‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 66 sur 135 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

Reddition faicte aux François d'aucuns ohasteaux sëans autour de

Condë.

Ces nouvelles espandues par le pa^s de la prinse de Condé, aulcunes bonnes villes et chasteaux voisins, tenans le partjr de monseigneur le duc d'Austrice , furent en grand soucy* Toutes fois Vallenchiennes , la plus prochaine des aultres , à qui l'eau estoit toUue, ne s*en espanta de guères, ains avoit le cœur au hutin , et par semblant desiroit l'approche du roy , tant pour le saluer de traicts à poudre , que pour revider ses francs archers.

Mais aulcuns forts à Tenviron estoient comme sus espines. Le chaslel du Biez , appartenant au fils de madame la seneschalede Haynault, fille de monseigneur de Moj, fut avironné de François. Ânthoine de Chivry, pour préserver la place d'estre bruslée, et saulver ceux qui retraicts y estoient , s'appensa qu'il le renderoit en les mains de Jacques de Moy , frère germain à ladicte dame, lequel, par l'octroy et licence du roy, le tint en saisine. Ceulx qui ne voulurent tenir son party s'en allèrent^ corps et biens saulves.

Dedans le chas tel deBriffoel se tenoit Anthoine de Moryames, lequel voyant ses voisins porter la croix droicte , et que nul secours ne se boutoit

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avant , fit charger tous ses biens , abandonna la place , et bouta le feu dedens.

Le chasteau de Ligne avoit esté fort menacé , tellement que Tournisiens luj avoient bruslé sa bassecourt. Toutefois en ce fel orage le bastard de Ligne se bouta ens , attendant toutes adventures, et ne fut plus avant adomagé.

Le chastel de Bellœit, appartenant à monseigneur de Ligne , fut fort désiré des François , qui le cuydèreut emporter soubdainement sans coup férir. Et de faict, le roy l'envoya sommer par un de ses kéraultz. Montaigle, un gentil escuyer du chastel, en l'absence de monseigneur son maistre, avoit prins le chastel en garde ; lequel , quand il sentit l'approche de cest officier d'armes,pourluy donner à entendre qu'il y avoit forte et puissante garnison , laquelle , à la vérité , estoit assés petite pour soutenir gros fai , fit armer tous souldarts , paysans et hacquebutiers , desquels aulcuns se mon^ stroient aux fenestraiges, et les aultres l'accompagnoient pour ouyr la légation du herault ; lequel de prime face adressa sa voix au capitaine , et luy somma de rendre le chasteau au roy de France. Montaigle respondit que monseigneur son maistre luy avoit bailÛé en garde , et que jamais à aultre ne donneroit la possesse , et estoit moult fort esbahy quel droit le roy y pretendoit avoir.

Quant le herault se veit servy de si dure et fière response , après plusieurs menaces et vantises entre jectées à la mode françoise^ il brocha des espe-

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rons , et les hacquebutiers , par certain signe que Montaigle leur avoit donné, en un seul moment deschargèrent tous leurs bastons , desquels le Hérault respondit : « Je ne cuydois pas qu*en si petite » chapelle y eut si grosses orgues. »

Le cbasteau d'Escambruges estoit abandonné aux François , qui le destruisirent par feu , après que les Tournisiens eurent bruslé tout le village.

Le chasteau de Boussu fut sommé des François. Monseigneur de Boussu , qui lors estoit avec le prince , Tavoit laissé en la garde de Jehan Gossart, accompagné de trente lacquais , avec aulcus bombardiers et paysans qui s'y estoient jretirés.

Ledit Jehan Gossart alla parlementer à monseigneur de St. -Marcel, conducteur des François, tellement qu'au retour il descoragea ses compagnons, etleurdict: «Nous sommes tous perdus;nous ne pou- » vous estriver contre l'aquilon. Nous aurons bon M appointement si nous voulons tirer de bon coller. »

Les paysans , doubtans plus grande puissance , considérans que la ville de Condé avoit povrement esté porvue à son extrême nécessité , et n'espéroient quelque aide hastive, s'enclinèrent de legier à traicter . Si rendirent la place , leurs biens et leurs corps saulves, sans rien emporter des bagues d'icelle.

Ainsi le seigneur de St. -Marcel se bouta ens pour les François, et JehanGossart feit serment au roy et suyvit son armée. Aulcuns des bombardiers gardèrent le chasteau, et les lacquais retournèrent vers madame de Boussu, qui povoient eslre environ vingt

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huit ; laquelle les entretint jusqu'à la revenue de monseigneur son mary.

La ville de St.-Guislain voyant Boussu son prochain voisin reduict en ce party, esloit en grand bransle. Et jà soit que Messire Jehan d'Imbresele, capitaine d'icelle, le reconfortast à son povoir, plusieurs qui la devboient garder s'en partoient secrètement ; et se trouva ledicl capitaine seulement accompagné à ce destroict de cinquante hommes; et ne fais doubte que si les François eussent poursuivi leur amyable fortune, elle estoit de légier prinse.

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