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CHAPITRE XLV

Comment la maison de Bourgogne fut en grande tribulatlon pour le trespas du duc Charles à la journée de Nancy.

Dures nouvelles, les plus angoisseuses que jamais, furent ouyesenla triomphante maison de Bourgogne, pour la très douloureuse journée de Nancey , en laquelle très excellent et très puissant ptince , monseigneur le duc Charles^ que Dieu absolve ! fina piteusement ses jours, par très fière guerre mortelle. Lors , s'escousa le vrai soleil de justice es ténèbres; là tresbucha la très dolente fleur d'honneur es poindantes espines; le très précieux diamant fut cassé de meschans ferrailles ; et le très fort et noble lion attéré de vilaines bestes. O domage irrécupérable! Mort outrageuse , insatiable, piteuse, acerbe et lamentable^ tu as effacé la très resplendissante image de nobilité , destranché la verde branché de chevallerie, et dilapidé le ferme, seul et unique pillier qui soustenoit la glorieuse arche de Bourgogne ! 0 guerre très horrible, horreur incredible, crueur exécrable ! et toi fortune, décepvable gengleresse, tu as long-temps par ton bel accueil, en la fleur de ses ans eslevé ce vertueux prince jusques au sommet de félicité mondaine ! Tu lui as doné hauts triomphes, belles victoires, inestimables richesses, claire renommée

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par mer et par terre; et de qui le r<^oubté bruict résonnoit sur les infidèles , tellement que sept ambassades de quatre rois et de trois ducs a recueilli pour un jour à son hostel ; il a restabli roi en son royaulme; conquis pays inagressible ; subjugué cités et villes imprenables ; dompté rebelles ; envahi par armes, à sa grande gloire , le plus puissant roi des chrestiens, et présenté fière bataille au très glorieux César , l'empereur Frederick , toujours auguste; et avec ce que le ciel lui favourisoit et qu'il a esté revestu de singulières grâces et salutaires vertus, comme il appert au chapitre de la magnificence du siège de Nusse , tu lui as faulsé fortune, ifondé, attribué, non sans cause, le nom du grand duc d'Occident, Charles le preux et magnanime^ puis tu l'as, par grief accident , faict tresbucher sous la main d'un petit duc, josne d'eage et pusillanime î 0 folle abusion mondaine , gloire caduque et de meschante valeur, tu as montré ton faux barat, ensemble la soudaine mutabilité de la cauteleuse fallace, en l'intérémption et décadence de ce très illustre et haut duc , digne d'est re couronné et de porter sceptre royal , quant, par ton malice faulsaire, tu l'asdesrochéde son riche trosne mondain , pour nous loger ens ou limbe de deuil et en l'ombre de la mort ténébreuse. Nonobstant, ses vertus seront clarifiées devant Dieu , et ses victoires et pompes incomparables demoureront sculptées et perpétuées en la mémoire des humains , comme le vrai et hardi champion de la chose publique , qui, à bonne et juste querelle, a offert et

sacrifié son cèrps à son benoist créateur pour nous acquerre quelque jour le règne de paix bien heurée. Sa dolente expiation , ensemble son desfortuné fin , sont exemplaires d'admiration aux autres princes conquérans , et donnent affliction à ses nobles alliés , desplaisance à ses serviteurs et amis, et réjouissance à ses ennemis. Et entre les piteux cueurs féminins aguillonnés d'amiable poincture, madame la duchesse, sa chère espouse, et mademoiselle de Bourgogne, sa fille, en furent les plus désolées , ses pays espouvantés , ses cités et villes troublés, et le povre menu peuple perplex et confus, attpndans, comme brebis sans pasteur, misérable désertion : car en la propre journée que la terre èmprès de Nancey fut si heureuse que de recepvoir mort le noble corps de si excellent prince , les seigneurs de son sang , monseigneur le bastard de Bourgogne , son frère naturel, monseigneur le comte de Chimay, monseigneur le comte de Nassou, monseigneur de Croy, messire Josse de Lalaing, Cornilles de Berghes, messire Olivier de la Marche, capitaine de sa garde, et plusieurs grants barons et puissans chevaliers, furent détenus prisonniers , lesaultres rompus et tournés en desroi , et grande partie des plus vaillans livrés aux trenchans des espées , avec lesquels rendit son ame sur le champ, et accompagna son maistre à vie et à mort ^monseigneur de Bièvres, sou conseiller et chambellan, très preux, léal et prudent chevalier de la Thoison, cler en vertu, flourissant en prouesse, et qui long-temps militant en la maison

