‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 59 sur 135 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Ckmfedération matrimoiûalle entre très haalt et très puissant prince monseigneur rarchidac d^Autrlce et très rcdonbtée princesse mada* mojselle de BonrgoQ;]^e.

Populus qui ambulat in tenebris vidit lucem

magnam. Esaie, g*

Selon divine police humaine et naturelle ^ les essences inférieures sont gouvernées et conduictes des supérieures, les mortelles par les immortelles, les visibles par les invisibles , et les humaines par les divines. Ainsi comme il est uq seul celestial empire , et un seul Dieu impérateur éternel , auquel toutes choses créées obéissent, et qui par soa infallible bonté régit la supérieure monarchie, où sont angeliques poestés, throsnes, dominations, ordomiées par ierarchie, selon rexcellence de leurs qualités, nous avons semblablement en ce bas empire terrestre un seul empereur temporel , auquel le monde est tributaire , et lequel , par son impériale majesté et royale rectitude, régit la rote orbiculaire, la terre et ce mondain fabricque, où sont rois, ducs, marquis et contes, intronisés en leurs degrés, selon leurs haultes dignités et excelses vocations ; auquel empereur , puisqu'il a prins le glorieux nom d'Auguste , nous lui debvons rendre, comme dit Yégèce, fidélité, dévotion

Chroniques. T. XHV, — J. Moliket. //. 6

et service, comme à Dieu présent et corporel. Doncques^quiconques n'crf>éità son inditionetsainct édict impérial, il doibt estre réputé son ennemi, car c'est le précieux image du souverain gubernateur ; et aussi comme Véternel impérateur priva de son céleste empire les mauvais anges ^ lesquels, par superbe élation, vouloient mettre leur siège en aquilon , pour estre semblabh^s à la souveraine impériale majesté, lesquels, en tresbuchant, devindrent ennemis spirituels ; pareillemont les eslevcs coraiges rioteux se sont séquestrés du sainct sacré empire, et lesquels , présentement nous sont ennemis temporels ; entre lesquels la francigène nation , jadis issue de chambre trojenne , portée au ventre de Germanie et nourrie entre le Bin et la Dunoe (Danube), en la cité sicambrienne se déclarent exempts de la couronne impériale , habitent les basses régions , et se font par usage appeler Franchois. Mais proprement, selon le grec, nommer se doibvent Férochois, comme cruels et pleins de mortelle férocité ; el sont les ennemis qui nous temptent, qui nous battent, qui nous proumettent et abattent , et lesquels voudroient bien dégrader le sainct image impérial de sa chambre ecclésiastique , pour y plantei* et exalter leur idole babillonnique. Et comme le peuple de Dieu fut jadis travaillé soubs la main du roy Pharaon , et mené en captivité dessoubs Nabugodonosor, lespovres subgects de lamaisonde Bourgoîgne , n'a guères tant honorée , maintenant toute

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deschirée , sont piteusement cruciés , fouUés , flagellés et boutés en misérable servitude. L^ loi est subvertie , les temples sont poilus , les vaisseaux sont pillés , les autels abattus ^Jies clameurs des oppre^és, inhumainement traictés, demandent vengeance devant la face de Dieu; et la povre désolée pucelle , triste de cœur et esplourée, remonstrant la pileuse subversion de sa maison , se présente devant son créateur, et faict sa très douloureuse complainte des gens de Mars , Dieu des batailles , lesquels procurent ceste ruine. Elle s'escrie vers Noblesse , laquelle tant souef Ta nourrie , et dresse sa voix au chief du monde , le très sacré roj d'AUemaigne. Quand Téternel triomphateur , père des orphelins , consolateur des désolés, a ouy la dure oppression de son peuple chrestien , ensemble la piteuse lamentation de sa dévote et humble pucelle , il a , par sa douce clémence, consolé le cuer virginal, prins pitié du sang innocent et pourveu de sa grâce à la réparation du throsne de Bourgoigne , violentement offensé. Mais, pour ce que ce cas pitoyable concerne temporalité , et est per])étré au règne terrestre , afin que les humains couraîges chevaleureux puissent «mérir salvation en la poursuite , nonobstant que tout scât en sa juridic-* lion , il renvoyé les supplians à son vicaire sécu-^ lier, le très sacré et glorieux empereur Frederick, tousjours auguste.

