CHAPITRE XLVII
Explolcts de guerre de digne mémoire adyenus en ce temps à rhonnear
de la maison de Bourgogne.
Avant le parfaict de ceste alliance , le roy de3 François estoit entré fort avant au pays de la joveneprincesse, où il avoij; saisi villes et chasteaux^ comme il appert au chapitre précédent; mai^ quant il senti la descente du duc d'Austrire , il Sjs
retira en France , et laissa fortes garnisons sur les frontières , qui gardoient le plat pays ; lesquelles, à la bien venue du nouvel prince , trouvèrent de dures et mortelles rencontres en plusieurs lieux , tlesquels, pour continuer ceste matière consolatrice, je ferai narration ou démène de l'histoire.
Environ la Sainct- Jehan, Philippes, monseigneur de Clèves , lieutenant général de la comté de Haynaut , Cornilles de Berghes et Jacques Galliot, en leur compagnie environ six vingt lances , furent envoyés en Vallenchiennes y par l'ordonnance de ladite princesse, pour obvier aux ennemis, desquels les aulcuns s^estoient boutés au chastel de Main , appertenant au seigneur de Monceau, où ils perpétroient dommages innumérâbles au pays à l'environ , souverainement aux Yallenchiennois , leurs prochains voisins, lesquels s'estoient esprouvés pour les cuider ruer jus , mais riens n'y prouffitèrent. Quand lesdits seigneurs en furent advertis , ils tirèrent celle part avec le seigneur de Mingoval , et lesdits Yallenchiennois en grand nombre ; et se trouvèrent devant ledit chastel, lequel, nonobstant toutes deffenses, ils assaillirent tant vigoureusement , que , en moins d'une bonne heure, sans gros engins, ils en furent au-dessus; et furent lesdits ennemis, les uns occis les aultres noyés, et les demorans prisonniers. La place pillée , démolie et consommée par feu , ils retournèrent à Vallenchiennes, joyeux de leur victoire.
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Un pareil assault fut faict à Sainct-Amand en ce mesme temps. Claude Ernault, dictNavarrot, se disoit avoir aulcun droict en la crèce de Tabbaye dudict Sainct-Amand , et la yoloit tenir en commande, comme il avoit faict celle de Sainct- Thierry , emprès Reims. Lequel, quand il sentit descendre la puissance du roy, il s'advança devers ces contrées ; et par faveur et aide des Tournisiens, il saisit ladite abbaye ; et monseigneur le prothonotaire de Brimeu , qui l'avoit gouvernée deux ou trois ans comme commandeur, s'en absenta. £t pour ce que Tune des parties de la ville est assise sur le Tournésis , et Taulre sur le Haynault , et que ces deux commandeurs tenoient parties contraires , jdusieurs débats , noises et discords s'esmouvoient audict Sainct-Amand. Ceulx de l'abbaye mesmes tenoient poincte contre ceux delà ville. Ledit Nayarrot, pour les grever, mandoit secrètement ses adhérens en ladite abbaye , où il se fortifioit , e* faisoit de la maison de Dieu une fosse à larrons Quant monseigneur de Bellamont, capitaine de Mortaigne au nom de la princesse , monseigneur de la Gruerie , monseigneur de Condé , son frère le bastard, Gobert Aspremont, Anthoine de Sains et aultres, en virent la manière, avec grande multitude de paysans qui se fourèrent , ils assiégèrent ladicte abbaye. QuantNavarrot, Arnoul,Crocquart, Vilain et tous ses complices, jusqu'au nombre de cent ou six vingt, perchurent que longuement ne povoient tenir , et que la force des assiégeans mul-
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tiplioit, ils se rendirent au bout de deux jours, les uns saulfs leurs vies , les aultres à la volonté desdicts seigneurs. Leurs maisons pillées, furent menés prisonniers, les uns à Morlaigne, les aultres à Warlain. Navarrot toutesfois eschappa, par beau parler ou aultrement, à ce grand dangier, et se trouva à Tournay, où il brassa plus grand mal que devant; car avecques le prévost de Pontoise et barbier du roi, il induisit les Tournisiens à boutter les François en leur ville, et laboura tant, que une grosse garnison se vinst tenir à Sainct-Amand , a quelle tenoit en subjection tout le pays à Ténviron , et ouvroit le passage à ceux de leur parti, qui conduisoient leurs butins en France.