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de Bourgogne, avoit acquis glorieus>è renommée. Le roi de France sceut tantost par messaiges ceste piteuse desconfiture, et monstra pareffect que nostre grantmeschef ne luicuisoit guères; et bien lui sembla qu'il estoit au-dessus de celui qui plus lui nuisoit, et qui moins admiroit sa hauteur; et lors, sous umbre de souveraineté^ mist en oubli toute paction et bon appoinctement, pour soi fourer en pays; et, comme j'ai poétiquement escript au Naufrage de la Pucelle ^^ il saisit villes et chasteaux^ desquels le duc vivant il n'osoit regarder les crétaux ; et fit fraction des trêves prinses entre eux, pour l'espace de neuf ans tant solennellemen en paroles de princes, sur les saints évangiles et le précieux fust de la croix, jurées , conceutes et accordées poureux,leurs hoirs,et successeurs venus et à venir ; puis mit sus sa grosse armée , descendit en personne sur la rivière de Somme , saisit Sainct- Quentin, en débouta la garnison qui se tenoit de par le duc Charles , vint devant Péronne, qui para vant lui estoit felle et dure , car elle estoit forte à merveille et bien en poinct pour résister à sa puissance ; mais il corrompit, par belles paroles et proumesses, le seigneur de Clary, gouverneur d'icelle , et aultres chevaliers nobles hommes , jusques au nombre de vingt et un, qui lui feirent serment, et rendirent la place ; dont le povre peuple fust en grant annoi.

» Poème de J. Molinet.

La povre désolée fille , orpbeline de père et de mère , seule légitime héritière , estoit lors en Gand avec madame la duchesse , à qui le duc, que Dieu absolve! l'a voit bien acertes recommandée. Les Gantois aussi en firent curieuse garde , car difficile chose estoit de la tirer hors de leurs mains. La bonne damoiselle voyant le futur éminent péril et pays tourner à gastine par la rigoreuse prétente du roi, délibéra par son conseil d'envoyer devers lui en ambassade, monseigneur le chancelier, monseigneur de Tournay, monseigneur de Humbercourt et monseigneur de la Gruthuyse , afin de remonstrer sa doléance et trouver traicté pacifique. La très humble et bonne damoiselle pour adapter l'amour de ses sujets , abolit toute taille et subside que son père , cui Dieu pardonne ! cueilloit par an sur ses pays. Elle rendit tous privilèges aux bonnes villes, et déclina le parlement de Malines, que le feu duc Charles avoit magnifiquement eslevé, authorisé, pourveuet décoré de grands personnages, présidens vertueux et discrets à la seniblance, etgaires moindre de celui de Paris, où ses pays sortissoient pour administration de justice , au très grand desplaisir de la couronne de France, Le roi , qui de riens ne se contenta , fit deman^ der la duché de Bourgogne pour lui et pour ses hoirs héritablement , la comté de Boulongne , la rivière de Somme, six cents mille escus d'intérest, la damoiselle en sa garde et tutelle pour la marier à 3a voulonté y et choses de si haulte estime , qu'il

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estoit impossible de les fornir. Mais se traictié de mariage se povoit trouver entre monseigneur le daulphin son fils et ladicte damoiselle , sa cousine et sa filloele, il la lairoit paisiblement jouir et possesser de tous ses pays, terres et ses seigneuries que paravant possessoit le duc Charles son père , avec certaines offres, grandes et proufitables pour le salut et utilité du pays. Il crémoit l'alliance des Englets, ses capitaux ennemis, celle de Clèves et celle d'Allemaigne; car l'empereur Frederick avoit un jeune fils en eage compétent, doué de précieuses vertus, en qui nature n'avoit rien oublié. Et lorsque ledit empereur, son fils Maximilianus et le duc se trouvèrent ensemble à Trêves, couroit la nouvelle que l'alliance s'en debvoit faire. Le roi doncques avoit choisi ce mariage pour son fils ; car plus noblement ne plus richement né le povoit allier; et prétendoit annexer les pays à son royaume, les encercler et réduire à la couronne. Et plusieurs nobles, concernans le bien de paix, au reboutement de la guerre desjà noée, assez se consentoient à l'alliance de France. Toutesfois monseigneur le duc de Clèves, monseigneur l'évesque de Liège et monseigneur de Ravestain, oncles de madamoiselle, en qui garde elle estoit alors, monseigneur de Brayne, la plus saine partie du conseil , et des Gantois, qui lors avoient grande audience, à cause qu'elle résidoit en leur ville, lieu de sa nativité , tous ensemble unis en un poinct, ne la voulurent allier aux François , tant pour les hostilités, ver>-

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geances, infidélités , inconstances et aultres démérites indignes de record , que plusieurs disoient estre au roy, que pour ce que monseigneur le daulphin, son fils, encore puérile, qui oncques n'avoit attainct dix ans, n'estoit en eage suffisant pour avoir génération. Ladamoiselle aussi estant eu fleur de jeunesse, douce et tendre^ çn eage suffisant pour porter enfant , avoit son cueur en Germanie, où elleespéroit mari plus proportionné à ses ans que le daulphin. Si se contenta légèrement de la faulte, combien qu'en rien ne vouloit déroguer à la voulonté de ses oncles, pour Futilité du pays. Quant le roi percent le reculement du mariage de son fils , et l'advancement d'un aultre plus propice au salut du pays , il le porta dur ; et jura la Pasque Dieu qu'il menroit son armée aussi avant en Flandres, que le duc Charles avoit esté en France ; et fit charger grande quantité de son artillerie, grosse etmenue, et avancarles francs-archers en gros nombre. Si descendis t en sa personne avec sa puissance grosse, et férit en Artois, en Bonlonnois, en Haynault; et avec ce qu'il se tenoit au-dessus de la ducé de Bourgogne, de la comté de Ponthieu et de Vermandois , et qu'il avoit saisi Péronne , Roye , Montdidier , Abbeville et Montreuil-sur-Ia-mer , il prinst Lens , Dourlens , Béthune , Thérouane , Boulongne, Hesdin, Arras, Cambray, Bouchain , Que^noy, Mortaigne, Chimay, Avesnes et Landrechies ; et conquist les unes par appoinctement et par faveur, les autres par

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fureur et par espouvantement , les aultres par gros traicts et terribles travaux , et les aultres par force et crimineux assaults , comme il est narré au long au chapitre précédent. Il conquestoit les villes par tourments et les hommes par blaodis* sements, puis les appeloit Mamelens.

