CHAPITRE XLIV
Le siëge de Dole. La prinse de Grey et Fcmprinse faicte par AUemans et Bourgai^nons sur la ville de Digeon.
ALLBMAïfs estoient en grande abondance dedans la ville de Dole , tenant le parti de madamoiselle Marie de Bourgoigne. Souventes-fois les François firent leurs courses devant la ville , cueillans leurs proyes , et souventes-fois estans rembarrés par les AUemans , tant par escarmouches que aultrement. Un jour advint où iceux François firent quatre ou cinq embusches en aulcunes advenues autour de la ville, afin d'attraire lés AUemans et de charger sus , comme ils ont accoustumé de faire ; et envoyèrent leurs pillardeaux pour avoir leurs bestiaux. Les AUemans estans en Dole, voyans leurs ennemis cueillans vaceset veaux , firent sonner leurs gros tambourins , et sortirent de la ville en nombre de sept à huit cents, pour rescourre le butin. Les François s'eslongèrent, monstrans pieds fuytifs, et les AUemans les poursuiviren^ rudement, cuidans avoir faict une belle rescousse. Et adoncques les embusches s'amonstrèrent de quatre ou cinq costés, en nombre de trois cents lances , par lesquels six cents AUemans furent enclos et rués jus. De ceste malheureuse adventure, furent les François fort resjouis;
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car ils Guidèrent entièrement avoir subjugué la garnison de Dole ; et leur sembla que s'ils plantoient le siège devant la ville , ils Temporteroient légèrement. Par quoy la vindrent assiéger en nombre quasi de vingt mille ; et en poursuivant leur bonne fortune , firent amener engins et tous instrumens convenables à leurs assault* Dedans la ville estoit principal capitaine le seigneur de Montbaillon et le chevalier de Berne, accompagné de neuf cents Suissers, avec aulcuns aultres^ jusque sau nombre de deux mille combattans. Fran*çois, par l'espace de huit jours continuels, battirent la muraille , et minèrent tellement qu'ils estoient dessoubs les murs de la ville , puis donnèrent plusieurs assaults. Allemans, par dedans la vÛle, avoient faict un merveilleux bloc de bois ; si laissèrent monter leurs ennemis , jusques au nombre de neuf cents , cuidants avoir tout gaigné , pour tant qu'ils estoient sur les murailles*
XJuand bon sembla aux Allemans de besongner , ils deschargèrent leurs engins tout à un coup , et renversèrent les François de hault en bas dedans lesdits fossés; puis, par une secrète voie, sortirent hors de leur fort y et les occirent en nombre de huit à neuf cents. Adonc furent François fort estonnés et desconfits, tellement que tost après levèrent leur siège , boutèrent le feu en leurs tentes et pavillons , et habandonnèrent leur artillerie , c'est assavoir les trois frères de Bingres, le chien d'Orléans, une bombar-
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délie et aultres engins ; puis se tirèrent en la diicé.
Durant ce temps, messires Glaude et Guillaume de Vauldrej, avoient enleur compagnie neuf cents ou mille AUemans à cheval et de pied , et donnèrent tel estonnement aux François, par leurs merveilleux exploicts de guerre , qu'ils se retirèrent en la ducé , souvent reboutés et desfaicts.