Environ la fin de juillet ensuivant , vint en Val-* lenchiennes le seigneur d'Aighemont à cent chevaux, bien en point. Tantost après se trouvèrent Ceux de Anvers, environ vingt lances et trois cents piétons, bacquebutiers, crenequiniers, picquenaires, et quatre serpentines; pareillement ceux deMalines, environ dix lances, deux cens piétons, bacquebutiers, crenequiniers, picquenairès et deux serpentines y tous aux despens desdites villes. Quand Philippe monseigneur, le seigneur d'Aiguemont, le seigneur de Boussu, le seigneur de Myngoval, Jacques Galliot et aultres, se veiïentj ainsi accompagnés, ils conclurent tous ensemble de visiter Sainct-Amand ; et se partirent bien matin dudit Vallenchiénnes, le premier jour d*aoust , avecques les hacquebustiers de la ville et
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plusieurs paysans ^ qui les suivoient^ plus pour le * butin que pour le hutin. Le guet de Sainct-Amand fut moult esmerveillé, quand il regarda ceste armée. On sonna à tout ; on cria alarme ; on cherchoit les forts; on tiroit engiens; on pourvoyoit auxdeffenses; bref, on fist scavoir ces nouvelles à monseigneur de Moj, qui estoit à Tournay; lequel respondit plattement qu'il ne s'en bougeroit^ dont il fut mal en grâce de Tournisiens. Nonobstant^ ceux de la ville et la garnison se mirent en leur debvoir de garder leur place ; mais les hacquebutiers des bonnes villes , dont il y avoit grand nombre, élevèrent de leurs bastons une si grande noise à l'aborder, que quatre grands coups de tonnoire ne seroient plus espoventables; et n'y avoit tant hardi François qui ne fust bien esbahL Les enfans pleuroient ; les vieillards trembloient j les^ femmes crioient; leurs maris se desconfortoient^ et les couarts se souhaidoien t bien arrière des bornons .^ Tant proufîta aux Bourguignons le traict à pouldre^ ensemble la proesse des vaillans hommes^ que par force d'armes ils gaignèrent le pont de l'Escarpe, où il y eut quatre François occis i Lesaultres abandonnèrent leurs engiens et sesaulvèrent en l'abbaye. Finablement, tant par ledict pont que par la porte de Tournay , ils entrèrent en la ville , et la pillcaent toute necte ^ qui mieulx mieulx.
Les capitaines des Bourguignons , qui estoient
venus sur intention de eux mettre au-dessus de
'abbaye, où] grande partie des François s'estoient
retirés avec leurs meilleurs bagues , se trouvèrent comme asseulés, et ne peurent parachever leur emprinse. Ceux qui debvoient batailler se mirent très fort à piller ; souverainement paysans ne laissaient louces ni plateaux(bêches);n'y avoit tant malheureux qui n'emmenast veau ou vache. Au partir, ils boutèrent le feu en la ville , qui fut quasi toute bruslée; puis retournèrent en Vallenchiennes à peu de perte, sinon qu'il y eut aulcuns navrés. Ils conquirent avec leurs proyes quatre serpentines et deux estendards. Ceux de Sainct-Amand perdirent, que mors que estains, cent et quarante hommes. Quant ils perchurent ceste destruction , et que le feu se frappoit en l'abbaye où ils s'estoient garantis, ils perchèrent ung mur à force de bras, par lequel ils issirent secrètement, pour doubte des embusches; et emmenèrent le corps de monseigneur Sainct-Amand , les reliques de l'église, ensemble leursdites bagues, en la cité de Tournay. Aulcuns disent qu'ils boutèrent mesme le feu en l'abbaye, afin que les Bourguignons ne la tenissent contre eux.Toutesfois, par ladissention du maistre abbé et le maulvais gouvernement des moines, Sainct-Amand, dont ce fut grand doramage, fut toute bruslée et livrée au pillaige.