Il suborna et tira à sa corde messire Philippe de Crevecœur, seigneur des Cordes , chevalier de la Thoison-d'Oretséneschal de Boulongne, dont il parvint à la comté, et fut servi des Boulenois. La conversion de ce chevalier plongea maints cueurs en tribulacion ^ pour ce qu'il avoit esté souef nourri en la maison de Bourgogne, car il avoit receu grands honneurs et haultains bénéfices , et estoit moult aimé du peuple, qui moult se confioit en lui, tant en Abbeville comme en Arras ; mais la parole du roi estoit alors tant douce et vertueuse , qu'elle endormoit comme la seraine, tous ceux qui lui présentoient oreille. Chose incrédible et trop longue à mettre en compte me seroient les exactions, dérisions, opprobres, villenies, occisions, tyrannies, larroùeries, captures et inhumanités que le roi permettoit commettre par ses francs-archers, es conquestes qu'il feit par phas et par nephas es villes nommées ; car lors estoient en cours, défloration de vierges, effusion de sang innocent, déprédation des hospitaux^ spoliations de matrones, carcération de jouvenceaux, extinctions d'enfans, submersions de vieillards, combustions d'églises , persécutions de personnes, forcemens de femmes, dé-

molitions de villes, dilapidations de chasteaux, et gastines de plat pays ; autant par feu et espée povoient durer que plustost failloient que les courages de ces satellites qui les employ oient. Et lorS estoient séparés par prison les en fans des mères, les mères des filles, les filles des pères, les pères des oncles , les oncles des sœurs , et les sœurs des frères; et tous ceux qui estoient détenus prisonniers en leurs mains, sans pitié et miséricorde estoient angoisseusement traictés, tourmentés et torturés pour augmenter leur rédemption. Hastive mort, dont ils prioient leurs détenteurs, leur estoit moindre passion , que de languir en tel continu, fel et'cruel martyre. Les uns périssoient de famine, les autres périssoient de vermine; les uns avoient les membres brisés et tournés au revers , les aultres les avoient navrés et mengiés de vers. Pour plus ahontaiger et vilipender le féminin sexe, ce que les infidèles coeuvrentet bonorent, ils coppoient aux femelettes qu'ils trouvoient sur les champs, leurs vestements, une palme dessous la coroye, et destroussoientaulcunesqui portoientla ranchon de leurs amis. Telle la paya bien au long pour son mari , qui depuis lui fut rendu mort ; et bruloient les villaiges qui leur estoient chèrement rachetés. Bref, toute espèce de cruaulté que les tyrans payens souloient anciennement faire aux chrétiens , les François en passionnoient les Bourguignons; etqu'il soit vrai, ils crucifièrent unprisonnier, et lui fichèrent, de gros clous, mains et pieds

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contre une couche en la paroisse de Saint-Brisse de Tournay , lorsqu'ils brûlèrent Harlebeke.

Très chreslien roi des François, -Loys odorant^ précieux l'ruit , throsne azuré et décoré d'or, comment peux-tu souffrir estre exécutée par tes satrapes cesle prophane impiété ? le céleste gubernateur, amoureux de l'hostel de France, envoya divinement à tes anciens progeniteurs , les glorieuses fleurs aurenges dont tu es grandement honoré; et par la vertu de la saincte ampoule , dont tu es sacré et oint, tu possesses le bénéfice de miracle en ta pleine vie. Très chrestien roi des François, comment peux-tu permettre i:este exécrable tyrannie? où est la douceur de ta miséricorde? où sont les vertus de tes bienheureux pères, qui en toi doivent resplendir par excellence ? tu doibs subvenir à la chose publique ; tu dois nourrir les orphelins ; regarde et vois les oppressés qui demandent à Dieu vengeance ; regarde en pitié la désolée pucelle, sans la deshériterde son seignourieux patrimoine; monstre doncques comment tu es très chrestien roi des François. Veux tu dégrader celle que tu dois garder? veux tu nuire et offenser celle que tu dois deffendre? Convertis rigueurs en vigueur, sévérité en sereineté, démence en clémence, et crudelité vicieuse en nobilité vertueuse. Les glorieux rois triomphans, tes nobles prédécesseyrs, déployèrent jadis leur auriflamme sur les mécréans,, hérétiques, payens, sarrazins et barbarins, en exaltation de la foi catholique , dont ils ont acquis^

honneur de perpétuelle mémoire ; et toi qui es nommé le non pareil des aultres^ destruis tes frères chrestiens ; et sans regarder sexe , vocation , eage, affinité y consanguinité ne filiation spirituelle , tu te combats con tre la quenouille d*une povre pucelle, et fais desrompre sa maison par ta cruelle maisniel Comment peux-tu donc permettre ceste exécrable tyrannie ?