Quand les quérimonieuses doléam^es et humbles

requesles de la noble pucelle sont espandues en l'audience impériale devant le lieutenant de Dieu^ et venues à la congnoissance de sa triomphante celsitude , il a prins compassion du faict, en regardant l'humilité de son ancelle , et est du tout délibéré de subvenir aux oppressés; et ainsi comme le genre humain fut jadis redimé de prisons infernales, par le moyen d'une humble vierge , extraicte de maison royale, la réparation du povre peuple , captivé es lacs des ennemis, se doit semblablement faire par l'alliance d'une noble pucelle nommée Marie , descendue de royale origine ; pourquoy l'empereur temporel , inspiré de l'éternel, veut employer sa puissance à repellerle prince des ténèbres hors de la maison des justes, et illuminer ceux qui séent en l'ombre de mort , pour les redresser en la voix de paix; et n'y veult envoyer ni son marquis, ne son conte Palatin, pour ce faire ; mais lui plaist par sa douce benévolence, que son enfant personnellement en face la réparation.

0 bonté admirable, miroir charitable , charité louable ! louenge honnorable , honneur perdurable et gloire inestimable te debvons rendre , comme tu en es digne , par-dessus tous les princes qui oncques régnèrent en ce monde ; car à l'exemple du céleste gubernateur , dont tu es image et semblance, sans espargner ton noble sang, tu nous offres la plus précieuse gemme qui soit en ton coffre , c'est ton très cher et bien aimé fils que tu nous présentes et donnes pour subvenir à la

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chose publique. Et comme toutes choses secrètes, preterites et futures sont réservées en la divine pensée de Tempereur sempiternel ^ ceste très haulte et pacifique alliance avant le décès du duc Charles , que Dieu absolve ! estoit incorporée pareillement et conceute en rintelligence et digpe mémoire de l'impérialle majesté; et aussi , singulières promesses, recommandations, missions et réceptions de joyaux d'un personnage à Faultre se faisoient ; parquoy la prophétie de Sibille ne povoit faillir d'estre adverie , laquelle dict ainsi : « Pidus aquilœ catulœ leonis copulatUs ven natorem domabît indomîtum^etc, le pouillonde l'aigle conjoinct à la faonne du lion^ domptera le cruel veneur et suffoquera le venimeux dragon avec ses pernicieux roiteaux. Maintenant est venu le temps que ceste vaticinacion doibt sortir son real effect : c'est assavoir que le pouillon de l'aigle, par qui j'entens très hault et très puissant prince monseigneur l'archiduc d'Austrice , fils du triomphant empereur Frederick , doibt estre uni par le lien matrimonial à la josne leonesse, ma très redoublée princesse madamoiselle de Bourgogne, fille du très fort et très victorieux lion monseigneur le duc Charles , que Dieu absolve î laquelle union se peult légitimement faire selon quatre choses qui sont requises en mariage : c'est à ssavoir sapience , beaulté, richesse et générosité.

La première vertu pourquoi Tung doibt choisir et prendre l'aultre en mariage , est pour

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3a sapience estant en lui , laquelle je ne voy estre forclose de ce très illustre et jeune prince ; carpuisque nous attribuons puissance à Dieu le père, nostre créateur , et sapience à son fils , nostre rédempteur, nous pouvons licitement, mais non point tant proprement, attribuer puissance à son vice-gérent , nostre temporel empereur , et sapience à son fils^ nostre très redoubté seigneur; car il est prudent en ses faicts, discret en conseil, sobre en parler , gracieux en maintien y songé en ruse , eslégant en rescription, subtil en inquisition, dévot à l'église , catholique en la foi, charitable aux povres, humain à ses amis, emprenant sur ses ennemis , resveillé aux armes , agréable aux dames, et selon la commune renommée , vierge et chaste, pur et net de corps et d'ame ; et avec ce qu*il est naturellement enclin à toute haulte vertueuse œuvre, à qui bien lui conseille et monstre la docte voye salutaire, comme tout hault prince doibt tenir; et bref il est doué de tant de précieux dons, sciences et bonnes meurs, acquises et naturelles, que le peuple des pajsse dira estre bienheuréd'avoirun tel prince àseigneur. Etseleseigneur est bien adreschié, certes aussi estladamoiselle; car toute gracieuseté, honnesteté , fidélité , libéralité , affabilité , débonnaireté, humilité, chasteté, constance, attrempance, prudence et science, que toute noble dame doibt avoir, elles sont encloses et reposent en elles , comme en Rebecca, Esther oû la saige Sibille.

