CHAPITRE LXVI
La journée de la Viefville que l^on dict de Esquinegatte, cmprès
Terrewanne.
Tant excellents et de merveilleux comptes furent les haults et glorieux exploits du duc Maximilien et de sa baronie h la journée de la Viefville, que ma foible plume assez rude ne polroit escrire le dixiesme. Néantmoins ce peu que j'en ai peu sentir par le record de gens dignes de foi, présens lors et estans sur le camp où s*engendra rhonneur de la victoire , je l'ai cueilli et amassé sous la verge et correction deceulx lesquels plus avant en sceurent, en protestant, se besoing est, de eslargir et de sincoper le moins ample et le superflu.
Le très redoubté duc d'Austrice voyant expirer le temps de la trêve , terminant au mois de juillet, par Tardent amour et bon zèle qu'il a voit au bien des pays et au salut de la chose publique , se tira sus frontières d'ennemis ; et à l'entour de la ville de Sainct-Omer assembla très grosse puissance, laquelle parmi ses ordonnances, Bourguignons, Allemans^ Flamends , Picquars, Angles et aultres nations, sans comprendre les armées de monseigneur le prince d'Orange et monseigneur le comte de Chimay avec aulcune garnison, fut estimée au nombre de vingt-sept mille et quatre cents combatans. Quand le duc Maximilianus se trouva si bien
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accompagné et honorablenient servi de ses bons et léaulx subjects, lesquels désiroient moult le reboatement des François et Tavanchement de son hduneur, il se partit de Sainct-Omer le vingtcinquiesme jour de juillet, etlinlson osl à Arques environ trois jours. Et pour ce que la ville de Thérouanne possessée des ennemis, estoit la prochaine frontière qui grevoit la comté de Flandres avec le demourant d'Artois , par la mauvaise fenestre dont le vent François se dégorge ; pour restouper ceste trouée et gouffre , il proposa de tirer celle part et fit trois ou quatre logis avant de venir devant la ville , tant à Glarques que aultre part. Finablement , le joedi en suivant, se logea devant Terrowaine, et fit semblant de Tassiéger, car il fit affûter bombardes , lever manteaux et abattre murailles ; et fut logé de sa personne en une maison de bois derrière l'abbaye de Saincl- Jehan-au-Mont. Il fut servi à l'aborder de traits à pouldre drus et menus , car les François affûtèrent une serpentine , laquelle tiroit directement dedans le portail de ladicte abbaje ; aussi fut toute son armée assez durement recueillie.
Il y avoit dedans la ville quatre cents lances bien en poinct y et quinze cents arbalestriers , desquels estoit principal capitaine monseigneur de Sainct- Andrieu, lequel ne tint pas ses souldars en ojseuse, mais très souvent resveilloient les Flamens. Pendant ce temps , le duc fut adverti que François se mettoient sus à grand effort pour le desloger à l'espée, et lui livrer grosse bataille; et de faict trois
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cents lances de leurs gens estoient desjà en Tenen, un gros village, lesquels ofcerchoient leurs bonnes adventures* De ces nouvelles le duc fut merveilleusement resjoui, car il ne desiroit que à soi joindre à ses ennemis face à face ; et de faictles voloit quérir au logis où ils séjournoient. Nonobstant son haulfiain voloir , il remit la chose en conseil ; et lui fut remontré par une raison apparente, comment il n'avoit en tout son ost que huit cents et vingt-cinq lances,dont la pluspart ne suffiroit à rompre ceulx dudit village, et Fautre ne seroit vaillable à préserver son exercite. Mais sur ce fut délibéré que Salezar , accompaigné de cent à six vingts chevaliers^ porjecteroit lesdits François. Salezar doncques, lequel ne fut jamais lassé de faire quelque bonne emprinsc , hardi comme un Hector , subtil comme Ulysse, heureux comme César, plus asseuré avecque ses petits Scipions que n'estoit Achille entre ses myrmidons , chevauchant jusques à Tenen , trouva les François audict village, et lesquels furent de prime ven ue desfaicts et mis à grand desroi. François tournèrent le dos; Salezar les poursuivit; furent rués jus par terre et eurent qui les recueillit. Ils perdirent leurs chevaux; Salezar les attrapa ; lequel avec cinquante ou soixante bons prisonniers et autant de chevaliers , tous lesquels il amena en l'armée de Bourguignons , pour donner certain témoignage qu'il avoit veu ses ennemis; et perdit des siens moult petit nombre.