Or, affin que les nobles cognoissent que ceux qu'ils estiment vilains , sont parfois esprins de grand hardemement, je veuil mectre en escript deux vaillances que aulcuns paysans achevèrent. En ce temps , monseigneur de Croy , monseigneur de
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Lisle, François de la Sauvagerie, partie des gens demonseigneurradmiral, et aultres de la garnison deTournay, jusqu'à trois cents lances, montèrent à cheval soubdainement, chergèrent artillerie , serpentines , eschelles et tous instrumens qu'il appartient à faire assault ; se sembloit qu'ils deussent tout emporter devanfteulx.Etpour ce qu'ils savoient leur intention, Tournisiens espéroient qu'ils livreroient l'assault à ceuy de Lisle. Aulcuns de leurs amis secrets plaindoient beaucoup le dur meschef qu'ils auroient à porter ; toutesfois ils tournèrent aultre part. Il y avoit, à deux bonnes lieues de Tournay, un vieil chastel tout desmoli, nommé la Ray ère ^ qui moult leur desplaisoit. Les paysans seboutoient à la fois pour doubte des François, et y montoient à une seule eschelle, laquelle ils tirôient après eulx. Quant paysans se sentirent approcher de leurs ennemis , ils se saulvèrent en ce fort, environ treize ou quatorze cents , avec leurs fourches de fer, picques et arcs de blanc bois, et aulcunes couleuvrines et arbalestres, qu'ils avoient de provision. François qui environnèrent la place, demandèrent de prime venue : qui vive î Lesdits paysans ne daignèrent répondre, mais montrèrent un petit enfant aux créteaulx , qui crioit : vive Bourgogne ! A ces mots sonnèrent à l'assault, dressèrent leurs eschelles contre les murs, et se mirent en tout debvoir de gaigner ledit chastel. Les paysans d'austre costé se deffendirent puissamment, et reversoient de leurs fourches les eschelles et les es-
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chelleurs es fossés; puis abattoient sur eux les pierres des vieilles murailles^ qui les parassomoient tellement que Tun d'eux tomba de hault en bas avecques son faix, et morutvicteursurses ennemis. Se l'assault fut cruel et chaud , la deffense fut forte et ferme; car oncques gens de basse condition en petit nombre ne montrèrent meilleur corraige. Et se portèrent tant vaillamment , que François furent tous joyeux de recueillir leurs engins , leurs morts et navrés , dont il y avoit plus de deux cents. Au partir furent bien mocqués de ces paysans, lesquels firent grande huée ; et retournèrent lesdits François à Toumay , honteux et confus de leur perte.
Un cas semblable advint en la conté d'Ostrevant. La garnison de Bouchain print en grande haine les compagnons deWalers, pource que ils leur monstroient fier visaige et peu les admiroient. Une nuit se partirent delà ville de Bouchain , environ cent à six vingt chevaliers, et arrivèrent audictWalersde jour , sur intention de brusler le villaige. Six compagnons seulement, c'est assavoir deux frères de Walei*s , deux frères de Pasquiers et deux aultres se tenoient à la Goulie , en une maison devant laquelle passoit une petite rivière. Quand ils percheurent la venue de leurs ennemis , avccques trois aultres qui leur vindrent en aide^se mirent à deffense, et avoient quatre arcqset cinq picques. François se mirent à pied , pour parler à eux de près, car ilsn'avoient guères de traict pour les saluer ,
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sinon le feu et restrain pour brusier granges et maisons; et bien leur sembloit que ces gens dévoient trembler devant eux. Toutes-fois , ilsfurent assez durement reçus. Advint, ainsi qu'ils escarmouchoient les uns contre les aultres, le seigneur de Sang-Boulant s'avança de rompre lesdits compagnons, dont l'un estoit navré et l'autre desbastonné; et se bouta si avant, qu'il fut abattu en la rivière et pris de ses adversaires. Il cria rançon ! et dit qu'il rendroit mille escus; mais le plus malbeureux des atiltres lui donna tel cop en la teste , de sa grande macque engantelée qu'il en mourut sept jours après. Quand les autres veirent qu'on les servoit de si estranges mets et que rens n'y pouvoient conquester, ils sonnèrent la retraite ; et demeurèrent quatorze de leurs gens navrés^ dont les trois moururent en moins de six jours; et lesdits compagnons de Walers, montés sur chevaux conquis ^ emmenèrent ledit seigneur de Sang-Boulant et le fourrier du capitaine de Bourbon, prisonnier à Vallenchiennes. Mirez- vous , gentilshomnies, mirez-vous à ces paysans, et ne desprin;jez trop les labourem^s qui vous nourrissent, et deflPendent l'héritage de la pucelle, ce à quoi vous estes tenus; se noef d'entre vous avoierit fait une telle vaillance , il vous seroit compté pour une haulte prouesse*
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