Aultre sorte de pestilence dure et felle as féri es supports de la maison de Bourgogne , qui près les mena à totale destruction; car tanlost après que le glorieux prince, ferme pillier de justice, fut esvanoui de nos yeux, divisions, machinations, humiliations, conspirations , insurrections, rumeurs et murmures, séditions, hongueries, commotions, élations et mutineries se pullulèrent es* villes opulentes ; et s'eslevèrent les petits contre les grands. Le commun vouloit suppédi ter les nobles, réformer les officiers et collecteurs des subsides et aides qui s'estoient faictes pour soustenir les guerres. Ganthois , qui avoient vent en poupe , et se sentoient forts sur leurs pieds, commencèrent ceste malheureuse danse ; à l'exemple desquels les grosses villes de Brabant, de Flandres et de Hajnault tournèrent à la caroUe, et se prindrent non seulement à ceux que la police des villes avoient à régenter , dont plusieurs furent exécutés , mais aux plus hauts, grants , nobles et puissants chevaliers , domestiques et familiers du duc Charles, que Dieu absolve ! ceux en qui plus se fioit de ses affaires, et

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auxquels il avoit baillé le principal régiment de son hostel et domaine. Ganthois doncques, espris de grand fureur se mirent en peine de appréhender monseigneur de Humbercourt , comte de Meghe , qui portoit Tordre de la Toison. Monseigneur le chancelier et monseigneur l'administrateur de Thérouane furent détenus prisonniers , et torturés villainement comme gens de basse condition . Etnonobstant toutes remonstrances, humbles requesles et prières, que n^damoiselle de Bourgogne leur princesse naturelle , qui lors estoit en Gand , sceust faire, monseigneur le chancelier de Humbercourt et messire Jehan de Wanmelle, chargés pour aultre délict , furent jugés en la maison de la Tille, et mis à mort sur un hourt, comme larrons ou meurtriers, et finablement décapités par un jeudi absolu , Tan de ceste tribulacion mille quatre cents soixante-dix-sept ; et monseigneur l'administrateur de Thérouanne, à cause qu'il estoit homme ecclésiastique , eschappa de ce mortel dan ger , et fut long-temps destenu prisonnier.

Ainsi passe la gloire mondaine; ainsi finirent honteusement leurs jours , ceux à qui tous biens affluoient , devant qui tant de chefs furent descou- Terls , et dessoubs qui tant de genoux plièrent ; et ne peult cheoir en l'entendement que hommes de si grande estime de vie catholique et singulière dévotion, comme ils estoient^ feussent coupables de ces misérables esclandres , se n'est que Nostre -Seigneur, qui tout cognoist , les veuille as-

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siimer au nombre des martyres , ou que par eux nous vueille monstrer la folle abusion du monde. Un grant abus fut semé au peuple , en Tan de ceste tribulation ; car une commune voix fut , qui s'esleva par cités et bonnes villes , que le duc Charles^ que Dieu absolve! estoit encoires vivant, et destenu par les Allemans prisonnier , qui célément le gardoient; mais à cause qu'il estoit griefment navré , ne povoit sitost retourner en pays. Plusieurs pèlerins et voyageurs certifioient Tavoir veu vif, les uns à Metz en Lorraine, les aultres en AUemaigne , et de là à Rome , en Gérusalem , en Portugal et en Angleterre.

A celle folle erreur ajoutoient crédence, non pas seulement menu peuple, mais plusieurs dames et damoiselles. Par Tardant désir et amiable affection qu'elles avoient en sa personne , créoient de léger ce qu'elles désiroient; ceux mesmesqui paravant tesmoignoient l'avoir veu mort , s'enclinoient à ceste opinion. Les marchands en vendirent les uns aux aultres pour plus de dix mille escus de deniers à payer à sa revenue en pays. Toutesfoisle contraire , dont il nous poise grandement ! nous est trop clerc et manifeste. Les inventeurs de ceste mensonge disoient mieux qu'ils ne savoient ; nonobstant que le très bon prince soit absenté de nous corporellement , son ame vit et reigne, s'il plaist à Dieu^ entre les bien heures, et par sa haulte renonamée, très clers vertus etexcellentes prompes,il vivra etrègnera parles siècles en la mémoire des hommes.

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Un aultre grand meschef advint en la maison de Bourgogne , qui fort travailla sa povre désolée famille. Ainsi que le roi à qui fortune ayoit monstre sa clère face, se fourroit en pays par puissance , et que villes et chasteaux de frêle résistance se ouvroient et se . enclinoient devant ses bannières, Flandres, qui estoit forte et fière ^ se resveilla au bruit de ses armes: Gantois s'esmeurent; Brugelois se montèrent ; le Francq se prépara ; ceux de' Courtray et de Werny s'assemblèrent; chacun se mit sus, à pied ou à cheval ; firent provision de vivres , de charroys , d'artillerie , de tentes , de pavillons et de tous instruments de guerre , et se trouvèrent ensemble en nombre de dix-huit à ving^t mille. Et entre les nobles qui les conduisoient , chobirent pour chef et ducteur de leur armée , monseigneur le duc de Gheldre. Us se mirent aux champs en bel arroy^ et pour envahir Tour ni • siens tindrent leur parcq au Pont des Pierres.

