CHAPITRE LXII
Comment aalcans madns de la ville de Gand s'eslevèrent contre mes-
seigneurs de la justice.
Quant mortelle division , laquelle peu sommeille, se vit expulsée et bannie d'entre les princes pour une espace de temps par la vertu de trêves et de abstinence de guerre , celle, sans point estre en oyseuse , quérut aultre domicile pour monstrer ses cruelz exploicz. Et de faict, enlafindu mois de febvrier, se logea en Gand , et anima les mutins de la ville , tellement qu'ils s'eslevèrent contre messeigneurs de la justice , pource qu'ils vouloient haulser d'un denier au lot la maletolte de la petite eervoise. Secrètes rumeurs , grandes murmures et monopoles se tenoient de plusieurs Ganthois , souverainement d'aulcunsmestiers, comme febvres et tisserans, lesquels secrètement s'armèrent, et firent grosses emblées en leurs maisons , sur l'intention de ruer jus et mettre à mort les principaux miediateurs ayant cause de ceste haulce, Messeigneurs les officiers, le sotibz-bailly et aultres^v advertis de ceste conspiration , affin d'éviter plus grands înconveniens , et résister à leur soubdaine machination , firent mettre leurs gens en poinct , cuydans mettre les mains sur les conspirateurs ; nias iceux mesmes vindrent à main armée sur les-
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dicts seigneurs et leurs séquelles, contendaos de toute leur force à les nAÎtiler et deffaire ; et hurtèreat les uns contre les aultres si rudement que trois ou quatre hommes des mestiers demeurèrent mors sur la place. Aucuns aultres de leurs complices, armés et sortjs de bastons, se boutèrent en une chapelle de laquelle ils firent forteresse, et la deffendirent contre la puissance desdicts seigneurs. Mais pour le monstre d'aucunes serpentines affûtées devant eux ilz vindrent tost après à mercy , et eurent les testes trenchées. Les doyens des febvres, des tapissiers et des tisserans de toiles , et soixante aultres , furent bannis , et les aultres emprisonnés. Environ huit ou dix mutins , souUiés et vaincus de ce crime , jugés à estre décapités , congneurent au destroict de la mort que leur volonté estoit , s'ils pouvoient parattaindre la fin de leurs conceptions , de tuer les deux bailljs de Gand, les deux doyens, les eschevins des deux bancs, et finablement tous ceux qui se fussent opposés à leur folle insurrection. Pareillement estoient conclus de piller les églises de Saint-Pierre, Saint-Bavon, les trois ordres mendians , les riches bourgeois de la ville et les lombards; etavoient proposé de marier riches vefves aux joesnes mutins de leur bende , et de renouveler la loy pour gouverner Gand à leur mode.
('478) DE JEAN MOLIJHBT. 187