CHAPITRE XLIX
Comment messire Frederick de Witem, monseigneur de Barbenclioa et Le Veau de BoQzenton ruèrent jas les François delà garnison de Cbimay.
Quand le duc Maximîlian , seul fils de l'empereur Frederick, eut espousé la duchesse Marie de Bourgoigne , seule héritière et fille du duc Charles , que Dieu absolve ! il print possession des pays non occupés des ennemie, lesquels il trouva plus embrouillés et persécutés que jamais n'a voient esté de nostre temps, Toutesfois , par le conseil très sage fet prudent de ses haults et puissants parents , nobles, barons, vassaux et féables sujets, sans quelque rébellion, chascun lui fit obéissance ; et estoit lors moult difficile chose de lui scavoir bien saigment conduire à ce destroit et périlleux tempeste. Quand la mer est doulce et paisible, le josne marinier apprenti maine son navire à son choix ; mais quand elle est felle, dure et cruelle , le saige patron de gallée j perd sens et entendement. Mais mon très auguste duc tout flouri en meurs, qui s'estoit eslongé de sa paternelle maison, très sacrée arche impérialle pour préserver nostre pauvre caraque bersauldée des tourbillons deMars, vaucrant en flots de danger misérable^ prudentement s'est conduict en ses faicts
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pour nous mener a bon port salutaire; et quant il fut délibéré de visiter ses bonnes villes mar* chbsants sur frontières d'ennemis, fut honourablement accompagné , tant de nobles de Germanie, comme des marches de par deçà, et ût assembler une armée de treize à quatorze mille hommes, et fit son entrée en la ville de Lisie; puisencostéantlesTournisiens, vintàDouaj, dont il print la possession; et en passant devant Bouchain , il se trouva dedans Vallenchiennes, où il fit les serments accoustumés ; et fut reçu à grant joje selon la qualité du temps.
Advint , es jours qu'il prenoit possession de la comté de Hajnault, et sejournoit en sa ville de Mons, les François de la garnison de Ghimaj, accompagnés d'aulcuns aultres des marches prochaines , au nombre de six cents chevaliers et trob cents piétons, se mirent aux champs, sur intention de butiner, chemin faisant^ la terre de Beaumont, et le pajs à l'environ, soubsla conduite de Auréole et du seigneur de Mamie. Quand monseigneur de Barbenchon , messire Frederick Witemet le Veau de Buzenton en furent advertis , ils assemblèrent deux cents et cinquante chevaliers , et enviroa trois cents piétons. Tant poursuivirent leurs ennemis, qu'ils les trouvèrent à Froide-chapelle hourdés de proie , et se rangèrent en bataille les uns contre les aultres. Les Bourguignons pesoient moult le faix, à cause que les François les excédoient en nombre , et redoubtoienl beaucoup de joindre eux.
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Mais messire Frederick, pour leur donner un vif couraige , leur répondit : «Clignez les yeux; ne les » regardez pas; ils ne noussont que bien à poinct. »
Chacune des deux compagnies -avoit un ruisseau à passer, et chacune aussi le passa tout aussitost l'une que l'autre ; et puis , sans guère marchander , ils donnèrent dedans ensemble. Messire Frederick el le Veau chargèrent sur eux de bon hait , et aulcuns des François planèrent pour ruer jus archers et picfquenaires. Mais monseigneur Barbanchon, qui les tenoit sur esle, et les avoit prins en charge, se conduisit tant hounestement que par eux mesmes Franchois furent desfaicts. Bourguignons, qui ne prendoient un seul homme, leur donnèrent la chasse , qui dura plus de deux lieues. Trois jours après ce dur rencontre, les femmes trouvèrent ceux qui fourèrent les buissons ; si les ramenoieot liés et bretequiés. Ils perdirent trente hommes morts sur le camp^ deux chaînes de aur, soixante brigantines, deux cents cinquante prisonniers, et autant de chevaliers. Dont pour lesmoing de la victoire, messire Frederick, qui grand honneur y acquist, présenta au duc d'Austrice lors estant à Mons, l'estendart d'Auréole et deux guidons , lesquels il avoit conquis à la journée; et dedans ledit estendart estoit figuré un loup qui estrangloit les moulons; mais ceulx que les François réputoient estre agneaulx , veaux et moutons , furent ce jour , par leurs prouesses, maistres et cruels loups félons.
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