‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 79 sur 135 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

La reddition de Verton faictc à monseigneur le comte de CLimay, lieotenant-gënëral de monseigneur le duc d'Austriceau pays de Luxembourg.

Perdant ces trêves, la ville de Verton estoit garnie de François, Bourguignons, Espagnols, Lorrains, et Barrois entremeslés ensemble, et de plusieurs routiers et grands pillards de guerre, tant de cheval que de pied , lesquels tenoient la ducé de Luxembourg , et ceux de Metz en très grande subjection. Dont, pour délivrer les pays à Tenviron de ceste cruelle et misérable servitude et extirper la proterve rachine de ceste faulse et horrible laronnerie, monseigneur le comte de Chimay, La Barbe, le sanglier d'Ardenne, le marissalde Luxembourg, le seigneur d'Autel, le seigneur Du Fay, le seigneur d'Estroen , le Veau de Bouzenton et les Namurois, en nombre quasi de dix mille, assiégèrent la ville, et laquelle fut horriblement battue de bombardes et gros engins.

Ceux lesquels esloient dedans doubtoient Tassault ; et , comme domptés et moult descouragés, voyans que plus avant ne polrent tenir serrés, furent contraints par pure nécessité de quérir leurs appointemens ; et trouvèrent en substance traicté

tel qu'il s'ensuict.

» A rbumble supplication et requestre de Pe-

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rico de Lorado et gens de guerre , mayeur , justice , et habitaus d^ la ville de Verlou , monseigneur le cooite de Chimay, premier chambellan de mon très redoubté seigneur, monseigneur le duc d'Austrice, de Bourgongne , et son lieutenant-général en son pays de Luxembourg ; aujourd'hui, vingt-septième jour de ce présent mois de juin , a passé le traicté en la manière qui s'ensuict.

» Premier, la vill^ de Verlan sera mise es mains de mondict seigneur le lieutenant , et de ce en seront baillés de bons hostages.

)) Itenij tous prisonniers qui sont des pays et serviteurs de mon très redoubté seigneur , de madame la duchçsse sa compaigne, et qui sont es mains des gens de guerre estans audict Ver ton et où qu'ils soient, seront quites ; et autres prisonniers , tant de Metz et autres lieux , seront mis es lua^ns de mon dict seigneur le lieutenant , et de ce en bailleront lesdicts gens de guerre bons bostages.

» Item tous gens de guerre, t^nt de cheval que de pied, qui seront des royaulmes de France et d'Espaigne, s'en iront à pied et en pourpoint , un blanc baston en leur poing , sans povoir porter aulcune chose de leurs bagues et biens.

D El tous aultres qui sont des pays de mondict seigneur et madame la ducesse sa compaigne , ou manans et habitans en leursdils pays, demoureront en la bonne grâce et plaisir de mondict seigneur le lieutenant,

» Et tous ceux qui sont des pays de Lorraine et Barrois, ou qui sont infracleurs de pais^ ou traicté

faict par messeigneurs des alliances de la Haulte Allemagne, demoureront au bon plaisir el; volunté de mondict seigneur le lieutenant,

»Et sera compris le Grand Gillet au traicté de ceulx qui s'en iront un blanc baston en leur poing.

« Et ne polront lesdits gens de guerre estre pour le présent en ladite ville de Verton , ni aller dedans un mois es places de Dampvillers , Marville, Chamecy et Loupper ; et mondit seigneur le lieutenant fera conduire lesdits gens de guerre jusquesoultrela rivière d'Othan sûrement et saulvement des sujets etserviteurs de mondict seigneur et de ceulx de la cité de Metz.

» Toutes lesquelles choses, et une chacune d'icelles , nous Perico de Lorado , pour moi et pour toutes les gens de guerre , tant de cheval que de pied ; et nous majeur , justice et communauté de ladite ville de Verton, avons promis et juré de bien et lojaument entretenir le traicté dessus dict et le contenu d'icelui , témoins nos seings manuels de moi Perico et de nous lesdits majeur, justice et bourgeois cy mis ledit ving-septième de juin Tan mil quatre cents soixante-dix-nœf. »

Monseigneur de Chimay en ce voyage conquist sept chasteaulx , places imprenables et quasi inaggressibles.

('479) DE JEAN MOIilNET.

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