Beauté , lequel est le second poinct requis en

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mariage , est tant excellente et resplendissante en ce josne et fleurissant prince ^ qu'il est patron et vif exemplaire de tous les beaux princes du monde; nature n'y a rien oublié : la force est angélique , le regard est amoureux, le maintien est plaisant, le corps est vénuste, et les membres de mesme, tant bien proportionnés, selon la formosité du corps, que Pigmalion le artificiel entailleur n*y sauroit cpe reprendre; c'est Narcissus ressuscité. Si Absalon fut prisé en beauté pour sa riche chevelure, ce très noble jouvencel en doibt emporter le bruict sur toute créature , car les cheveux de son chef honorable sont, à la mode germanique , aureins, reluisants, aornés curieusement et de décente longitude. Son port est signourieux et de compétente estature, selon l'eage ; et n'y a si belle fille en pays, se elle avoit un tel^Gorgias àmari, qu'elle ne deusist estre contente. Jassoit ce que la damoiselle ne soit de si apparente monstre , touttes-foiselle est propre^ gracieuse, gente et mignonne , de doux maintien et de très belle taille. Du surplus, je m'en rapporte aux dames ; mais son vif sens et sa très humble contenance, valent bien un bruict exquis ou un chef-d'œuvre de beauté.

De la richesse de ce josne duc ne me suis-je encoires au vif informé, sinon que son expectation est grande, et que sa paternelle succession sera de incomparable estime; mais tant me cognois-je en la demaine de lapucelle, que s'onne lui faict injustice, par vrai héritage et droict de patrimoisne , elle doibt

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possesser excellentes ducés» puissantes comtés, haultes seigneuries , pays fructueux et villes opulentes, chasteaux inexpugnables, bourgs somptueux, terres fécondes, champs fertiles , rivaiges plantureux par mer et par eau douce , en telle valeur et quantité, que le tout mis en somme debvroit bien suffire au plus riche roi des régnans. La générosité de ces deux nobles jouvenceaux est tant ardue et clère, qu'il n*esl nulle plus haulte ne plus resplendissante. Qui est celui vivant, aultre que l'archiduc d'Austrice , qui peult dire licitement : « 3e suis fils d'empereur et de roi ! » Est-il royaulme plus auctorisé en la saincte escripture que celui des Romains? n'est-ce point celui dont Daniel faisoit ses songes , et celui lequel par armes a succumbé les plus grands règnes de la terre, et qui resplend entre les autres comme le soleil entre lesestoiles? est-il nom plus victorieux que le nom de Cés?ir? plus glorieux qiie celui d'Auguste, famé par les anguelets du monde ? n'est-ce point celui lequel tels noms porte sur les humains, seul impérant, le roi des rois, le seigneur des seigneurs, et auquel chacun est tributaire, à l'édict duquel la très sacrée Vierge Marie a voulu obéir , et duquel nostre Sauveur recommande le nom, quand il dict aux Juifs : « Rendez à César ce qui est sien ». Est-il diadème royal plus digne que la triple couronne impériale, bénie et sacrée de nostre sainctpère le pape, lequel le pose et assit sur son chef, comme le ministrç de Dieu , le champion de la foi