Et lors couroit la renommée que les François e^loient à Blangey. Le duc, plus désirant de voir
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leurs estandards que a*est le cerf de boire à la clère fontaine , les vdëlt à toute fin quérir sur ledit lieu ; mais le conseil de sa noble baronie, d'aulcuns expérimentés en ce très noble mestier d*armes , porta comment Blangey estoit quasi inagressible, moult forte de sa propre nature, tant de canals que de rivières , et desquels mots le duc se contenta. Salezar , qui souvent avoit Toeil au quartier de ses ennemis, print de rechef un prisonnier, lequel afferma pleinement au duc et à sa seigneurie que les François estoient résolus- de le combattre dedans heure de none, le sabmedi septième jour d'àoust. A ces mots, le duc Maximilian renouvella son hault ardent désir, et redoubla sa joye oultre mesure : car aultre rien ne desiroit au monde que de soi joindre aux batailles françoises; mais pour ce que son armée estoit séparée en trois parties , et que l'une ne po voit aider l'aultre, il eut conseil de desloger sans les attendre celle part et de les quérir au fer de la lance. Il fit lever son artillerie , tentes , pavillons et manteaux ; et fit mener ses bombardes à Aire. Si ne retint que ses engins volans, puis retourna à son premier logis. Nul ne polra penser, viser ne mettre en escripl les hideux opprobres , infameux scandales et venimeux languages que les François jectèrent , dirent et desgorgèrent au département de Tarmée, cuidans que les Bourguignons s'enfuissent et se retirassent à Aire ; et mandoient aux François estans à Blangey, qu*ilsles chassassent; et toutesfois il en advint autrement. Les Flamens,qui les enten-
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dirent, furent fort animés sur eux; et proposèrent de eux-mesmes , si jamais ^dompter les povoient, d'en prendre une horrible vengeance. Monseigneur de Fiennes , comme maressal de Tost , eut charge de faire les ponts ; et fut accompagné de messire Josse de Lalain et de messire Jehan de Berghes; et monseigneur de Mingoval,fut envoyé de par le duc pour trouver passage décent à conduire engiens et charroi, lequel trouva un pont tout faict sur la rivière deCresecq; et pour ce qu'il ne suffisoit à passer toutes compagnies , il fit faire un grand pont, des manteaux et des bombardes du duc , lesquels manteaux furent rués en l'eau après que l'armée fut passée, afin que les ennemis ne les suivissent. Et ce fit monseigneur de Nassau, lequel mit sus archers en l'eau pour garder ce passage, messire Loys de Cène et messire George d'Escornet avec quatre mille Flamens.
Quant l'aube du jour fut crevée , le sabmedi dessus nommé, le duc fit passer son armée en notable et belle ordonnance. Premiers cheminèrent piétons, chantans et démenant grand resveil , aussi joyeusement ou plus que les femmes qui vont aux nopces ; puis le charroi s'en alla son train ; et les gens d'armes en suivant passèrent au pont, et piétons à guet. Et se les Bourguignons avoient grand désir de combattre aux François , les François desiroient autant ou beaucoup plus de eux joindre aux Bourguignons ; par quoi ils deslogèrent de Blangey , et passans par Libourg , menèrent charrois, vins et vivres droict sur la montagne de
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Enqui. Ils avoient vingt-deux estendards, dixhuit cents lances, quatorze mille francs- archers, grand nombre d*artillérie volant y dont les deux principales pidces estoientlaGringade et la Girade, bourbonnoises. Et quand Tarméedes François fut venue sur la montaigne, icelle montaignesembloil mieux estre de fin acier poli que de terre, car le soleil resplendissoit sur leurs salades et armures.
Or est que entre icelle mojitaigne d'Enqui et Tarmée des Bourguignons j avoit une autre montaigne qui se nommoit d'Esquinegatte , dessus laquelle le seigneur de Baudricourt, avec deux cents lances se monstroit pour s'escarmoucher ; et au v^J de ces deux montaignes estoit le charroy des François. Le duc, voyant ses ennemis en front et en ordre terrible et cruel , considérée sa tendre adolescence , ne changea par espouvantement semblant de face ni couleur, mais il monstroit chair joyeuse , bault voloir et grand hardiment, plus asseur en ses noirs lions que Julius Gesar en ses légions; car par m(îure discrétion , il disposa de ses batailles , et donna charge à Salezar de soustenir les escarmouches ; lequel duroit ceste journée besogne très momentanée. Toute son armée fut mise en une seule masse ; et ne fit ruer que une seule bataille, tirant sur la fachon d'une herse; et mit premièrement en pointe cinq cents archers anglois piétons, sur la conduite de Thomas d'Orican; lesquek furent accompagnés d'autres archers, arbalestriers, culeuvriniers et Allemans hacquebustiers jusques au nombre de trois mille ; puis les engins du duc
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enlresuivoient , qui faîsoient très bon debvoir de tirer sur François. Conséquem nient la bannière du prince tenoit son ordre , laquelle portoit pour lors Anthoine de Duzée , natif de Bourgogne, escuyer d'escuyerie. 3osse de Hem porta le penon d'AUemaigne , où il avoit très grande confidence et singulier refuge, ensemble messeigneurs les comtes de Romond , de Nassau et de Joigny , lequel fut blesché en la gorge et fort batu , et aultres puissants chevaliers expérimentés de la guerre, dont il avoit conseil et recréance. Et fut ce jour accompagné de Philippe , monseigneur de Ravestain , monseigneur de Bièvres , monseigneur de Croj , monseigneur de Fiennes , marissal de toute l'armée, messire Josse de Lalaing, messire Jehan de Luxembourg , messire Baulduin de Lannoy , monseigneur de Ham , messire Jehan de Berghes , monseigneur de Habourdin, monseigneur d'Erchouwez , monseigneur de Ligne et Brabenchon , monseigneur de Montigny , monseigneur de Mingoval, messire Jehan d' A dise , le grand bailli de Gand , monseigneur de Pieruez , messire Olivier de Croy , monseigneur de Chan teraine, monseigneur de Brimeu , monseigneur de Wargny , monseigneur de Famars , Charles de Croy , seigneur de Quieuvrain, aisné fils du comte deChimay, messire Jehan de la Gruthuse , Salezar , Cornille de Berghes , Claude de Zucre , Le Moine de Renti , et plusieurs aultres grands personnages bons vassaulxel iéaulx subjecls, qui plutostla mort choisiroient que reproche de leur honneur.
