‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 77 sur 135 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

La prinse du chasteau de Soles de Bohain et de Beaurevoir.

Ja soit ce que le roy de France à son dernier partement de Cambray eut fait retirer ses enseignes de la cité en restaurant les armes impériales, et commandant à tenir neutralité comme dit est, toutesfois soixante ou quatre-vingts François, desquels estoit capitaine Louys de La Salle , se tindrent au chasteau de Selles , et mirent peine à fortifier pour dompter les Cambresiens et les tenir en grande subjection. Sur quoi aulcuns notables personnages de la ville, doubtans que le roy ne mesist une très fière et très forte garnison dedens ledit chasteau vindrent à refuge à ceulx de Vallenchiennes , où tant exploictèrent par remonstrances ou supplications que les Vallenchieuois leurbaillèrent cinquante Allemands hacquebutiers, une grosse bombarde, dix bombardiers , ung gros voglaire, un serpentin , trois tonneaux de pouldre avec quatorze chariots à mener manteaux et pavais. Monseigneur de Boussu, lors estant en garnison à Bouchain, pareillement le seigneur de Herchies à tout quelque nombre de gens, donnèrent faveur , assistance et secours aux Cambre-

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siens , lesquels tous ensemble avoient grant désir d'affûter bombardes et engiens pour assiéger les François. Mais aulcuns riches bourgeois de la ville favorisans à leur party avoient la pluspart de leurs biens dedans ledit chasteau. Se fut ceste emprinse rompue. Néantmoins les François tiroient assez souvent sur lesdits bourgeois , tellement qu'ils en occirent à plusieurs fois de seize à vingt. Finablement ils se deslogèrent par appoinctement. Et pour ce que la place estoit ou debvoit estre neutre, partie des gens de messire Jacques de Luxembourg et partie des gens de monseigneur de Fiennés y égalemeuit portionnés en quantité, en eurent le gouvernement ; messire de Boussu et de Hercies retournèrent à leurs affaires; et l'artillerie dessus dicte sans quelque perte fut rendue aux Vallenchienois. Assez paisiblement^ l'espace de neuf mois, se maintindrent ces deux parties dedans le chasteau de Selles; mais quant vint le vingt-huitième jour d'avril, an soixante-dix-neuf, les Bourguignons, par aulcuns adhérens qui les favorisoient subtillement , entrèrent audit chaslel et mirent les François qui léans estoient prisonniers en fond de fosse. Puis lendemain de matin ^ nos seigneurs de Boussu et de Habourdin» en tout deux cents lances, et les archers entrèrent par la porte Saint-Jehan dans Cambrai ; puis en belle bataille se rangèrent sur le marché ; dont Cambrions furent moult esbahis, car guaires de gens ne savoient leur venue. Toutefois monseigneur de Boussu par ainsi

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parler les reconforta moult ; et leur dit en subtance : « Messeigoeurs , ne vous fourmonnez de » riens ; car ce que nous faisons vous tournera » à grant profit et utilité, et la besognance en » sera bonne ». Lesquels François prisonniers en la foeillie furent délibvrés ; se remenèrent leurs bagues. L*aprésdiner mesdits seigneurs et leurs compagnies se trouvèrent devant Crevecœur, Oisi, Esne, Laidaing et Houecourt, quiieur firent obéissance.

Peu de jours après , Philippe, monseigneur de Ravestain , messire Jehan de Luxembourg , monseigneur de Boussu et monseigneur de Habourdin , ensemble leurs compagnies , considérans que fortune leur estoit favorable, avec la grande volonté qu'ils avoient de bien besongner,se tirèrent vers Bohain , et tant exploitèrent qu'ils prindrent la ville. Les habitans d'icelle voyans que le chasteau de Selles estoit tout réduit au parti des Bourguignons se contentèrent de leur prinse , en espérant meilleur conséquence ; mais les gens de guerre setenoient au chasteau de Bohain atendans toutes adventures, parquoi ceulx de la ville furent assez, dolans pensans que la pareille division, si pro • chaine que de chief au membre ou de ville à chasteau , leur porteroit horrible préjudice , si ils n'estoient ensemble unis en un parti. Non repugnans en humbles prières et aigres remonstrances faisoient les dicts habitans à cest noble seigneur , affin d'assaillir ledict chasteau, et leur présentoient secours ,