Tournay sentant l'approche du roi, devint haultaine et orgueilleuse ; elle renoncha à la pactiott qu'elle avoit faicte au duc Charles pour vivre paisiblement entre ses pays, où elle estoit lors bien sur le sien, grasse et drue, et ses voisins estoient maigres et desplumës ; mais elle se mit d'aise en malaise , de richesse en povreté , et de franchise en servage ; car à l'incitation du prevost de Pontoise et de Navairot, abbé de Sainct- Amour, et du bar- Itter au roi, qui lors se tenoit en sa cité , combien que ce fust au desplaisir de plusieurs bourgeois ,

Bourguigaons en cœur, elle receut une grosse garnisoQ qui lui bailla toutes ses rojes ; et entrèrent dedans deux cents lances bien en point, dont furent conducteurs monseigneur l'admirai , messire Dolart de Moy , messire Maurice et François de la Sauvagerie. Escarmouches et dures rencontres se faisoient des Flamans aux Tournisiens.

Advint de nuict, par un vendredi, que le duc de Gheldres, accompagné de sept à huit cents chevaux , se partit du Pont des Pierres , approcha Tournay et fit bouter le feu aux faubourgs. Ceux de la ville en furent fort effréés ; ils crièrent aux armes , pourvurent à leurs défenses, et montèrent sur la muraille ; et, comme sages, n'ouvrirent nulle porte. Quand l'aube du jour fut crevée, le seigneur de Moy et ceux de la garnison saillirent sur les Flamands et se frappèrent sur la queue , et les poursuivirent jusques auprès de Thin, François de la Sauvagerie, très vaillant homme d'armes, chargea d'un fust de lance si rudement sur le duc de Gheldres ^ lequel faisoit retirer ses gens, qu'il l'abattit par terre. Nonobstant ce, il se deffendit à son pouvoir, comme très preux et hardi , plein d'un vertueux courage , mais guères ne lui valut. Le damoiseau et aultres le navrèrent en la gorge et au chef, où il receut deux plaies; et finablement fut puisé par dessoubs, qui lui donna le coup de la mort; etadonc s'escria Gheldres! et oncques puis mot ne parla; et rendit son ame à Dieu, chevaleureusement, en deffendant l'héritage de la dolente

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pucelle , orpheline de père et de mère , dont il se monstra vrai champion. Il estoit vestu d'un riche hocqueton chargé d'orfaivrie, qui prestement fut deschiré par leslacquais; chacun d^eux en print une pièce. Quelqu'un le chargea sur son cheval et l'apporta devant lui devant Tournay, tout desplayé, mort et desfiguré, qui estoit chose pitoyable à voir et du monde la plus douloureuse. Il fut tantost despouillé, lavé et mis en estât décent pour recepvoir sépulture, et porté en l'église Sainct-Jacques, monstre en publique^ la face descouverte, à tous ceux qui voir le vouloient, et de là porté à Nostre-Dame , en la chapelle Sainct-Loys, où il fut honorablement enterré , et son obsèque magnifiquement célébré, comme il appartient à sa personne.

Nul ne sauroit imaginer les joies et les festoyements que les.Tournisiens menèrent pour la perte de ce très noble duc. Us firent feus, chansons et danses ; et comme s'ils eussent assommé le Grand- Turck , batelèrent et sonnèrent leurs cloches si haultement, que à peine oy oient-ils l'un et l'autre parler; et en rendant grâces à Dieu de leur bonne fortune chantèrent solemnellement ce sainct cantique de liesse, Te Deuni laudamus. Flamens, d'aultre costé, menèrent grand deuil quant ils seurent ces.dures nouvelles 5 et ainsi que membres sans chefs, devindrent foibles et mates, eslevèrent murmures, semèrent divisions, et entrèrent en pointe les uns contre les aultres, disants qu'ils.

avoient vendu et livré leur duc aux Tournisiens; et de faict se départirent confusément de leur part , h abandonnèrent grand partie de leurs biens , et firent autant de chemin en une nuict^ qu'ils avoient faict au venir en trois jours. Le seigneu^ de Moj, qui estoit adverti de leur desroy par un de leurs gens mesmes, les suivit de si près, qu'ils n'eurent loisir de recueillir leurs bagues , lesquelles la garnison de Tournay, ensemble la communauté, miret^t à saulveté dedans leur ville, et ramenèrent de leur camp avec plusieurs proyes, vin, cervoise, pain, chair, poisson, fromages, chandelles, febves^ pois, aulx, oignons.

