‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 63 sur 135 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Comment monseigneur le comte de Ghimay par eschellemeiit reprint

la YÎlle de Chimay sur les François.

Par rincitalion et pourchas de Jehan Gosset, du majeur de Chimay, Jehan Robert, et aultres vraîs Bourguignons, qui moult désiroient estre retirés de la captivité des Françcris , et prospérer sous la mai a de leur seigneur naturel ^ monseigneur le comte de Chimay, de Tadveu et cognoissement de monseigneur le duc d'Austrice duquel il espéroit secours, sur cestui cas mit sus certain nombre de gens, sur intention de reprendre et reconquester par eschellement ou force d'armes la ville et chasteau de Chimay , occupé de ses ennemis ; et eut en sa compagnie monseigneur de Boussu, monseigneur de Mjngoval , monseigneur de Barbencon , monseigneur de Bievres, monseigneur de la Gruerie, Le Veau de Bouzenton, le bastard d'Auxi, Claude de Zucre , et autres nobles hommes et gentil? escuyers de leui's familles et séquelles^ jusques au nombre de sept à huit cents chevaulcheurs ; lesquels, par une nuict de l'an mil soixante dix sept, se partirent de Beaumont , chevauchèrent parmi le bois , et se trouvèrent assez près de Chimay. Monseigneur le comte ordonnant ses affaires, pourveu d'engiensetd''eschellescon-

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venables à son emprinse , fit mettre gendarmes à pied. La nuit estoit trouble et obscure, le vent assez dur et horrible , et estoit environ huict beures. A grand destroict passèrent gendarmes Teau dessus une meschante planchette , et assez dangereusement. Quant ils furent hors de ce grand péril, ils dressèrent leurs eschelles à moins de noise que se povoit. Et pour donner empeschement à l'oye des ennemis, Jehan Robert, inciteur de ce voyage, leva aulcuns ventelles, desquelles l'eau dessous courant, causoit un très merveilleux bruit. Le Veau de Bouzenton conduisoitla première eschelle par la quelle monseigneur le comte , tost après les premiers montants, se trouva dessus les murailles. Guaires d'yeux ne faisoient leguet, tant pour la dureté du temps comme pour la nuit, qui lors estoit de grande récréation. Toutes fois, de prime venue, ils trouvèrent deux hommes, l'un dormant et l'autre veillant ; le dormant estoit un bourgeois , et le veillant estoit François ambulant dessus les terres, lequel se rendit prestement Bourguignon, et, qui plus est, aida à surmonter les aultres.

Tantost après , monseigneur le comte et les nobles preux et vaillants, esprins d'un très grandhardiment , en petit nombre mais en grande volonté de bien besongner, se trouvèrent sur les creteaulx. Plusieurs qui le guet visitoient s'en apperceurent, tellement qu'ils esmeurent un gros effroi , en criant et sonnant alarme : voici Bourguignons ! D'autre costé firent sonner par leurs trompettes à l'assault ,

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et ville gaigner, en criant : « Bourgogne! Chîmay! » Le capitaine Auréole s'estoit parti dès le matin a tout sa charge de cent lances. Mais monseigneur de Namur, ensemble ses trois frères, estoient demorés en garnison , en nombre environ de cent lances ; desquels aulcuns estoient au chasteau , et les aul- 1res dedans la ville , pour souper et faire grand chière» Au cri des hommes , aux pleurs des femmes, au son des armes et resveil des trompettes^ furent François, ainsi que tout jours sont^ prompts et prests et très delligents depourveoir à leurs, dépenses ;. et Bourguignons d'autre costé , qui n'avoient un seul lieu de refuge , firent aussi très grand debvoir de parachever leur emprinse ; tellement que ces deux parties , barbe à barbe , et front contre front , se rangèrent sur le marché .^ Et lors monseigneur de Chimay, l'exemple et le patron de éloquence^ par son très doux et armonienx langaige, rendit couraige à ses leaux amis , et leur pria ung chacun de bien faire; et fit chevalier de sa main Charles de Reubempré , seigneur de Bievres. François, ainsi que petits tigres,^ furent lors forts et courageux ; et Bourguignons, comme lions fiers et forts , chargèrent sur iceulz, François chargèrent sur Bourguignons qui sous* tindrent ung pesant faix; et Bourguignons rompirent François tellement ^ qu'ils furent deffect3.

Bref, par la sage conduite de monseigneur le comte, et la vive proesse de ses biensveillans, parchonniers à son adventure , la ville fut gaignée , et les François vaincus; dont trois Bourguignons^

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demeurèrent morts sur la place ; les aultres furent prisonniers ; et le demourant, qui mieux mieux, se sauva dedans le chasleau ; et perdirent chevaliers, harnois, armures et tous aultres biens. Quant monseigneur le comte de Chimay eut reconquis sa propre forteresse et ville , désirant poursuivre sa bonne fortune , il volt assiéger le chasteau dedans lequel estoient le seigneur de Namur, vingt et deux nobles François et aultres de petit tat, qui gectoient de mortiers et aultres engiens sur lesdicts Bourguignons. Et de faict, pour continuer son emprinse et avoir hastif secours , manda ces nouvelles à monseigneur le duc d'Austrîce; mais à ceste heure, gendarmes estoient tant occupés au ravitaillement de Douay , qu'il ne peult avoir quelque aide ne de ceulx mismes qui promis lui avoient. Néantmoinsmesseigneurs de Croy , de Ligne et de Chanteranne , avec soixante chevaliers seulement , se acheminèrent pour venir celle part ; mais si petit nombre de gens ne lui povoit guaire aider. Quant Jehan de Longchamps, qui estoit arrivé au camp avec trois cents Namurois, veit que autre secours n'y avoit , il retourna hastivement. Ceux du chasteau, diseteux de vivres, faisoientde nuict aulcuns feux aux François ; et les François, en habits descongneus, s'entremesloient avecques les Bourguignons, portans pain et chair et escharpe. Si furent prins avec ces vivres ; et confessèrent plainement que Auréole et aultres capitaines de France , venoient à bien grosse armée pour secourir les assiégeans. D'aultre part, plusieurs Bourguignons

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plus affectés au butin qu'au hutin , se partoient secrètement, hourdés des bagues des François ; et se tiraient en leurs marchés. Parquoi le comte de Chimay considérant ces choses, que nul secours ne lui de voit apparoir , et se véoit abandonné de ceulx qui aider le debvoient , le douziesme jour de janvier retourna devers son prince.

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