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et le dénommé seul souverain recteur de la monarchie du monde? Est-il nation plus décorée de nobilité que le très sainct empire d'AUemaîgne , dont le royaulme d'Angleterre est descendu , le royaulme de Lombardie engendré, et le rojaulme de France extraict ^ et où le très victorieux Charlemaigne, empereur, habandonnant les François, parusa sainctement le demorant de sa vie? Est-il enseigne plus seignourieuse que la saincte aigle impériale , qui , par son vol rade et agile , surmonte les oiseaux du ciel ? Est-il donc prince plus hault en linage que le très noble duc d'Austrice, fils du vicaire de Dieu, du divin empereur, fils du souverain roi des rois , et fils de la fille du roi de Portugal! Et se ce fils, lequel est de trèshaulte strenuité, paratainct la celsitude et est le plus noble des nobles, sa fille, son espouse future, n'est guère moindre en ceste qualité, comme il apperra au contenu de l'histoire.

Nul ne doibt ignorer que les Romains , les Bretons , les Haynuyers et plusieurs nations payennes ne soient descendues de Ilion, le triomphant palais de Troye, la glorieuse cité, desquels leurs chevaleureux successeurs, rois, ducs, comtes el barons qui en possessent les règnes , ducés , contés et barônnies se disent les plus nobles des aultres, en tant qu'ils sont parcréés de la sublime générosité du monde. Or est, ceste bienheurée fille, extraicte des nobles comtes de Haynault, dont elle est vraie héritière; se ne doibt avoir moins de bruict en noblesse que les aultres : ainçois les doibt tous

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exceller , comme je puis prouver par plusieurs raisos.

Puisque ainsi est , que généroâté concerne antiquité de temps, et que ceux lesquels sont issus des plus nobles anciennes maisons sont préférés et honorés des aultres , ceste jeune fille , en laquelle respleud la strénuité de ses anchiens pères , doibt avoir la superexcellence de noblesse sur toutes nations, tant d'Europe que d'Afrique; et ses nobles progéniteurs conquirent royaulmes et fondèrent cités, ains que Rome et France fussent en estre, ne qu'il fut nouvelles de Bomulus ne de Franciolus.

Nicolaus Renclercq et autres vénérables docteurs auctorisés, lesquels x>nt tissues et recoeillies les très merveilleuses histoires de la cité de Belges^ récitent en leurs volumes, que, en l'an de la création du monde deux mille sept cents quatre vingts et trois , Â.bdon estant juge en Israël , Bavo j roy de Phrigie , cler astronomien et de singulière dévotion aux Dieux, cousin germain du roy Priam, son comilitant et frère d'armes, se partyt de Troye bien accompaigné , lorsque tout fut consommé en cendres ; et après avoir souffert maints dangereux périls de mer, il descendit, selon le Rin, par le conseil du Dieu Jupiter; et tirant vers occident^ s'arresta au pays de Haynault ; illec fonda la très renommée cité de Belges, et s'establit chef du royaulme. Il print d'assault la très anchienne cité de Trêves, dont il rapporta le dieu Bacchus, pour le introniser au temple de Belis. 11 maria quatre filles à quatre ducs fugitifs de Troye , sans note

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de perdition ; et se nommoient Turguntius , Meselanus^ Morineus et Clarineus ; lesquels, pour amplierle royaulme de Belges, fondèrent quatre cités très famées, et les dénommèrent par leurs noms ; c'est assavoir Tongres , Metz en Lorraine , Morina et Qarinée^ Après la mort dudit Bavo, succédèrent en son règne, par directe ligne, Bave Belgineus , Bavo Leoninus , Bavo Lupinus , Bavo Brunyus, Brunehault, et autres ses enfants et successeurs, qui là régnèrent moult glorieusement, jusques au temps de Julius César, nonobstant qu'il j eut aucunes romptures entre les aultres. Briinehault, contemporain au roi David, fit faire sept chaussées estendues et veues aujourd'hui par le monde univers, et soubmist à son royaulme , Danemarçh, Norewèghe, Prusse, Esclavonye, Hongrie, Germanie, Allobrogiens^ Celtes, Secanistes, Ruthéniens, Neustriens et Aquitaine, jusqu'à la mer d'Espaigne.