Ceux de Bruges, CourtrayetWerny, angoisseux de leur perte , et honteux de leur confus soubdain département , reprindrent couraige en eux; et le lundi ensuivant se trouvèrent à grande puissance au Pontdes Pierres, pourveusd'artillerie pour résister aux ennemis. Le sieur de Moy et les capit^nes du parti de France , tous préadvisés de leur faict , lesquels congnoissoient par expérience le train des communes, et comment de léger sont rois en desroy, firent vuidier leurs garnisons, et les Tournisiens s'enstremelèrent avec eux sur espérance de plus gaigner que de perdre ; et envahirent les Flamenspar tel effort, qu'ils les ruèrent jus et les mirent à desconfiture. Onze ou douze cents furent occis sur la place, et quatorze cents furent détenus prisonniers , et le demourant tourna en fuite, et le camp du tout despouillé de serpentines, de ban-

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nières , de vivres et toutes ustenciles de guerre. Les prisonniers estoient riches et puissants; si rendirent aux François innumérable finance. Le bailli de Bruges paya pour sa part six mille escus. Fortune pour ce temps fut aux Flamens dure marastre, non pas au Pont des Pierres seulement, mais au Neuf Fossé et plusieurs frontières , èsquelles, jà*soit ce que curieuse garde et diligente veille fust mise du parti de madâmoiselle , toutes fois François pénétrèrent la cosie, la dommagèrent en plusieurs façons , bruslèrent la vallée de Casselle, et pillèrent les gros villaiges ; et leurs avantcoureurs boutèrent le feu jusques à quatre lieues près de Gand.

Se Flandres estoit ort fouUée, Haynaut ne valloit guères mieux, et le résidu d'Arthois avoit assez à souffrir. Et se j'ose la vérité descouvrir , la communauté des villes hongnoit très fort sur les nobles du pays , et guères ne se fioit en eulx , tant pour ce que aulcuus de leurs amis s'estoieot déclarés François que pour ce qu'ils monstroient se petit debvoir au reboutement des ennemis. Et comme Sainct Matthieu a comparé en sa parabole le règne des cieux à dix vierges dont les cinq furent sages et les aultres furent folles, il y eut cinq villes sur ^ frontière » de grande recommandation, en qui la lumière de fidélité ne fut jamais efetaincte , mais allèrent en habit nuptial au-devant de l'espouse ; et ce bien leur vint, avec la bonne voulonté qu'elles a voient par les sages et prudens conduc-

teurs et conseillers qui les avoient en garde. Moq^ seigneur de Bievres et monseigneur de Cohen nourrissoient en amour Saint-Omer et Aires ; monseigneur des Pierre entretenoit Lisle en foi ; monseigneur de Fiennes et Salezar soustenoientDouay en sa force j Philipes , monseigneur de Ravestain , et 3acques Galliot, deffendoient Wallenchiennes à Tespée; et tous se conduirent si chevaleureusement qu'ils ont acquis auréole de perpétuel honneur. Quant le roj perchent que ces cinq villes lui monstroient visage et ne vouloient ouvrir les oreilles à ses parlements, mais se tenoient closes en la fqi, comme vierges fermes et constantes, qui deb voient répudier les doux langages des adula-> teurs, vojant aussi que par armes, ne par naenaces, ne par emblée ne les povoit enforcer, car elles etoient prudentes comme le serpent, et se gardoient de tous faulteurs et adhérents qui lui povoient donner avance, il proposa, après tous attemptats , de les avoir par terreur de famine. Et comme jadis les horribles persécuteurs des chrestiens vaincuspar les simples vierges, non admirants leurs cruaultés, subtilloient nouveaux tourments pour les mener à fin mortelle , ce très chrestien roy Lojs, trèssainctet sacré liligère, en qui pitié et clémence doibvent resplendir pau:'-dessus tous rçgnans , mist avant pour les crucier une espèce de tyrannie, si énorme et contraire au bien publique que je resongne beaucoup la narration du cas, tant est misérable et vilain. Et puis qu'il

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faut que la vérité s'en desconvre, il fit destruire et mettre en ruine non pas les tours , les murailles, les donjons, les maisons qui mechaniquement sont produits par les mains des hommes, mais il convertit ses lances en faulx, et livra guerre aux bleds et aux avoines que Dieu, par sa divine bonté, faisoit croistre avant les champs , pour estre servi et honoré en son temple et pour nous donner vie et substance. Et pource que Vallenchiennes et Douaj n'admiroient rien sa puissance, mais se fortifioient contre tous assauts, entretenoient gefls d'armes à leurs souldées, soustenoient picquenaires, archers , Suissers et hacquebutiers à leurs propres despens, et vuidoient sur eux à bannières desploy ées par cent, par milliers, il les print en haine, et pensa d'avoir par horreur ce qu'il ne povoit avoir par honneur. Dont, pour mettre ce hideux faict à exécution finale, au mois de juillet, que les bleds ne sont tous verds ne tous meurs, et que la despouille mise es greniers ne proufitoit ne aux gens ne aux bestes, il fit assembler d'autour de Paris, de Soissonnois, de Vermandois, de Beauvesis et de Valois , plus de dix mille faulcheurs , et en envoya la pluspart au Quesnoy. Le grandmaistre de France se donna grand pitié à voir tant de faulx; et, pour compassion qu'il en eut ceste fois des povres laboureurs à qui Tinterest povoit expéter , il en renvoya grand nombre, qui moult voulon tiers se retournèrent, car ceste manière de faire leur desplaisoit trop. Toutesfois^ pour obéir