aide et adresse à leur povre petit povmr. Or estoit la place quasi imprenable , forte oullre mesure, et la mieux sortie d'artillerie que mille forteresse prochaine ; et à ceste cause la seigneurie mettoit ce iaict en la balance , car elle doubtoit enconvenancer chose , se la fin n'estoit glorieuse. Prouesse d'aultre costé les incitoit aux armes et leur promectoit d'acquérir grant renom d'honneur perpétuel; et tellement que, tout pesé et mis le foible contre le fort, parce que monseigneur de Boussu les encouragea plus que nulle riens , ils se conclurent à Tassault,

Les sommations accomplies , trompettes firent leur debvoir ; gens d'armes mirent main à l'œuvre ; archiers tirèrent de bon hayt ; ceux de la ville s'acquittèrent ; eschelles , pavais et taudis furent en bruit «^ cest estour ; iceulx du chasteau d'aultre costé se défendoient puissament. L'assault qui fut faict de six costés ou lieux dura de deux à trois heures, pendant lequel temps il y eut plusieurs proesses faictes du parti des Bourguignons , lesquels entrèrent ens par les moisnets et aultres trouées. Il y avoit une fenestre barrée de fer, laquelle , de grandes coignies et aultres instruments propices à ce , fut toute rompue , cassée et réduite à plaine ouverture. Le premier qui dedans entra perdit la vue ; le second eut ^ bon secours qu'il obtint fin de son désir ; tant que finablement le chasteau fut gaigné d'assault. Les assaillants j perdirent six hommes; entre lesquels ter-

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mina ses jours Antoine de Lebeque^ un vaillant homme d'armes au seigneur de Boussu. Les onze de ceux de dedans, qui estoient environ dixhuit hommes de deffenSe , furent incontinent exécutés ; ledict chasteau conquis par force d'armes et pourveu de bonnes gardes. Mes devantdits seigneurs en poursuivant leur prospère fortune , allèrent devant Beau-revoir pour le réduire en ce parti et lui donner un aspre assault ; mais les François qui dedans estoient n'osèrent attendre le cop , ains s'enfuirent , abandonnans leur fort ; et Jacques bastard de Sainct-Pol, surprit la place avec cinquante lances. Et par ainsi furent reprinses par les Bourguignons ces deux fortes places appartenantes à monseigneur le comte de Sainct-Pol, ains le terme des trêves expirées. François adverlis de ces nouvelles y furent en grand esmai pour reconquérir les forteresses perdues. Environ la fin du mois de mai , ils amassèrent les garnisons des frontières voisines , et firent une armée de huit cent à mille lances, et grand nombre de franc-archers soubs la conduite du seigneur Des Cordes , du marissal de Gey , du seigneur de Vaulx et aultres , lesquels , de prime venue , reprinrentOisy, Crevecœur, Laidaing et Esne; et la nuit de Pentecouste en suivant, se trouvèrent devant le chasteau de Beaurevoir, où ils affûtèrent leurs engiens et livrèrent un gros assault, lequel dura jusqu'à la nuict. Plusieurs François perdirent leurs vies. Jacques de Sainct-Pol et les siens

se deflPendirent vaillamment; mais pour ce qu'ils avoient faulte de vivres et que la rarité d'icelles vivres ne pouvoit suffire à la quantité de ceulx qui estoient là dedans, ils se partirent, saulfs leurs corps , leurs biens , leurs chevaux et leurs armes. De ce mesme train iceux François et leurs batailles environnèrent la ville de Bohain ; monseigneur de Habourdin estoit dédans avec cinquante lances, attendant leur puissance, qui avoit très grande volunté de résister à leurs enïprinse ; mais sans faire semblant d'assault retournèrent avec leurs proies.

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