‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 96 sur 135 · CHAPITRE LXXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIL

La déception qui fut faite à Hesdin, sur espe'rance de reprendre le chastel que tenoit le seigneur.des Qaerdes.

Le seigneur des Querdes voulant decepvoir le demourant des Picquars tenans le parti de Bourgogne estans pour le duc d'Austrice, envoya un compagnon aventurier, nommé Robin, vers le seigneur de Cohen et aultres qui se tenoient en la ville d'Aire, feindant qu'il se venoit rendre Bourguignon ; et dist à cestuy seigneur, que s'il vouloit entendre

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et ajouter foi à ses paroles, il auroit le plus grand honneur et prouffit de jamais, tellement qu'il seroit maistre et principal gouverneur du chasteau de Hesdin, et seroit audessus du seigneur des Querdes, qui se tenoit illec. Les paroles dudit Robin furent jectées fort loin, doubtant la pipperie qui en advint; mais il jura, créanca, proumit et donna son ame à tous les diables, en casque de précogitée malice, il y voulsist procéder frauduleusement. Et finablement continua tant en sa poursuite, que le seigneur de Cohen et ses adhérens adjoutèrent foi et crédence à ses déceptoires persuasions , et non sans cause, car elles estoient bien pour croire; et de ce s'esforcèrent faire, pour cause que ledit des Querdes lui avoit proumis le faire riche à jamais, si en ce cas s'emplojoit très bien; et pourtant il se travailla fort d'aller et venir à Hesdin. Et pour plus avancer la besogne vindrent de nuict aulcun François devant la ville de Saint- Orner, et se troiivèrent à la porte bourlisienne, où ils appelèrent le guet, requérant de parler au seigneur de la ville. La porte leur fut ouverte; et coinquèrent ensemble de ceste matière et en telle façon que conclusion fut prinse d'y entendre la manière comment^ par qui, et quel jour seroit le plus convenable de ce faire. Le seigneur de Cohen fut chef de ceste emprinse , accompagné de quatre cents à cinq cents hommes de cheval et de pied; et se partit de la ville d'Aire, le dimanche après la feste Saint-Nieolas, sous la guide dudit Robin, avec

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impétueulx d'un parti et d'aultre. Aulcuns crioient tués ! tués ! et les aultres trahis ! trahis ! Le seigneur fie Cohen et le demeurant des siens , oyans ce piteux effroict et horrible desconfiture, comme tristes, honteux et confus, retournèrent vistement àSaint-Omer; et d'aultre part , un homme d'armes de Picardie , nommé Jacot le Boisteux, estant aux escoutes de la nuict , oït bien par le tumulte des combattans , qu'il j avoit trahison. Âulcuns Bourguignons attrapés comnae à la ratière, trouvèrent façon d'entrer en une tour, où ils se boutèrent et la deffendirent jour et nuict; mais pour ce qu'ils n'avoient espérance de secours ni de vivres, ils se rendirent au seigneur des Querdes , par appoinctement faict ; lequel ne tint ne foi ne promesse , car si tost qu'ils furent hors du fort^ il fit pendre deux hommes d'armes^ l'un nommé Pierrequin Gatin , et l'aultre Brocquette ; et toute la compagnie des entrans ne demourèrent que huict seulement , desquels le principal fut le bastard de Lannoy; et de la part des François, y demeurèrent aucuns hommes d'armies du roi de France, morts. Et jasoit ce que le seigneur des Querdes eut faict mettre aulcnnes gardes aux passages, comme à Bonny, à Rely et Fa ni quenberghes, au Bois des Querdes et ailleurs, afin de saisir et prendre ceulx qui retourneroient à leurs .^rts , pour saulveté de leurs corps ; toutefois , le seigneur de Cohen retourna, comme dit est , sans quelque destourbier ; et le seigneur des

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Querdes envoya son Robin pour le beau faict qu'il avoit commis vers le roi de France , qui lui donna pour son vin , six cents escus et deux cents livres d'Arthois de pension annuelle sur la recepte de Hesdin ; de laquelle ne jouit et possessa guères longuement , car il advint un jour , ainsi qu'il se partoit d'illecq pour aller à Abbeville où sa femme demouroit, il fut rencontré d'aulcuns des parents de ceulx qui estoient morts à sa cause ^ en la pipée dessus dite; si le poussèrent jus de son cheval, et lé mirent par pièces, tellement qu'il rendit l'ame. Sa vesture , son argent et sa bourse furent mis à la selle de son cheval , qui fut envoyé devant les portes d'Abbeville, pour témoignage que l'occisien ne s'estoit faicte par avarice de pillerie , mais pour contrevenger la mort de leurs cousins et parfaicts amis.

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