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Monseigneur le comte de Romont estoil principal ducteur des Flamens , accompagné du comte de Solre^ Allemand, qui militavaillament ceste journée ; de monseigneur de Salenove, natif de Savoje, du seigneur d'Auby, de Claude de Zucre, et aulcuns compagnons bien instruits au mestier d'armes.
Monseigneur de Nassau avoit aussi une très grosse charge de Flamens picquenaires; et avoit ea sa compagnie un noble escuyer de Bourgogne, nommé la Mouche , lequel honnestement besongnoit en cest estour. Pareillement Jehan de Vy, Philippe d'AIe, Robin Gaillard , Claude de Roussillon , natif du pays de Bourgogne et aultres en grande multitude, capitaines et routiers de guerre , conduirent lesdits Flamens si bien , que l'honneur leur en demoura. £t avoient iceulx grands personnages, et la pluspart de leurs serviteurs et séquelles , chacun le bras dextre nud, pour démonstrer que peu ou néant ne doubtoient leursennemis. Les huit cents et vingt cinq lances que le duc avoit seulement, tous par nombre de vingt cinq, furent ordonnées hastivement sur esles de toute la bataille.
Ce temps pendant, François pensoient à leurs affaires; car ce jour,monseigneur DesQuerdes, lieutenant-général du roi , et haultement accompagné de monseigneur de Saint- Pierre, monseigneur de Baudricourt, monseigneur de Magny, messire Maurice Brandelies de Champagne , François de la Saul vague , monseigneur de Saint - Andrieu, monseigneur de Belloy, Conbrian, le Moisne, Cloch^erdeBeauvoisie, Kerkelevont, Jacques d'Aillon,
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Piemn des Aiges , le lieutenant du marissal de Loheac, le lieutenant de monseigneur de Torsi, le lieutenant de monseigneur de Joyeuse, le lieutenant de monseigneur le gouverneur de lômosin , Jehan de Chanu et Maunourj, avec plusieurs routiers de guerre, disciples de Mars, ennemis de paix, flagelleurs de peuples, durs comme métal , legiers comme daims, nourris en fer, et usités de respandre le sang humain. Messire Philipe de Crèvecœur seigneur Des Querdes , chevalier de la Toison-d'Or , qui tout le temps de sa jeunesse avoit été eslevé et nourri en la triomphante maison de Bourgogne, avec le très puissant duc Charles, estoit principal conducteur de l'armée françoise.En faisant aulcuns chevaliers , comme le seigneur de Crequy et aultres , il divisa son ost en trois batailles, et le rangea contre le duc d'Austrice, son naturel prince , seigneur et maistre ; puis pour inciter les François à faire très bien la besongne , il proféra ces mots, ou pareils en substance : « Noble fleur de chevalerie, les odorans par toute » Europe , gens les plus famés du monde , qui par » vos bras chevaléreux avez tiré fin glorieuse de tant » d'excellentes besongnes ; et de tant de mortels » périls estes eschapés sans dangier , monstrez vos » hardis coraiges; desploiez vostre grande prouesse; » servez le roi; gaignez honneur. Si vous savezrien » de secret en subtilité de guerre ou bataille, sil'emr » ploiez à ceste fois, Vojez ci l'orgueilleuse assem- » blée de vos ennemis capitaux , que tant desirez à » combattre ! véez-ci les chiens mastins et rebelles
» persécuteurs de ce royaulme, qui derognent à la » couronne. Livrez-les tous axix tranchants de vos » espées; faites deb voir , car il est heure. »
Pareillement le très haultducd'Austrice amonestoit ses vassaulx à bien faire ; et comme ceulx qui le recordoient qui les mots cuidoient entendre, monstrant semblant doux et riant, se print à dire en telle manière.