Puis doncques que les princes et comtes de Haynault sont extraicts de ceste veine royale, comme il appert par les armes dudit Brunehault, lesquelles ils ont portées jusqu'à trois cents ans enchà, ils excèdent toutes nations occidues en antiquitéde noblesse; et par consécjuent ceste jeusne princesse , leur parente et vraie héritière, est la non pareille en générosité anchienne qui soit au monde vivante.

Se ceste générosité ne fusist pour ce qu'elle est paganique et hors des métes de chrestienne religion, qui est la maison seignoureuse sur le

descouTert de la terre où il j ait autant de nobles seigneurs et de dames canonisées et sainctes , comme il j en a en la comté de Hajnault, se n'est en la maison d'Orléans , de Lorraine , ne de SaToye ; et se la maison de France est dénommée sur toutes les aultres très chrestienne , elle en doibt sçavoir gré à la rojne Clotilde, fille du roi de Bourgogne dont ceste jovene princesse est vraie héritière et ducesse. La très dévote Clotilde convertit le roi de France son mari , maculé d'idolâtrie, à la loi de Nostre-Seigneur ; à l'exemple duquel le rojaulme délaissa son hérésie, et se est acquis le nom de très chrestien. Et aussi se France a rien d'exquise nobilité en son liligère jardin , ceste très inclite fille , fleur de noblesse distillée du sang real , en doibt percevoir fruict ou feuilles pour parer son chapel ducal; et s'il se convient aider de son propre, sans emprunter la gloire de ses parents ou voisins , qui sont les maisons des grans princes , situées en ce climat , en qui proesse ait esté mieux recoeillie , eslevée et exaulcée, puis cent ans en deçà, que en ceste desfortunée maison de Bourgogne, dont le père, le grand père , l'ave , le proave de ceste principale fille ont esté par droicte ligne paternelle vrais héritiers, vrais ducs et possesseurs ?

Ainsi appert de ceste flourissante princesse l'ardue générosité , tant excellente, clère et vive que nulle plus régnante au monde; et s'elle est très noble de corps, encoires l'est elle plus de ame ; et

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aussi sa très honnourée mère qui la conceut et pora, madame deCharolois, que Dieu absolve! fille du très bon duc de Bourbon, estoit tant humble^ douce et bonne, queceste ne pourra faillir que de vertu ne soit la bonne. Et aussi^ puisqu'elle porte le nom de la glorieuse vierge Marie, emperière celestienne, elle doibt ensuyvir sa très sapiente marine, roine de miséricorde , en doulceur, pitié et clémence, et en toute perfection de vertus et de bonnes meurs.

Ce nom est prononcié des angeles et tant honoré que rien plus; nul plus salubre pour une dame, nul plus amé ne plus reclamé. L'ame qui le me* dite en est sanctifiée ; la voix qui le profère en est clarifiée ; la personne qui Vojt en est ce jour bien beurée; et celle qui le porte en est dir tout asseurée. Et se le nom de ceste pucelle , nostre future princesse et dame, est très doux et salutaire, le nom du seigneur, lequel se commence par mesme syllabe, est très sainct et terrible.

Le très admirable nom de Maximilianus , magnifique et auctorisé , contient en soi Maximus , Maxi-^ minus et Maximianus. Le premier de ces trois qui ce nom porta fut très sainct homme, humble et affable comme un bon prince doibt estre à ses amis , et les aultres furent terribles et espouvantables, car il convient donner aulcune terreur à ses ennemis. Ainsi doncques, tant pour la convenance de ces deux excellents noms que pour les quatre conditions requises en contract matrimonial , es-

gallement proportionnées en ces deux jouvenceaux vertueux, bien en poinct toutes fois de multiplier lignée et remplir la terre de glorieux personnages , l'alliance de mariage se peult licitement entre eulx continuer et parfaire. Et se la duchesse est à cela conseillée, je dis avec Fevangeliste : Mor ria optimam partem elegà, Marie a esleu la très noble partie.