au commandement du roi, il j en demoura grand planté qui firent horrible dommage en la garde et protection de quatre cents lances , et de quatre mille francs-archers y que conduisoit ledit grand maistre de France. Le gouverneur de Limosin , le sieur de Torsi et le bailli de Sainct-Pierre-le- Moustier , commirent ce cruel exploict, tellement que par trois jours continuels, de deux à trois lieues de pays à l'environ de Valenchienties et de Douaj, en commun spectacle de ceux qui voir le povoient , ces François faulcheurs faulchèrent les biens de terre que Dieu, par sa clémence, avoit envoyés en grande abondance et apparence de parvenir à salubre maturité, pour sustenter son povre peuple, s'il eust pieu au roi de France.^ 0 sempiternel opprobre à maison tant saincte et famée ! roy régnant, rude et desvoyé , quel hideux desroy as-tu fait ? tu te combas aux champs des pastoureaulx meschans et aux grains des oiseaux qui donnent leurs chans! Néron fit brusler les maisons où se tenoient les Romains, et tu fais couper les moissons qui soustenoient les humains ! Le roy de Ninive fit jeûner les bestes par purité de dérision ^ et tu les fais jeûner par purité de décision. Les bestes mutes, maigres et sèches , de qui tu as mis en ruine la provision annuelle^ nous regardent en pitié, en faisant signe de demande, et ne leurs sçavons que donner. 0 vous , les petits oyselels du ciel , qui sollez visiter nos champs en vos saisons, et nous resjouir les cœurs de vos

amoureuses voix , querés aultres contrées main • tenant , departés-vous de nos labouraiges , car le roy des faulcheurs de France nous a faict pis que les oraiges.

Valenchiennes , fière et forte , salut du pays , singulier refuge des Hannuyers, qui la première des aultres avoit mis son estendard aux champs^ et dont estoient issus pour une fois, en la protection des nobles, trois mille deux cents hommes de deffense , fut terriblement animée en l'inspection de cest oultrageux et prophane cas , et nonobstant si terrible et grosse armée qui se rangeoit devant ses murs, avec la noble seigneurie, qui lors se tenoit en son clos , issit sur ses ennemis en très bel et très notable arroy. Et pendant le temps que ceste impiété fut faicte, une bonne demie-lieue arrière de son fort, tant devant Saultain et ailleurs, Phelippe, monseigneur de Clèves, monseigneur de Ligne, monseigneur de Boussu, monseigneur de Myngoyal, monseigneur de Barbenchon, Cornille de Berghes, Jacques Galliot, monseigneur de Trelon , monseigneur de Famas, messire Lionnel de la Houarderie, Claude de Chimai, Anthoine de la Houarderie , Rondelet , et la communauté Valenchiennoise , livrèrent plusieurs escarmouches à leurs adversaires ; et sans quelque perte de leurs gens, prindrent hommes d'armes et faulcheurs , qui estrangement furent festoyés dans la ville.

Quant François sévirent si durement recueillis, ils s'advisèrent de mettre les Valenchiennois en

desroy ; et tout à une fois se partirent de devant la porte Cardon y où ils s'estoient rangés en bataille les uns contre les aultres, et servis des biens de la ville ; et en passant devant le Rauleur, marchèrent radement devant la porte M ontoise. Vallenchiennois, pour parvenir à leur emprinse et les avancer , soubdainement se desfoquèrent , et en tirant celle part, ceux à cheval passèrent selon les hayes des faux bourgs, et se plantèrent devant leurs ennemis, Mais pour ce que les piétons, qui les debvoient recueillir et soustenir, n*y peurent venirà temps^ ils furent par fes François rembarrés en leurdite porte. Jacques Galliot fut desmonté par meschef , et tantost recueilli de ses gens ; mais il perdit son page , son cheval et son armet. Fontaine , qui se nommoit rAulmosnier, ensemble cinq ou six vaillans hommes, furent occis sur la place. Un trompette' des François^ et deux aultres de leur parti , finirent illec pa-» reillement leurs jours. Ce jour , François se logèrent à Sainct-Saulne , où monseigneur de Myngoval les costoya du long la rivière de l'Escaut, pour les escarmoucher ; et furent là rudement servis par les hacquebu tiers de la ville. Au desloger, boulèrent le feu à l'abbaye et es faulxbourgs de Vallencliiennes , et mirent en feu et en flamme la phiparl des villages entre Vallenchiennes et Sainct- Guislain. Pensez quelle engoisse de cœur avoient a porter les povres laboureurs et paysans , quand ils veirent leurs maisons brusler, leurs granges ardoir , leurs eslables fondre et tourner en gast

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irrécupérable par ces mauldits faiilcheurs, leur annuelle fructueuse substance, qui tant de gouttes leur avoit cousté en labeur.

