‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 83 sur 135 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

ConuDent les gens d^annes farent boutes hors de la comté de Ilaynaut.

Après que les trêves furent données entre François et Bourguignons , et que gens d'armes se tenoient en défense, aulcuns compagnons de morte

paye , bannis de3 pays , et aultres du quartier de Haynault , se mirent à la pillade , et furent associés

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d'aulcuiis maulvais garnements paysans de mesme sorte, qni leur tindrent route. Aulcuns d*iceulx tenoient les bois , aultres guettoient les chemins, et aultres se fourroient es censés des bons laboureurs , comme si plaine guerre eust esté en sa vigueur et force. Et par ainsi, pèlerins, marchands, conseurs et labourans estoient en pileuse désertion. Dont, afin d'extirper cesle mauldite race , fut conclud par le conseil de ceulx qui le régime et police avoient des bonnes villes de Haynault , que tous ceulx qui polroient prendre iceulx malfaicteurs, et les amener et livrer en main de justice , ils auroient de chacun homme une livre ; et par ceste manière de faire, paysans se mirent sus en leur 'diligence de les attraper, tellement que les gibbels, potences et fources des bonnes villes, en furent en peu de temps bien est ofFés, bien refais, et rapprouvandés; car, en moins de trois semaines, en furent exécutés par plusieurs fois le nombre de vingt-sept en la ville de Vallenciennes. Et ainsi que les petits chats sont de plus légère prinse que ne sont les grans chats moufilus , qui desveloppent lesTgriffes de leurs pâtes quand ils sont ahors, les petits compagnons se laissèrent prendre et pendre ; mais les gros routiers de guerre, qui estoient favorisés et portés d'aulcuns grans seigneurs^ ne souf-^ froient eulx approcher du menu peuple, ains les grifToient et mordoient horriblement> obstinés et endurcis en leurs roberies^ pillades et larronneries. Dont, pour remédier à cest angoisseux incon-

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vénient , messire Philippe de Croy , comte de Chimay, premier chambellan de monseigneur le duc d'Austrice et son lieutenant-général au pays de Luxembourg, en présence dudit seigneur et des trois estais du pays, fit remonstrance comment lepovre'pays de Haynault, frontièrese et de mesne, estoitplus molesté piteusement que nul des aullres, tant par les tailles que payent les nobles et gens d'église, que par le piteux règne qui lors courroit sur le povre peuple;parquoi,par longueur de temps, les bannières deviendroient civières , les croches se convertiroient en broces, charrues, charriots et charettes en beneaux , traiiieaulx et brouettes. Et disoitle noble comte, ayant grand zèle à la chose publique, que tout ce provenoit par faulte de justice, et que ceulx qui la deb voient garder, estoient ceulxqui la perturboient, déperdoient et pilloient. Ladite remonstrance fut tant notablement proférée, de si bon estomach et de si doulx organe , qu'elle fut acceptée de monseigneur le duc d'Austrice et de tous les assistans ; si que, aulcuns grands personnages estant illec présents volrent emprendre de faire la place bonne , en donnant repuise aux malfaicteurs ; mais , quand ce vint au fort , riens ne fut faict.

Messire Jehan de Trasegnies, seigneur d'Ir-^ couwez, voyant ce cruel désordre, et que ce que monseigneur de Chimay avoit proposé , riens ne se mectoit à exécucion , se trouva devant les trois membres de Flandres , auxquels fut narré la

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remonstrance qu'avoit faict ledit comte , requérant que], pour le bien du pajs , provision y fusist mise. A laquelle requeste iceux trois membres entendirent voluntiers ; et besongnèrent tellement^ sans advertir aulcuns grands personnages favorisans aux susdits delinquans^ que f n un jour préfix ils envoyèrent mil picquenaires sous la conduite de messire Adrien de Rassenghes , et de Adrien de liicherke , ensemble six cents aultres de la chastellerie d'Ath , soubs la conduicte du seigneur d'Irchouwez ; et tous ensemble se acheminèrent vers la ville de Mons, lesquels, avecqceulx de Vallenciennes , leur avoient promis les aider et conforter , considéré que c'estoit le bien du pays.

Tous ceulx qui firent ceste emprinse portoient parure de blanc et de sanguin , tant les nobles que les aultres, et ils furent devant Mons. A grande difficulté leur furent les portes ouvertes ; néantmoins ils y entrèrent avecqle seigneur d'Aymeries, grand baill)' de Haynault , et le seigneur de la Marche, qui les accompagnèrent , ensemble aulcuns aultres nobles, qui tous ensemble promirent d*esloger la gendarmerie, par qui tant d'exactions, de tyrannies et inhumanités estoient perpétrés au pays de Haynault ; et tous ensemble esprins de bon voeil, se tirèrent vers Maubeuge , où il leur ^embloil que la plusparl des malfaicteurs avoient Jeur repaire ; et y trouvèrent illecq plus de mil en plusieurs compagnies ; et fut par iceulx grands personnages tellement besongnéavec eulx que sans

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coup férir , ils furent reduicls. Ceux qui vouloient servir leur prince, furent Telenus, et promirent que le feroient bien , et seulement aulcuns aultres se rendirent François ; aultres entrèrent en aulcunes garnisons sur les Irontières , et les aultres, cœurs faillis, fort pesans, et qui n'avoient volunté de bien faire , passèrent par le pendant ; car jà soit ce qu'ils fussent favorisés des seigneurs, grandes exécutions en furent faictes en la ville d'Atb et ailleurs , et les maistres desquels ils se renommèrent en portèrent la patience ou la passion ; et par ceste manière de faire justice elle repriot son train, et le comté de Haynault fut en paix pour un espace de temps.

En ceste année, fut le plus ang"oisseux yver , et de semblable n'avoit esté faict quarante ans par avant ; et encommencha le destroit de la froidure le vingt-troisiëmç jour du mois de décembre, finant le septième de febvrier sans desgeller un seul jour ; et plusieurs gens de cheval engellés par les champs, moroient à leur logis au descendre. Pèlerins , bosquillons et gens qui habitoient et hantoient les bois, furent les aulcuns tout roides engelés ^ mesme les petits enfants estant eo leurs berceaux ; les oiseaulx de Taer chéoient morts sur la terre ; les bestes saulvaiges , et les arbres, qui oncques puis fruict ne portèrent ; et par faute que le vent ne se deslogea de bise , le printemps, apvril et may furent (roids et moistes, continuants jusques à la Sai net- Jehan. Parquoi,

l'esté suivant^ tant pour le desroi de la gendarmerie que pour Thorrible froidure de cest y ver , la famine s'engendra, et espandit par païs tant grande, qu'un seul witel de bled se vendoit soixante gros à Vallenchiennes.

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