Quant la trinité terrestre, c'est assavoir les trois estats, furent condescendus à oeste salutaire confédération, utile et convenable pour le bien des pays, le souverain du monde , par sa digne clémence , envoya saluer la viei^e et adnoncer ceste joyeuse nouvelle aux pastoureaux des champs, dont les brebis sont à la gueule des loups ; et descendit de son hault trosne une très noble ambassade portant credence impériale , dont furent chefs très révérend père en Dieu monseigneur de Mayence, monseigneur le duc Loys en Bavière^ et un très élégant prothonotaire , lesquels parvenus en ce ruyneulx vol de misère, le salut prononcé, lequel fut doulx et angelique , disoient à la pucelle Marie : « Tu es » bien heurée entre les femmes , tu es bien en gré » de l'empereur Frederick très auguste , et tu au- )) ras son fils pour espoux et mari, par lequel tu pou- » ras avoir en faut qui sera cause de retirer le peuple » des ténèbres de mort ; il aura grand nom entre » les hommes , car il sera le fils du très souverain » prince. »

De ces bonnes nouvelles et consolatives paroles

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fut la piicelle toute resjouie; et en regraciant rimperiale majesté , recoeillant humblement ces très nobles ambassadeurs et paranymphes, rafiponditpar grande humilité : «3e suis la petite ancelle de mon » très excellent seigneur. Puisqu'il lui plaict » qu'ainsi soit^ il me doibt très bien plaire. »

Si tost que ces très désirées nouvelles furent divulguées par le monde , les nobles vassaux et sub* jects, souverainement ceux qui dévoient rendre service, foi et léaulté indissoluble à la pucelle , comme à leur naturelle princesse, furent joyeux et consolés , et les ennemis des pays fort anoyeulx et désolés Dont,, pour briser ceste impérialle alliance, ik suscitèrent leurs malings esperits, et les envoyèrent voUetans par les aers , esmouvoir esclistres , tonnoirres, orages, fouldres, tempestes et brouillis, afin de empescherla venue et descente du fils de l'homme , le très auguste empereur. Et nonobs^ tant ces durs et rudes attemptats , la chose vint à son réal effect ; et en démonstrant qu'elle estoit agréable à ladamoiselle, elle envoya messire Baul* duyde Lannoy, son maistre -d'hostel, vers son futur époux , pour coinquer avec lui sur ses affaires.

Et d'aultre part les trois estats du pays furent assemblés en la ville de Louvain , ou les dits ambassadeurs se trouvèrent ; et très révérend père en Dieu, monseigneur de Mayence, proposa en langage thiois , comment ce mariage esloit Iraicté du vivant du duc Charles; et pour plusieurs raisons

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et couleurs qu'il allégua, debvoit estre solide, ferme et totalement consommé sans fraction quelconque; et vouloit que pour tel fut publié par pays. Et en présentantsa crèdence^munieduscelimpérial, bailla certaines singulières missives, de par très redoubté prince, monseigneur le duc d'Austrice, signées de Maximilianus , adreschans à aucunes villes particulières, contenants en partie comment il estoit leur futur prince et seigneur ^ par vertu de union matrimoniale. Et affin qu'il trouvast à sa bien venue , le commun des bonnes villes ensem* ble uni, qui lors estoit fort troublé, rihoteux et en grans litiges , madamoiselle le fit rallier et réduire en paisible concordance ; et print possession de la ducé de Brabant, comme elle avoit faictde la comté de Flandres, où elle fit ses honorables entrées ; et en rendant leurs privilèges , fit les serments accoutumés, et fut reçue à grant joie, comme dame du pays et naturelle princesse.

Ce temps pendant, par délibération impériale , le fils descendit de l'arche du père , pour célébrer lasolempnité de ses nopces, accompagné des nobles princes de l'empire, monseigneur l'arche vesque de Trêves , monseigneur le marquis de Baude , monseigneur le duc de Juliei^ et aultres grants seigneurs et barons^ desquels les noms me sont incongneus.

