CHAPITRE LXVIl
La destraction des cliasteaulx de Malannoy et de Liette, ensemble aulcunes coarses d'ung parti et d'aultre qui lors advindrent.
Environ le mois d'octobre , l'an mil quatre cent soixante et dix-neuf, très illustre prince , monseigneur Maximilian , duc d'Austrice , remit sus une grosse armée , et assembla en aulcunes places autour de la ville d'Aire , de neuf cents à mille chevaux de ses ordonnances , et trente-six mille piétons, Bourguignons, Flamens et Brabanchons, puis se tira devant ung chasteau nommé Malannoj, où il y avoit trois forts qui n'estoient de petite estime. Toutesfois le duc le fit assiéger et battre de gros engins par le comte de Romont , qui puissamment s'en acquitta. La batterie férit par l'espace de trois jours continus. L'assault fut donné audict
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chasleau, duquel estoit capitaine pour les François, ung vaillant homme de guerre , nommé Cadet Ramonet , accompagné de six vingt compagnons, hien en poinct pour résister aux assiégeans, L'assault fut tant aspre et virilement conduict,que les assiégés perdirent deux forts et furent constraincts de eulx retirer au troisième, où ils furent tant rudement poursuivis et oppressés par les Bourguignons , qu'ils se rendirent à la volunté de monseigneur le duc, Aulcuns d'eux eurent les vies saulves , et les aultres furent pendus. Et entre les aultres , Cadet Ramonet , capitaine duditchasteau, fut si piteusement ramonné , qu'il fut pendu par un sien vallet aux gistes d'une maison , à deux pieds près de terre , auprès de la ville d'Aire, Ceux qui le despouillèrent trouvèrent en ses souliers seize nobles d'Angleterre.
Et advint que ceulx qui furent trouvés au donjon dudit chasteau lorsqu'il fut assailli , projetant le malheur qui leur survint d'estre pendus, comme ils furent, avoient illec, pour venir plus aisément à leur fin misérable , semé soubs l'estrain grande abondance de pouldre de canon , afin de ardoir soubdainement. Aulcuns butiniers qui se trouvèrent audit donjon , fort aspres de saisir les despouilles, y furent, par y bouter le feu, que bruslés, que rostys et eschaudés environ le nombre de sixvingt hommes.
11 y avoit au pied d'illec un chasteau nommé Liettes , nouvellement édiffié par messire Simon
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de Luxembourg , prévost de l'esglise de Sainct- Omar , où se tenoient aulcuns compagnons de guerre tenans le parti de France. Iceulx , vojans la piteuse désertion de Malannoy , ensemble le povre paiement de ceux qui l'avoient en garde , boulèrent le feu audit Licites , abandonnèrent la place , et s'en allèrent qui mieulx mieulx.
Les Bourguignons entrèrent en la ville de Lillers, appartenant au seigneur de Waurin , tenant pour le Toy de France. Ils ne trouvèrent personne qui leur donna résistance, et y boutèrent le feu ; puis retournèrent en l'armée du duc d'Austrice, lequel avoit grand désir de soi joindre aux François ; et à ceste cause envoya à Hesdin Thoison-d'Or , son roi d'armes, vers le seigneur de Gueldres , lieutenant-général du roy , duquel il rapporta très crue et estrange response. Nonobstant , le duc ne se tint à tant; mais sur l'espérance de trouver ses ennemis en barbe , fit tirer son armée devant la ville de Sainct-Pol-en-Ternois, où estoient vingtdeux cents Allemans , lesquels saillirent assez vigoureusement sur les Bourguignons , desquels ils furent bien recoeillis. Le duc pareillement se lira vers l'abbaye de Sainct-Eloy, et devant la ville d'Arras, où il monstra son armée, cuidant que les François les dussent combattre. Mais ame d'iceux ne sortit de leur fort. El à cause que le temps d'iver donnoit son approche , et maie paye estoit en règne , et que les Flamens se commençoient à refroidir, le duc d'Austrice deflît son
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armée ; mais environ le jour des Ames ensuivant , une armée des François de plusieurs garnisons rassemblées , se mit sus , en nombre de six à sept cents lances , pour venir cojirre sur le Haynault ; et s'arrêtèrent à un gros village nommé Solermes , lequel estoit demoré entier , à cause qu'il est sous la seigneurie de monseigneur de ^inct-Denis, en France. Nonobstant, lesdits François bruslèrent les halles et les marchés, ensemble les meilleures maisons dudit Solermes ; et de faict boutèrent le feu en l'église. Un petit nombre de gens s'estoient boutés au clochier, lesquels, voyant leur manière de faire, pour saulver leurs vies , se rendirent prisonniers.
Aultres compagnons s'estoient retirés en une tour auprès d'illecq, laquelle ils tindrent puissamment. Les François firent amener deux pièces d'artillerie faisans semblant dé tirer , mais ils n'a voient pas de pouldre ; puis environnèrent ladite tour de charriots , comme s'ils la volsissent miner. Mais ceulx qui dedans estoient ruèrent de hault en bas grand planté de bouges d'estrain avec pouldrè de canon , tellement qu'ils ardirent lesdits charriots ; et par une sieulte de grosses pierres dont ils servirent leurs ennemis, ils tuèrent le fourrier de la compagnie , accompagné de cinq ou six, lesquels rendirent illec leurs esprits ; et les corps d'iceulx morts furent bruslés et jetés par iceulx mesmes qui bruslèrent et ardirent lesdits charriots. En ces jours, les François de la garnison de Bé-
thune , Thérouanne et Sainct-Pol se mirent sus en grand nombre, à pied et à cheval, et se préparèrent pour courre en Flandres jusques emprès de Bourbourg , oùâls boutèrent les feux et prindrent prisonniers à leur choix. D'aultrepart, la garnison deChimay, tenant le partidesBoarguignons,fitiine course au pays de Liège, dont ils ramenèrent pour proye quarante boefs. Et le jour de Noël en suivant, à l'heure que l'on chante matines, François se fourrèrent en IjBglise de la ville deDenain,à deux lieues deVallon, où ils pillèrent la chambre de l'abbesse et trois ou quatre aultres chambres de ses consœurs , avce prisonniers et bestiaulx qu'ils ramenèrent à leurs garnisons. Plusieurs aultres coDrses et pilleries d'ung costé et d'aultre se firent en ce temps , dont le compte polroit attédier les escoutans.