« Rejouissez- vous, mes enfants, rejouissez-vousde » bon cœur, voi-ci la journée venue que long-temps » avons désirée. Nous avons les François en barbe , » qui tant de fois ont courru sur nos champs, des- » truict vos biens , brûlé vos 4iostels , travaillé vos » corps. Employez vos sens et toutes vos forces; » il est heure, mes beaux en fans ^ il est heure de » besongne^. Nostre querelle est bonne et juste. Re- » querez Dieu en vostre aide, qui seul peut donner » la victoire, et lui promettez de bon cœur, que en » l'honneur de sa passion , vous jeusnerez contens de » pain et d*eau par trois vendredis ensuivants ; et s'il » nous veult sa grâce estendre , la journée sera pour M nous. «
Adonc chacun leva sa main en lui promettant ainsi faire. Flamens furent tant resjouis et contens de son bon ^oloir, que plusieurs fondoient en larmes de léesse qu'ils avoient. Se disoient en leurs couraiges ! «0 noble fleur d'adolescence, royale semence^ «impériale branche, duc, archiduc, duc le plus » grand du monde, qui de ton arche paternelle , » très sacrée inclite maison , est descendu en Flan- » drine contrée pour nous oster de la grande ser-
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» vilude. Nous sommes tes propres oailles^ tu es » nostre père et pasteur , et nous voyons les loups » famils qui pour nous mordre et engloutir vien- » nent sur nous lesgueulles béeés.Ne fais doute, duc » très auguste, nous riverons et mourrons avec toi. » Si tu vis oncques bons sujets léalment servir son » seigneur , tu le verras en cest estour. »
Le duc, pour exaulcer noblesse et esmouvoir les bons couraiges à tout hault vertueux emprendre , créa nouveaux chevaliers : Charles de Croy , seigneur de Quieuvrain , fils aisné du comte de Chimay , Adrien^ de Blois , Jehan Grecy , qui vaillamment se porta , George de la Roche , Pierre de Noyelles, Loys de Praet, Jehan de la Gruthuse, Michel deCondé, Anthoine de Barlette, Thomas d'Aurican et autres , esprins de bon voloir pour l'honneur de leur prince en soustenant la bonne querelle.
Sitost que le cri fut donné, et qu'il estoit temps de marcher , les Anglois qui furent en poincte à la mode d'Angleterrre , se prémunirent du signe de la croix , baisant la terre ; Bourguignons et Flamens avoient vent et soleil à l'avantaige ; il estoit deux heures et plus quant la bataille commença. Combien qu'ik fussent travaillés de la chaleur, qui estoit grande, ils eurent telle ardeur de combattre que guaires ne leur fut de menger ne de boire ; et d'une voix assez resonnante , crièrent Sainct- Georges ! Bourgogne ! de très bon couraige.
Pour ce que les engins de monseigneur le duc d'Austrice travailloient fort les François , monsei-
Chroniques. T. XLIV. — J. Molihet //. l4-
gneur Des Querdes fut contraint de diviser par grosses esquadres pour environner les Bourguignons, à cinq ou six cents lances et grant nombre de francs archers, avecque les archers des ordonnances qui le suivoient à la queuw^e , et lesquels eslevèrent ung haultain cri , moult terrible et impetueulx , et commencèrent à marcher à la file du lez vers Dunquierke ; et en passant devant un bois, tirèrent à main droicte , faisant un demi tour pour venir bailler sur les èles des gendarmes de cheval de Bourgogne. Si donnèrent rudement sur iceulx et d'un très grand couraige ; et Bourguignons , à peu de marche , leur donnèrent visaige et les sustindrent puissament. Et se joindirent les compagnies des Bourguignons , qui paravant marchoient par esquadres sur Tesle qui soustenoit les piétons; mais, par puissance ennemie, la compagnie des Bourguignons fut séparée et coupée hors de Taile desPiquards^ tellement qu'ils furent constraints de prendre chemin versTeruane. Aussi les seigneurs de Brimeu, Guillaume de Bouzenton, monseigneur des Pierres , messire Holquestain , Allemand , et aultres, furent poursuivis jusques sur les fossés de la ville d'Aire , par une compagnie de François , avecque une autre bande qui se mirent à ruer jus les vivandiers des Bourguignons. La compagnie des François avoit derrière elle les francs archers avec ceux des ordonnances , qui trouvèrent en barbe la compagnie de monseigneur de Nassou , qui les despescha et print si verd , qu'ils
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n'eurent loisir de bander arcs ne de tirer espées ; et furent rués jus en un villaige auprès d'une haye,, par Allemands^ Picards , Bourguignons, Angloîs et Flamens , lesquels en firent horrible boucherie. A la desconfiture desdits archers voloient venir les Bourguignons piétons ; et avoient les capitaines d'iceulx beaucoup de peine pour les entretenir ensemble , afin de non rompre la grosse armée pour les adventures qui survenir porroient. Et est à assavoir que, à celle mesme heure que lesconipagnies françoises et bourguignones hurtèrent ensemble, y eut peu de gens morts, mais grand planté de lances rompues. Lesdicts François , archers de France et de Tordonnance , furent despeschés par les Bourguignons , comme dit est. Or pensez quel estonnemenl, quel cri et quelle horrible noise se firent en ces deux batailles d'engins , de gens et de trompettes. Le son reverberoit en l'aer tant violent et merveilleux, que se Dieu euvst lors tonné , ils n'euyst point eu d'audience. Traict voloit en l'aer plus dru que grésil en temps de gelée ; et là y eut maint horion donné , maint penon abattu , maint cheval enfondré , maintes lances brisées , maint homme renversé , maint héaulme cassé , mainte flesche tirée, maint archer esgueulé, mainte gorge coppée. Là combattoient, par manière de dire, croix fourchues contre croix droictes , hallebardes contre agus tranchants , picques contre couteaux prageois , lions contre loups ravissants , et liéppàrs contre cerfs-voUans ,
Bourguignons , Flamens et Anglois contre Mamelus et François. Tous ceux qui soustindrent ce faiz , tant de cheval que de pied , sont dignes de très grande loenge. Et dict-on que le duc d'Austrice chargea dessus un homme d'armes, sur lequel il brisa sa lance en trois pièces , et abbatit ung franc archier d'ung baston qu'il avoit en sa main; et depuis print un prisonnier ^ nommé Alexandre , de la nation de Bretagne , lequel lui donna sa foi.