Ainsi vint en nostre région le souverain des rois, l'honneur et la clarté de l'universe fabrique du monde. Le peuple qui ambuloit en ténèbres, fol

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surprins de grande lumière , laquelle illumina ceulx qui babitoient en Tombre de la mort. Et comme les enfans d'Israël honorèrent Noslre-Seigneur en son entrée dans Jérusalem , les bonnes villes du pajs envoyèrent au-devant de lui jusques à Coulongne , pour le resjouir et honorer , servir et obéir. Il entra au pays de Brabant en grant triomphe; nonobstant , ses gens estoient vestus de noir. Et amena en sa compagnie monseigneur le comte de Gheldres, lequel, depuis la journée de Nancey, en avoit esté prisonnier en AUemaigne.

Grandes et sumptueuses furent les réceptions des bonnes villes de Lôuvain et de Bruxelles. Chacun le bénissoit ; chacun rhonouroit ; chacun le prisoit. Oncques si beau prince ne feu veu ; oncques si beau soleil ne luist sur nostre ville. Les mains joinctes vers le ciel, remercioient Nostre-Seigneur de ceste joyeuse advenue. Les yeux qui le regardoient administroient si grande joie au coeur qu'il en y eut mille et mjUe couyers de larmes ; et les bouches qui povoient parler disoient : «vive Bourgogne! » vive qui est venu ! vive Maximilianus ! »

Dix jours avant le jour des nopces y furent célébrées moulut honorablement en l'église de Sainct- Jehan de Gand les obsèques du très excellent et puissant prince monseigneur le duc Charles de Bourgoigne , que Dieu absolve ! Tantost après fit son entrée dedans Gand, qui fut moult riche et de grande monstre, monseigneur le duc d'Austrice. Les nobles de la court de madamoiselle ,

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ensemble ceux de la ville , allèrent au-devant en noble appareil, qui le saluèrent , bienvegnèrent et recueillirent grandement, chacun selon sa faculté. Puis alla voir son espouse , laquellen^siroît tant sa venue que riens plus. Et si parfaicè| liesse fut oncques logée en cœur de parfaict amant, elle fut trouvée ce jour en rassemblement de ces deux jouvenceaux, lesquels, nonobstant que guères ne pouvoient parler l'un à l'aultre , ils s'entendoient assez par signes. Et quand les préparatoires des nopces furent faictes en la ville de Gand, assez honorables selon le temps ruineux et divers, par un mardi ,dix - neuvième jour d'aoust Tan mil quatre- cents soixante-dix-sept , très hault et très puissant prince, Maximilianus, duc d'Austrice, espousa ma très redoublée princesse madamoiselle de Bourgoigne. Le légat de nostre sainct-père chanta la messe; et monseigneur l'évesque de Tourna j fut présent aux espousailles. Les joustes ou festoyements furent d'assez m*and monstre , où les Allemans se mettoient en pSiine d'acquérir los et bruict. Du parfaict du mariage, me puisje bien taire , sinon de ce qu'il s'en appert au monde ; mais le duc a monstre par efiPect qu'il est géniteur et vrai homme , et bien aimé de nostre seigneur Dieu, qui lui envoyé génération; car nostre très redoublée duchesse et princesse naturelle , que Dieu n'a pas oubliée ! a conceue maternellement, et s'est trouvée enchainte d'enfant vif , par lequel l'amour et la joie s'est redoublée

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entre eux et multipliée entre nous. 0 lien heurte alliance I saincte union ! salubre naariage ! benoist soit celui qui Ta commencé, moyenne., aparfaict! tu seras cause de nostre réparation. Nostre- Seigneur a visité la maison de Bourgoignej la rousée est descendue du ciel en son jardin , puisque les jeunes plantes commencent à germiner. O très douce fleur de noblesse ! Marie , mère fructueuse et féconde , tu seras bénie sur toutes générations de mille millions de cœurs. S'il plaict à Dieu que ton fruict vienne à perfection salulaire, la paix sera dénoncée aux hommes de bonne volonté ; les pastoureaux s'esjouiront le jour de sa nativité ; les nobles princes de son sang lui feront honneur et grand offre ; les ennemis ne s'oseront jamais trouver devant lui par champs et pai: voyes; et s'il plaict à l'empereur célestien , il sera paix universe par les royaulmes chrestiens.

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