D'une aultre verge plus poindante , furent de rechef aguillonnés les povres paysans champestrès, de laquelle furent pareillement flagellés et battus les bons marchans aventureux, qui soustenoient le bien publicque. Tournisiens, qui lors en grande indigence languissoient , parce que vivres ne povoient aborder à leur ville , pour la prohibition et répugnant obstacle des garnisons de Lisle et de Douay , trouvèrent façon d'estre ravitaillés par cauteleuse voye. Ils donnèrent à entendre que huit cents lances estoient toutes prestes de fuster le pays de Haynault, et de mettre ce qu'il y avoit mais tout à feu et à Tespée ; et conseillèrent, pour mitigerceste fureur, que bon seroit de practiquer quelques bonnes trêves , et que ce seroit le salut du pays. Chacun y entendoit voulontiers, tant pour recueillir le demourant des bleds qui périssoient aux champs, que pour cultiver les terres pour l'année à venir. Le jour et lieu de convention furent prins et assignés en Tournay : parties y comparurent d'un costé et d'aultre. Le fruict de leur labeur porta, que bonnes seures trêves et abstinence de guerre par mer , par terre et par eaue douce , ser oient conceues , accordées, scellées et publiées, commençansle neuvième jour du mois de septembre, et tousjours continuées j usques à la rénovation de l'une des parties à quatre

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jours de sigoifiance. En l*oinbre de ces trêves , et en l'attente de paix ^ pastoureaux reprindrent les champs 9 pèlerins firent leurs voyages, laboureurs arrèrentles terres , marchans tirèrent en pays, et Tournay ne s'oublia poinct à soi ressortir de to*s biens« Et lorsque chascun prospérer cuidoit en bonne seureté, comme en temps pacifique, sans quelque doubte de la guerre , violentement, par le commandement du roy, sans cause et signifier à partie, les garnisons du Quesnoy et Bouchain coururent en Haynault ^ prindrent marchans, pillèrent marchandises, emprisonnèrent laboureurs , coeillirent infinis biens , boutèrent feux, et firent maux innumérables. Oneques si grand dommage ne fut veu pour une course au plat pays. Ces trêves durèrent dix jours seulement. Les marchands qui revenoient de la feste d'Anvers furent rudement rencontrés ; ils goustèrent avec les malheureux laboureurs venimeux fiel , amertume de la guerre. Lors devindrent marchands meschans; riches bouviers et pastoureaux n'eurent brebis, bœufs ne taureaux. Voilà la fidélité du roy ! voilà la cautelle des Tournisiens ! voilà fière malice conceue , vlaine tyrannie engendrée, hideuse oppression sentie, et grande diablerie enfantée !

Se la ville de Mons avoit l'heure de non estre plainement en frontière d'ennemis , et d'estre moins tourmentée du flagel de Mars que les aul- Ires, si ne fut-elle poinct pourtant exempte do

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martel de tribulation , dont elle fut par eslrange mode terriblement persécutée. Advint, par un mercredi , dix-septiènde jour de septembre , à six heures du matin , que quelqu'un qui essayoit la pouldre de canon en l'hostel de la ville , laissa cheoir par mal-adventure quelque petite estincelle de feu sur ladite pouldre i, dont Ton avoit faict amas pour résisler aux ennemis. Sitost qu'eUesentit le feu , un très horrible et très impétueux son s'esleva, tant véhément et cruel , que ceux qui en furent estonnés , tous aveuglés et espouvantés , Guidèrent que les infernaux fussent deschainés des abysmes, et que ce fnst définement du monde. Les pierres se fendoient et sailloient sur le marché, si rudemenr , que ame ne s'osoit tenir ; les gistes et les sommier» en allumant se destor<loient ; les chambres et les maisonnages par dedans ouvrés , tresbuch oient. Ce pestiférant accident fut une très griefve et dommageuse perte à ceux de Mons et à leur artillerie. Le seigneur de Dormans, en* semble madame sa femme , couchés en un logis au plus jprès^ furent piteusement estains par un pan de mur qui cheut sur eux. Aultres personnes, jusques à six, par ceste soubdaine tempeste , finirent piteusement leur vie. Oncques telle hideur du tonnoire ne fut ouye.

Condé , la plus courageuse des aultres pour une petite ville , fut persécutée de pareil mode, jaçoit ce que chevaleureusement avoit résisté souvenlefois aux emprinse des Tournisiens et de ceux

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de Mortaigne, auxquels elle faisoit une bonne , juste et forte guerre ; et que le seigneur d'icelle , pour un jeune homme, fust très vaillant, prudent et léal à sa maistresse , sans estre corrompu par belles promesses de ses adversaires. Toutesfois , avec les aultrus fortunes, lui livra une très aspre escarmouche ; car le beflProi et grande partie des maisons sur le marchié et ailleurs, furent consommées par feu de meschef ^ et bruslées en cendres noires- La ville de Bouchain, nonobstant qu'elle tinst la partie des François, receut telle punition ; et fat arse si nettement , qu'il ne demoura église ne maison entière * Ainsi, par la privation d'un seul homme très puissant, vertueux et redoubté , où . gisoit le salut des pays et l'espérance de toutes créatures , la triomphante maison de Bourgoigne , qui long-temps avoit prospéré en glorieuse famé , par diverses et estranges manières de peslillence, fut piteusement molestée et tournée à dommageable ruine ; et les bons et justes supports d'icelle , détenus en dure captivité mortelle de griefve tribulation. Dieu dointen brief et puisse resoudreen estât de convalescence, et que les très haults et resplendissans personnages qui l'ont en domaine , et en sont les vrais héritiers , j puissent tellement labourer, que ce soit à l'honneur des nobles , au proufit du bien publicque et à la salvation de leurs âmes !

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