Advint en ce très dur rencontre que Philippe monseigneur, trè? preux et vaillant de son corps ^ jeusne d'eage et plein d'esprit , donna dedens comme les aultres, où il acquit honneur et bruit ; mais il se fourra si avant , pour ce qu'il estoit fort monté , que quand il se cuida rejoindre en sa bataille avecq les aultres , il trouva les François en poincte , et fut couppé et séquestré des Bourguignons. Il avoit une manteline de drap d'or , riche et gorgiase. Si cuidèrent ses ennemis avoir trouvé le duc d'Austrice ; il fut accueilli de dix lances qui lui tindrent le fer au dos et lui donnèrent une chasse jusques à demi lieue d'Aire ; lequel se vint à Aire ; et semonnoit et requist tous fuyants qui estoient à Aire , de retourner en la bataille avecq lui. Dont , avecq tous ceulx qu'il en peult recouvrer, reviut en l'ost et fut bien venu et recoeilli. Au premier hurt de ce très dur rencontre dessus dit se partirent par aultre sorte aulcuns Bourguignons, environ trois cents chevaliers, comme don Ladron et aultres. Autres trois cents lances françoises, voyant
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que lesdits Bourguignons estoient fort embesongniés à despescher les francs-archers pour les enibrascher d'une aullre esle et leur donner nouvelle besongne, se partirent de la grosse puissance ; et en passant par devant la Viefville , vindrent charger sur le charroi du duc , et occirent les vi-' vandiers, prebstres, séculiers, mendians, religieux, femmes enchaintes^ paiges, ladres et les en fans qui pendoient à la mamelle* Ceulx qui estoient ordonnés à l'arrière garde pour les protecler et deflPendre , se joindirent à la grosse bataille ,• et avoient tel ardent désir de combattre leurs ennemis, que leur sembloit bien que jamais n'y poroient venir à temps ; et habandonnèrent richesse pour gaigner honneur par prouesse. Toutefois il y eut grosse perte, tant de joyaus, vestures, vaisselles et bagaiges , comme de pouvres vivandiers occis et piteusement mutilés.
0 très noble maison de France , renommée très chrétienne , qui par la doulceur et suavité et miséricorde, qui en toi doibt resplendir plus que en nulle aultre , es doée des fleurs de lis dorées ; tu as faict criminel excès. Tu combattois jadis les Sarrazins, et tu occis les povres orphenins ; tu exaulchois l'église et ses pasteurs , et tu destruis ses povres serviteurs; dompter solloist)^rans et frelles gens , et tu deffais les povres innocens. France ! France ! tu as faict grant souffrance , aux impotens ; tu as accis les mors , ladres et meseaulx , et commis grief oultraige, voire et la plus honteuse playe qui jamais advint en touTègne.
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Souvent François rassemblés en hoft nombre se travailloient d'eflTondre la compagnie dès piétons qui fut conduicte sous la main de monseigneur le comte de Romont et le comte de Nassou ; mais les Flamens estoient tant bien duitset usités de bastons et de picques , qu'ils n'osoient fourer en eulx, ains en planant retourooient confus. Ce jour n'y eut si courrageux François , qui les poelt descocher neesbranler. Pareillement^ la compagnie que conduisoit le comte de Nassou eut plusieurs mortels grans assaults , et demora ferme en estant sur le camp ; mais il survint une grosse puissance de la grant masse des François, qui tant bouta par force d'armes, qu'elle gaigna l'artillerie du duc, vent et soleil qui très fort l'empeschoit. Chose admirable, et chose retournée ils servoient les Bourguignons du traict de leurs propres bastons. Bourguignons eurent ce hasard , qui furent esbahis et troublés ; mais monseigneur le comte de Romont voyant le faict des Bourguignons en branslé et en grand dangier de perdre la journée , retourna tout s^ubdainement vers la seconde compagnie , pour lui donner ung surcroi de renfort ; et lui , plus animé que ung tigre entre ses petits lionceaulx, et chevalereux, champion comme inspiré de divine proesse , reconquit l'artillerie du duc en reboutant les François à puissance ; et, qui plus est, en poursuivant leur bonne fortune , tous embrasés du brandon de vaillance , puissans de bras et hardis de couraige , conquirent ie camp des François , leur vin , leur chaire et
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leurs vivres, et trente-^ept pièces d'artillerie serpentines et gros bastons.