Advint que un marchand de Grey s'adressa audit messire Guillaume , auquel il avoit entendement , et se feit fort de lui faire avoir la place de Grey, quasi par emblée et de nuict. Et de faict, pour achever ceste emprinse, messire Glaude^ conducteur des hommes d'armes et chevaucheurs^ divisa sa bande en trois parties. Si les ordonna en trois quartiers devant la ville , surattendant la bonne fortune; et ledit Guillaume, avec ceulx de sa route , et ledit marchand qui les guidoit , firent l'emprinse, qui/ fut telle. Par une obscure nuict , qui faisoit grand Vent , ils se trouvèrent auprès d'un moulin à l'eau , menans grand bruict , où estoit le plus foible quartier de la ville ; quand ils furent illec arrivés, Ils entrèrent en l'eau , et par aulcunes eschelles montèrent sur la muraille , environ cinquante hommes. Le guet de la ville les apperceut , et fist un si grand alarme, qu'il esveilla les François , lesquels diligement y accoururent, tellement que à ceste première venue les AUemans furent vigoureusement reboutés. Dedans Grey estoient capitaines , le grand Salezar de
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France , le seigneur de Charlieu , et un aultre nommé Gamages , accompagnés de dix-huit cents hommes de guerre , bien acoustrés et montés de chevaux de prix. Nonobstant le rude réboutement des Allemans , ils persévérèrent en leur queste, tousjours montans sur la muraille au son^ de leurs tambourins, tant vitement^ qu'ils se trouvèrent à grand nombre. François firent allumer avant la ville , lanternes , torches et fallots ; et par un très grand hardement, chargèrent sur les Allemans, qui puissamment les reculèrent. Le combat fut aspre et horrible, et la meslée assez chaude et mortelle d'un parti et d'aultre ; mais à la finie Allemans furent victeurs; car ils reboutèrent les François en une estroicte rue tant rudement , qu'ils les chassèrent ferrant battant jusques en leur forteresse. Et quant ils s*apperceurent qu'ils avoient du pied , ils jetèrent leurs bonnes bagues, joyaux et vaisselles en puits , citernes , celliers et chambres secrètes , puis boutèrent le feu en leurs logis; et furent aulcunsd'iceulx bleschés. Ceux qui sautoient par-dessus les murs, pour saulver leurs corps , estoient rudement despeschés par les gens de messire Glande , qui estoient au dehors de la ville. Salezar et les siens, environ cinquante chevaliers, se retirèrent au chasteau.
Les Allemans les cuidoient bien avoir, pensants que impossible lui estoit d'en eschapper. Pour-* quoi, sans avoir regard sur lui, furent enclins à
butiner. Et quaot vint la nuict, à cause du travail qu'ils avoient porté la journée, se prindrent à dormir et les aultres à boire. Mais Salezar et les siens, qui ne beu voient ne dormoient, estoient fort empeschés à imaginer moyen et tour pour eschapper dudit chasteau ; parquoi de nuict ils envoyèrent une femme pour sçavoir si le pont estoit desfaict, et icelle rapporta que le bois du pont estoit sans plus osté et desfaict quant auxasseles, et que les gistes encoires y estoient , et que de léger il seroit mis en poinct pour s'en aider. Parquoi fut bastivement remis sus , d'huis , de tables et de fenestres; puis quand il fut radoubé, Salezar et les siens passèrent oultre , et s'aventurèrent la plupart de ceux qui s'estoient retirés au chasteau.
Ainsi eschappa lui centiesme^ en grand danger de sa vie ; car il avoit les pieds cuits et eschaudés du feu de Grey ; et laissa, de compte faict^ quatorze cents François morts, tant en la ville que sur la muraille. Le trésor d'iceulx et le butin fut recoeilli et fusté par les Âllemans es xîelliers^ citernes et secrètes places, lequel fut estimé à la valeur de dix mille francs ; puis Allemans et Bourguignons, habandonnèrent la ville^àcause qu'elle estoit bruslée.
Monseigneur le prince d'Orenge et messire Glande de Vauldrey, ayants quatre mille Allemans, firent une assemblée de huit mille hommes ou environ , cuidants avoir entendement avec aulcuns de la ville de Digeon ; et firent amener
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engins, eschelles et aultres instruxnens convenables à faire leur emprinse. Quand Salezar, capitaine des François , estant en, Digeqn , apperceut cette puissance , il fit sortir la garnison sur les Bourguignons et AUemans i et liii-mesmes ne povoit estre à Texploict , à cause qu'il avoit les pieds cuits du feu qu'il avoit senti à la destruction de Grey. L'abordement d'une partie à Taultre fut moult impétueulx ; et donnèrent si horriblement les Bourguignons contre les François , qu'ils les rembarèrenl en leur ville, et rentrèrent à la porte trois Bourguignons avec eux ; puis l'artillerie d'iceulx Bourguignons approcha si près du boluwert de la ville qu'elle fut en danger d'estre perdue* Gens applouvoient de tous costés pour donner secours à Digeon. Parquoi lesdits Bourguignons, après avoir illec séjourné trois jours, se retirèrent en Aussonne. Les François frappèrent en la queue. Messire Glaude , qui faisoit ï'arrière^garde , estant vestu d'une robe grise en habit deseogneu , fut en ' grand péril d'estre attrapé* Il perdit aulcuns de ses gens par sept ou huit François qui chargèrent sur eux*. V
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