‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 71 sur 135 · CHAPITRE LVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIL

Comment les Francis vmdèreni la conte de Haynault, d^Austrevant,

de Cambrësis et de Tourne^.

QuATïT le roy de France fut adverty de la course qui s'estoit faicte devant le Quesnoy par les gens de monseigneur le duc d' Austrice , et sceut la mort de monseigneur de Baugimont , son bien - amé , il fut dolent et couroucé; si cuyda bien que le siège se dcT ist clorre celle part. Pourquoy il manda hastivement au comte Dampmartin, ses lieutenants et capitaines, qu'ils habandonnassent la ville, boutassent le feu dedans, et retournassent vers luy. Mais quant les dicts capitaines apperceurent la retraictedesBourgoingnons, ils choisirent aultre conseil , et demourèrent en leur fort. Toutes fois de ce jour en avant , le roy mitigua sa fureur, et fut très fort-amoly. Aulcuns dirent qu'il eut remord de conscience de ce qu'il occupoit les pays de l'em-

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pereur par armes, et que le Sainct-Esprit avoit ouvré en luy. Et avec ce il fut informé d'un miracle qui en ce temps apparut en l'église Nostre- Dame de Cambray.

Ëstoit advenu la nuict du sacre, vingtième de may précédent, à l'heure de complyes, lorsque messeigneurs chantoient bien dévotement ce verset, O saliUaris hostia quœ cœli est^ la ciboire où reposoit le corpus domini y descendit tout à tret sur l'autel , visiblement devant tous , sans ay de de créature née, les serrures bien fermées et sans quelque déception. Les François qui lors estoient au service divin , furent assez esmerveillés ; si furent tous les regardans.

Ne sçay si à ceste cause le roy volt refréner son ire où s'il cremoit ses ennemis ; mais de legîer s'enclina à trêves ; et fut donnée abstinence de guerre , qui fut criée et publiée entre François et Bx)urgoingnons en Allemant et en Romant, en l'ost du duc , et en Vallenchiennes^ pour durer l'espace de huit jours inclus , commenchant le dix juing et finant le dixrsept.

Pendant ces trêves, qui depuis furent rallongées de cinq jours, monseigneur le conte de Chimay, fort afiPecté au bien de paix et au salut de la chose publique, fut envoyé devers le roy. Se besongna tellement, que les François^ sans quelque violence, se départirent de la ville du Quesnoy , et contentèrent très bien leurs hostes. Puis monseigneur de Myngoval, le Veau de Buzenton , et trois cents Aile-

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mans j rentrèrent pour le duc d' Austrice. Pareillement la garnison de Bouchainse retira en son party, et monseigneur de Boussu le print en garde.

Tournisiens , fort élevés en orgueil des François qni leur soustenoient le menton , lesquels faisoient maux innumérables aux pays voisins^ furent semblalablement deffaicts de leurs garnisons. Si fut le fort chasteau d*A.nthoing, car messire Jehan de Luxembourg le print en sa garde au prouffit des Bourgoingnons.

Le rojde France estant à Gambray, ce jour que ces trêves furent publiées, fit vuider sa garnison, et fit commandement à messire Louis Maraffin , seigneur de la Charité, lequel avoit terriblement exactionné ceux de la ville , qu'il restituast aux églises les calices, reliques, encensoirs d'argent, joyaux et pierres , desquels il avoit fait chaines et colliers , au décorement de son corps.

Ce mesme jour, après disner, se partist le roj, et donna à l'église Nostre-Dame douze cents escus d'or, affin de les employer en douze plats d'argent, pour mettre douze cirons et les fonder à perpétuité. Et quant il print congié aux Cambrisiens , il s'excusa de Condé , et leur dict que ses gens en esloient vuidés, pour ce que ses engiens avoient tellement escrollé la muraille, lorsqu'il y tintsiège, qu'elle trébuschoit chacun jour par grosses mas-^ ses es fossés , et ne leur estoit pas possible de plus avant y séjourner.

Il avoit à sa première venue à Cambray, faicl

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effacer et planer les armes de l'Empire , tant à la chambre de la ville comme aux portes ; au messager et bastonnier d'icelle , si leur feit porter en ce lieu les plaines armes de France, Mais à son dernier partement, il commanda de les oster pour y remettre le très saint aigle impérial , ainsi que paravant portoient, et leurdict en telle manière. «Nous voulons » que vous soyez neutres et demourez de telle con- » dition que vous soliez estre. Nous sommes viconte » de votre cité , et voulons garder nostre jurisdic- » tion , et le droit que nous y avons. El au regard » de nos armes , vous les osterez quelque soir, et y » logerez vostre oiseau, et direz qu'il sera allé jouer » une espace de temps , et sera retourné en son lieu » ainsi que font les arondelles qui reviennent sur le » printemps. » Et atant se partist le roy de Cambray^ mais Marraffîn se fourra au chastel de Seles , et ne s'en alla jusques au dimanche en. suivant. Du parlement du roy, ensemble de la vuidance des François qui occupoient le pays, assez piteusement fouUés, travaillés de soubz leur verge, fut resjouy , lequel louoit Dieu haultement , et bénissoit cent fois le jour , les médiateurs et facteurs par qui ce très excellent bien luy estoit à coup advenu .

Nonobstant ces petites trêves et la retraicte des François, monseigneur le duc d'Austrice ne se deffit de son armée , ains l'entretint et augmenta chascun jour. Jl se deslogea de Saint-Saul ve ^ et pour plus approcher frontières d'ennemys , il s'en

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alla devers Douay , puis marcha avant jusqnes au pont de la Sauch , où les Flamens, à grande puissance , le vindrent haultement servir.

En ce temps , le perron de Liège , que monsei gneur le duc Charles, que Dieu absolve ! avoit faict amener à grand triomphe , et honorablement colloquer au quartier de la bourse à Bruges , par la licence de monseigneur le duc d'Austrice, fut ramené en son pays.

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