Là trouvèrent les Bourguignons , pain, sel , farine et moutons cras ; là furent très bien rafraischis Allemans , Piccars et Anglois ; là beurent Flamens du meilleur, faisans hanaps de leurs hunettes ; et furent François deslogés de leur camp par grant vasselaige. Plusieurs archiers des ordonnances estoient descendus à pied, sur in* tention d'esgueuler ceulx que leurs lances abbateroient. Se furent chassés de si près qu'ils n'eurent loisir de monter surleurschevaulx; et furent mesme esgueuUés par les picquenaires , qui gaignèrent leurs hocquetons chargés de riche orfavrerie.
Quant Bourguignons furcmt maistres du camp , les François tournèrent en fuite, et Bourguignons leur donnèrent la chasse; les uns , sans courir gaires long, passèrent par le tranchant des épées ; et les aultres furent chassés jusques aux portes de Sainct-Pol , de Hesdin , de Béthune et de Dourlens. Au destroi des passages prochains , comme à Bonj , Ënequin , Ripemont , Ergny , Cohea et Loricourt fut la terrible occision. Ceulx qui tenaient leur parti, comme les paysans d' Arthois, qui estoient bons Bourguignons en coer, voyants les François mis en chasse et racourir tristes et desconfis , s'appensèrent qu'ils avoient coiiibattu contre eux et en faveur duduc d'Austrice, et lesoccirenten plusieurs lieux. Ceulx aussi des bonnes villes ne leur voulurent ouvrir leurs portes, jusques à ce que leurs
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capitaioeSy qui vindrent à grosse compagnie, leur donnèrent à entendre que la journée estoit pour eux. Et est facile à croire qu'ils se rendoient Bourguignons y si le duc ou quelque puissance y fust rudement venue; et jà-soilcequela poussière fut ce jour grande et horrible , toutesfois l'armée du duc s'entretint assez en état ; et celle des François estoit ce jour dispersée çà et là , tant par fuyes et par desroi ; et ne se peulrent la vesprée trouver cinq enseignes ensemble. Et advint que plusieurs François qui retoumoient de la chasse , à file et sans tenir ordre , arrivèrent à leur charroi , duquel ils s'estoient partis , cuidans trouver leurs compagnons pour eux rafreschir et bien boire ; mais ils furent fort esbahis quand ils trouvèrent nouveaux hostes qui payèrent leur bien venue d'une picque à travers leurs corps. Les aultres^ qui furent plus fins, arrivèrent pareillement sur le vespre; mais pour doubte de l'aventure , afin qu'ils ne fussent connus , ils traînoient leurs estandars. Les Bourguignons les attendoient sans dire mot ; et quand bon leur sembla , ils chergèrent sur eux; si les exécutèrent.
Ainsi doncques le très victorieux duc d' Austrice, à l'aide de Nostre-Seigneur , et par la prœsse de ses haults et puissans barons , nobles chevaliers et vassaulx , bons subjecls et vaillants souldards , qui très léallement le servirent , gaigna le camp, la journée et victoire de la bataille nomméed'Esquioegueles ou de la Viefville. Et aulcuns François
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qui mieulx aimoient le butin que le hutio , gaignèrent , plus par pillage c[ue par vasselaige , trois ou quatre colliers de Tordre de la Thoison-d*Or , robes, joyaulx , vasseaulx , et utencilles. Et coucha le duc ceste nuict au lict d'honneur , tendu de glorieuse renommée, au logis des François, auquel il print la patience , et se passa de leurs biens tels qu'il les trouva. Et pour ce que lui et son ost avoient esté environ vingt-huit heures à cheval sans desbrider, et estoient fort travaillés , tant de sommeil et aultres nécessités , le lendemain se deslogea et se logea dedans la ville d'Aire. Le seigneur Des Querdes logea à Blengy, accompagné de quatre enseignes seulement , et au poinct du jour il rentra en fiesdin.
Ceste bataille dura puis deux heures jusques à huict ; et demourèrent morts en la place, du parti des François , le comte de Pureux , le seigneur de Maigny , le capitaine Argenterel de Beauvoisis , le lieutenant de monseigneur de Torsi , le lieutenant de messire Meurice seigneur de Dourdan , le Moisne de Broeucq , deux capitaines des piétons de cent hommes d'armes , de six à sept mille francs archiers et aultres en bon nombre ; et monta la totale somme jusques à dix mille combattans. Et de la partie du duc d'Austrice furent morts sur le camp , le grand bailly de Bruges , le seigneur d'Alvredinghes , souverain de Flandres, le fils de Cornilles, bastard de Bourgoigne , messire Anthoine de Hallewin audiencier, messire Loys du
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Cornet , messires Marquades , de fiossières , Gormot , Charles de Salmes , Jehan de Moleroucourt, Ânthoine Lequien ^ avec environ cent honames d'armes, six cents vivandiers parmi trente prestres, six ladres , femmes et petits enfans.
