoient en Arras aultre capitaine ne chef de guerre que Pierchon du Chastel , de Faimpoux , ils choisirent de commun accord , le seigneur d'Arsi pour leur capitaine, lequel estoit bon Bourguignon, fort affecté à la querelle, fort humain, et de bonne recommandation. Icellui, accompagné de plusieurs nobles d'Artois, avec le petit Salezar, capitaine de Douay, et vingt-six piétons harquebutiers et picquenaires , proposa de faire son entrée en Arras, qui estoit fort difficile à faire, considéré la proximité et subtil aguet de leurs ennemis. Quant ils furent tous amassés avec ceux de Douay, et mis ea bataille pour achever leur faict, le maressal de

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Goy et aultres conducteurs expérimentés des subtilités de guerre , avoient préparé leurs embusclies pour les empescher à leur entrée ; et se portèrent si vaillamment, qu'ils séparèrent les Bourguignons et donnèrent dedans à tout aller. Néantmoins le seigneur d'Arsy qui vigoureusement soustint le faict, entra dedans Arras, accompagné de six cents compagnons; mais le petit Salezar et aulcuns autres de sa route, furent rués jus, aulcuns morts et les aultres (uitifs ; et ledit Salezar , après qu'il eust été bouté jus de son cheval par deux fois, se saulva en un bosquet, auprès du bois de Mof* lines. Et furent trouvés morts sur la place ^ tant de François que de Bourguignons, cent et cinquante; et avec ce furent de quatre à cinq cents prisonniers, entre lesquels furent trois nobles personnages , le seigneur de Bours , le seigneur d'Estreus et le seigneur d'Auby; iceulx prisonniers furent menés en la cité. Ceux qui avoient puissance de payer ranchon furent respités, et les aultres décapités sur un blocq, d'une doloire, cent et cinquante pour un jour. Le seigneur d'Arsy estant en Arras, ensemble plusieurs gentils compagnons, sachant que ledit Salezar avoit fourré les bois^ attendant illec la grâce du seigneur Dieu, sortirent hors de la ville à heure de my-nuict, et ramenèrent ledit Salezar dedans Arras , qui feit illec bonne guerre contre le roy avec les aultres , puis se tint en garnison en la ville de Douay. Quant le roy, estant à Hesdin , entendit la mode de faire

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de ceux d'Arras, la fraction de son appoinctement^ et comment le seigneur d' Arsy , aultres nobles et la communauté faisoient signe de tenir pied contre lui, il se partit de Hesdin, et amena son armée pour les subjuguer. Ceux de la ville sachants sa venue, firent enterrer la porte de Mioles, feirent brusler les faulxbourgs , desquels il povoit sembler que le roi se vouldroit aider , et à très grande diligence se préparèrent à leur défense. Le roy derechief fit affûter ses engiens et battre la ville , tellement que le chien d'Orléans abattit la porte de la cité en une seule nuict. Les capitaines qui la défendoient, montrèrent toujours bonne mine; mais la communauté qui n'avoit rien veu , se tourna en espouvantement^ et les nobles parlèrent d'appoinctement , qui fut tel , que gens d'armes se partiroient corps et biens saulfs, et ceux de la ville demoureroient en leurs biens et feroient serment au roy. Et par ainsi, le roy partant de la cité , entra à cheval dedans Arras , non point par la porte , mais par dessus la muraille que la batterie de ses engins avoit cassée. Il se trouva au petit marché, où il dit à ceux d'Arras : « Vous » m'avez été fort rudes, je vous le pardonne. Se » vous m'estes bons subjets, je vous serai bon » seigneur. » Trois jours après son entrée , il s'enquist de ceux qui lui avoient esté les plus contraires en Arras, durant le siège. Pierchon du Ghastel, fut accusé par aulcuns envieux, qui lui donnèrent le bast ; se lui feist trancher la teste , ensem-

ble à un arbalestrier de la ville^ qui avoit prins sa visée pour le tirer et despescher, u'eusist esté un boucher qui l'empescha. Le roi séjournant îllec un espace, fit reparer la muraille et changer l'ancienne fortification, car il fit la cité forte contre la ville ; et ordonna fonder deux chasteanx , l'un par-dedans Arr as, ayant issue sur les champs vers Douay, et l'autre devant la cité. Et pour ce que tout le peuple d'Arras estoit tant affecté à la querelle des Bourguignons que rien plus, pour éviter dissentions , monopoles et rebellions , il s'appensa d'y mettre remède ; car il fit deschasser dehors tous les manans et les habitans de la ville, et la repopula de la nation de Normandie , estrangiers et aultres , qui illec s'amassèrent pour en user comme se ce fusist leur propre héritage. Et comme le roi fit changer les haliilans d'icelle, ponr changer les couraiges , il fist changer le nom d'Arras et la fist nommer Franchise.

Cambray teiïant de l'empire, voyant ce merveilleux orage, afin d'en estre exempte, quéroit neutralité ; mais elle eut autant et plus à faire que les autres, comme il apperra cy-après, en un cliapitre à part soi.

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