CHAPITRE LVI
Gomment , 4 la venue de mcniseigneiir le dac d^Auatiice à Oespy, le» François doobtaBS le si^e, habandonnèrent la ville deCondë et la bruslèrent.
QuAWT monseigneur le duc d'Austrice eut assemblé la plus part de ses gens , et faict son amâs d'artillerie grosse et menue, de tentes et de pavillons pour tenir les champs , il envoya partie des Allemans à Crespy , où ils suratlendirent sa venue ; et le lendemain deslogea de Mons , et fit son premier logis aux quesnes de Hornes, où Julius César , comme aulcuns disent , avoit mené ses légions en l'obsession de la cité de Belges; et de là arriva à Crespy à grande compagnie assez fière et dure , ayant grande voulenté de soy joindre à ses ennemis*
Le roy à celle heure avoit estoffé la ville de Condé , séante à une bonne lieue^ d'une très forte et felle garnison , où estoient en chef le seigneur de Moy , son fils , le bailli de Tournesis- Auréole, et deux cent lances bien à poinct pour
soustenir un gros assault. Nonobstant toutes leurs forces , si furent - ils en grand soucy , quand ils sentirent tels voisins logés si près de leurs frontières ; et pensèrent bien qu'ils seroient salués assez durement. Dont , à ceste cause , monseigneur de Moy envoya Jacques de Moy son fils vers le roy, estant en Arras; lequel se jetta à genoux devant luy et luy feit remonstrance comment monseigneur de Moy son père Tavoit bien et léaulment servy , pourquoi il estoit fort ennuyé de ses amys et fort hay de ses ennemys. Et avec ce le duc d'Austrice à grande puissance estoit abordé à Crespy, qui deffendoit que nuls vivres ne povoient venir du Quesnoy aux Tournisiens ne passer parmy Gondé, qui très grand besoing en avoit. Si prioit en toute humilité sa majesté royalle , que, de sa bénigne grace,il pleusist regarder en pitié monseigneur son père et luy donner bastif secours.
Le roy qui tous jours veult saulver ses gens, et aymeroit trop mieux perdre dix mille escus que le moindre archier de sa compagnie, entendit ces humbles requestes ; et jaçoit ce que son barbier et plusieurs aultres euissent receu la somme de huict mille francs pour ravitailler les dictes villes, il rescrivit au seigneur de Moy que , incontinent ces présentes vues, ils se partist de Condé, et fesist bouter le feu dedens*
Jacques de Moy , retourné à Condé , présenta ses lettres à son père , le seigneur de Moy, lequel , quant il les eut lues bien au long , il fut à demy
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consolé. Si pensa beaucoup comment il mettroit le contenu d'icelle à exécution.
Quant vint le mardi bien matin> deuxiesme de juing, il fit monter aulcuns de ses gens au clocher de la grande église et bateler les cloches solemnellement , comme se unhault et glorieux miracle fust soubdainement advenu. Adonc les manans et habitans de la ville furent grandement esmerveillés d'ouyr ce hautain batelage, et demandoient les uns aux autres de quel sainct on faisoit la Teste. Mais il leur fut commandé par exprès que tous ensemble, grands et petits > hastivement et sans délai s'en allassent dedeos l'église pour rendre grâce à Noslre Seigneur d'une très joyeuse et prospère fortune qui esloit survenue au roy. Et lors les bonnes simples gens, innocents comme brebisettes, au commandement de'ces loups se mirent en dévotion et louèrent Dieu de bon cœur.
Quant ils furent tous assemblez, le seigneur de Moy estant en la chimetière, appella deux des chanoines qui estoient fort embesongnés avec leurs compagnons de chanter Te Deum et autres cantiques pour rendre à Dieu louange : si leur recommandabien à certes, que^sans quelconque exception, ils encloïssent en l'église tous ceux qui là dedans estoient ; et en faisant ce bon debvoir ^ la garnison pilloit Coudé et chargeoit bagues à tous lez y nonseuUement celles des François, mais celles de ce dévot peuple qui prioit pour le roy de France. Puis quant chacun eut son sac plain , et que bateaux
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fureot chargés, ils boutèrent le feu en six lieux de la ville, qui totallement fut bruslée, l'église et quatorze cents maisons. Ainsi payent François leurs hostes au partir; ainsi séduisent gens sans prou messe tenir ; ainsi fut Condé mise à piteuses ruynes, et fut hideux exemple à toutes ses voisines. Si tost que la flamme du feu monta contre le ciel, François ruèrent leurs engins, qui estoient sur la muraille, dedans les fossés de la ville, laquelle estoit fortifiée au double depuis sa reddition. Nonobstant ce , ils Tabandonnèrent ^ et chevauchèrent devers Tournay. Ils n*estoient au bout des hayes, quant Suissers et paysans entrèrent ens à grand effort pour parpiller le résidu ; et ne demoura clef, ne clou , ne verrière , ne verriau qui ne fusist pris et ravi; ainsi l'église fut fustée et despouillée d'ornemens. Semblablement la garnison de Mortaigne abandonna son fort ; et , à la mode accoustumée, reschauffa sonhoste, car elle brusla nette-» ment la ville et le chasteau.
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