Monseigneur le comte de Homont, qui entre tous aultres avoit acquis grant bruict dans la journée , fut navré d'ung virelon à la cuisse ; monseigneur de Ligne, qui très honnestement s*estoit conduict en ladicte bataille, fut prins au retour de la chasse des Franchois« Si furent prins, messire Olivier de Croy , lequel se deffendit forl d'une mâche d'acier , si que à grand peine en vindrentàcbiefles François qui le prindrent , messire Michel de Condé , seigneur de Frasne , le grand Pouchain, Allemand > messire Anthoine de Barettes^ le seigneur de Grantmez, Flamend de Brusselles , Charles de la Marche , Jehan de la Gruthuse , Bastien de la Tilloy , Quesnoy et aultres.
Les francs^ archers qui là gissoient parmoos, par cents et par milliers , es celliers , es puys et es bayes, estoient si très fort armés, que à grand peine les povoit-on occir ; car chacun d'eulx avoit sallade , gorgerin , longue brigantine à haults colles, espée, dague, gouge, arc, et trousse. N'y avoit en tout le camp quasi nulle lance entière ; il estoit semé de bastons, arbalestres^ culeuvrines, hallebardes , crannequins et harnais^ ou d'aultres armures assez et en telle abondance, qu'on donua
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cent brîgandines pour un double patard la pièce. Les paysans poires et nus qui venoient gens despouiller, s'en ralloient en leurs villages armés comme de petits Sainct George. Les paysans artésiens , espérant que les Bourguignons avoient tout gaigné , tindrent les bois, et firent tant forte guerre aux François , qu'ils n'osoient vuider leurs forts , sinon à grosse coinpaignie.
D'autre lez , monseigneur Des Querdes fut très mal en grâce du roi , à cause que , sur un bazard il avoit mis l'honneur de France. Dont, pour mestre avant ses excuses devant aulcuns qui l'accusoient, il manda tous les capitaines des garnisons à l'environ qui furent à celle journée , et leur fit telle remonstrance.
« Le roi est assez averti du dommaige qui nous
» est advenu. Aulcuns de vous m'ont chargiésans
» raison. J'ai besongné à mion possible ; si vous
» eussiez fait aussi bon debvoir contre les gens de
V guerre que vous avez faict contre les vivandiers,
» prestres , ladres et les femmes enchaintes , qui
» est grande inhumanité et esclandre perpétuel au
ji> roy, vous eussiez gaigné la bataille ; mais péché
» vous faict grand encombre. Et n'est pas grand
» merveil , se povres paysans ont tué de vos gens,
» car tousjours les avez inhumainement traictés :
» pourquoi je vous conseille que vous leur par-
» donniez ; aussi si nous avons encor-un tel essecq
» ils nous donneront le mat et si nous destruiront. >x
Et adonc conclurent ensemble de rappeler Içs.
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paysans , et seroient prins à merchy ; et fut crié de par le roy , que chacun deslaissast les bois et vinst faire sa besongne , et que tout éstoit pardon né «
Et ne fut, de vivant d'homme , bataille de plus longue durée , sans cognoistre qui en auroit la victoire , fors celle bataille devant nommée r dicte de Quinnegate , qui fut le septième jour d'aoust an mil quatre cent soixante-dix-nenf.
Et jà soit ce que le très illustre et le très victorieux duc d'Austrice demoura victeur sur le camp , ce ne fut pas sans estre en grand danger de sa personne , veu que le duc estoit comme le signe du bersaud, aprèsqui ses ennemis tiroient,etqui,àrabardement des deux batailles , avoit vigoureusement sur ses ennemis rompu sa lance ^ et ne cessoit de bien encourager ses gens à bien faire, par plusieurs fois et en grand péril d'estre attrapé.
Et advint ainsi , que messire Charles de Croy , nouvellement créé chevalier , trouva messire Guiilardde Gouy , seigneur de Wil dégrade , soi combattant à ung homme d'armes de France. Icelui Charles de Croy cuidant secourir ledit seigneur de Gouy, eut telle fortune que ses estriers rompirent en combattant audit homme d'arme ; et ce temps pendant arriva le duc, accompagné j de dix chevaliers allemans , entre lesquels estoit Josse deBrant, son escuyer d'escuyerie, portant un penon aucunement senjblable au grand estendard, par lequel le seigneur de Quieuvrain re-
cogneut que c'estoit le seigneur duc son maistre; et après estre séparé dudit homme d'armes françois, le suivit à la chasse des francs archers, qui tlonnoinet la fuite , où cestui s'employa de bon vouloir. Mais une compagnie de François , en grande abondance , marchoitpour clorre le passage de la rivièrette courant le village ; laquelle, comme aulcuns disoient , estoit toute rougie par l'effusion du sang des francs-archers occis en la bataille Parquoi chacun print la retraicte arrière d'iceux, sinon ledit seigneur de Quieuvrain, qui cuidant prendre nouveau cheval et estriers, à l'aide d'un archer qui le recongneut^ fut en grand dangier d'estre enclos ; mais lui remonté fut habile de rataindre le duc , qui retournoit à la grande bataille. Et icellui duc illecq venu avecq aulcunà piétons de la compagnie du comte de Nassou , s'en alloit fourrer en ung ost d'hommes d'armes françois , cuidant que ce fussent ses gens , n'eust esté le seigneur de Quieuvrain , qui s'en perceut ; et le duc, pour en sçavoir la vérité, choisit ung gentilhomme de Picardie , nommé Jennet de Courteville, et lui dit qu'il allast veoir s'ainsi estoit , et qu'il en rapportast certaine nouvelle , ensemble et de sçavoir où estoient les anltres seigneurs , capitaines et conducteurs de la bataille. Ledit gentilhomme , pour obéir au duc son maistre , en post-» posant crainte de mourir , paour et hide qui lui povoit survenir , se mit à toute diligence pour achever sa charge. EsprinSvde grand couraige , s'en
alla celle part ; mais en chemin trouva si merveilleux rencontre, que son cheval fut tué et abbatu sur lui ; et tost après , cinq francs-archers eschappés de la tuison des aultres, s'amasèrent et reposèrent sur ledit cheval tué , en regardant ledit Jennet soubs ledit cheval y cuidants qu'il fuist expiré ; et se prindrent à dire ensemble : « Quoy que soyons fort reboutez, au moins celui-ci » y est demouré » . Ledit gentilhomme se sentant mal à son aise, pour le faict du cheval qu'il portoit sur lui, retira les bras à soi. Parquoi les cinq archiers , voyans qu'il n'estoit encore mort, lui coururent sus de tous lei. Ne faut doubter se ledit Jennet estoit fort estonné , car il se sentoit agressé tant du cheval que de ses ennemis ; toute* fois iceulx archiers ne le scavoient comment at* taindre, pour la pesanteur du cheval mort qui leur donnoit empeschement. Néanmoins l'ung d'iceulx lui mit la dague sur la gorge ; et ledit gentilhomme lui arracha à force de bras , et se coppa les doigts ; et quand il gectasa veue, percent un homme d'armes de sa connoissance , nommé Jehan de Walers , auquel il escria aide ; et icelloi mit lance en arrest , deffit les francs-archiers, délivra ce gentilhomme d'angoisseux péril , et le monta sur son cheval pour achever son message ; et se trouva vers le duc , auquel il recita son adventure ; et demanda au seigneur de Quieuvrain qui estoit ce gentilhomme ; et lui dit sa nation , son nom et son estât. Parquoi le duc de
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ceste heure le print en sa grâce, et lui fit depuis beaucoup de biens; el ne fault doubler que pendant le temps que ledit gentilhomme avoit achevé son voyage , Ù avoit passé par un petit purgatoire.
Les François en bon nombre, et par plusieurs fois, firent leurs affaires d'entamer les devant dicts piétons; maisiceulx, voy ans qu'ils tenoient bons termes, les laissèrent, cuidans copper leur assemblée et emporter le duc d'eulx, non sachans que ce fust lui ; mais toujours encourageoit ses gens , et mit paine de soi contregarder, jusques il fut parvenu aux aultres, comme dict est. Et trouva, par le rapport dudit gentilhomme , que ceulx pour qui il estoit envoyé estoienl ses ennemis , selon ce que lui avoit dit le seigneur de Quieuvrain. Et lors le duc se joindit au grand tas de ses gens, qui estoient en grand souci pour sa personne ; et donna tel courage à iceulx,qu'ils marchèrent ensemble virilement et si bien qu'il regaigna son artillerie et en débouta ses ennemis , lesquels avoient tant trouvé d'arcs et de saiettes,qu'ils les firent voler en l'aer comme bouillons de neige en temps d'iver. Parquoi le comte de Joigny , qui vigoreusement s'estoit conduict ceste journée, fut navré en la gorge. Monseigneur le comte de Nassou ayant le bras destre descouvert, se combattit main à maia contre un grand puissant homme francarchier,et lé vainquit. Messire Jehan de Crimaighes, seigneur de Palmes, eut deux chevaulx lues sous
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lui , Tun après Taultre , et chevaleureusement se porta. Philippe de Mamioes ; releva Tenseigne que l*escuyer d'escujrie avoit laissé cheoir , lequel escuyer avoit eu son cheval perché de deux lances et plusieurs coups d'estoc es lames de sa cuirasse; et fut bien battu ceste journée. Aultres faicts d'armes par plusieurs compaignons de guerre furent achevés en ce jour , en plusieurs et divers quartiers , qui ne sont venus à cognoissance , et dont le record causeroit attédiation aux escoutans.