‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 97 sur 135 · CHAPITRE LXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIII

La fieste de la Tholson-d^Or qui se tint à Bcâs^le-Duc.

Après que monseigneur le duc Maximilian fut quasi au-dessus du pays de Hollande , il tint et fit célébrer la feste et solemnité de la feste de la Thuison-d'Or , en la ville de Rois-le-Duc , le cinquième jour du mois de mai, en présence de l'ambassade de l'empereur, retournée de devers le roi Loys de France, et de l'ambassade de mon dit

Chroniques. T.XLIV* — J. Moliket. //. Iq

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seisrneur d'Austriee, où furent deux illustres chevaliers et un docteur d'Alleroaigne et le seigneur Baudoin de Lannoy , lesquels avoientesté envoyés vers ledit roi Loys , vers le caresme , sur espérance de trouvre bonne paix.

Pour honorer et décorer ces te Teste, estoit en chef mondit seigneur d'Austrice; et les chevaliers confrères de Tordre qui lors l'accompagnèrent, furent le seigneur de Lannoy, le seigneur de Ravestain, le comte de Nassou, le comte de Aomont, messire Josse de Lalaing, seigneur de Montigny, et le seigneur d'Aighemont. Ce jour dessusdit monseigneur le duc et confrères, habitués de manteaux de cramoisi doublés de satin blanc bordésde f osifs^ayans chapeaulx de mesme comme ils avoient eu en la précédente feste, allèrent aux vespres à la grande église collégiale, et lendemain onze^ à la messe qai fut illecq célébrée par l'abbé de Saint Bertin, chancelier de Tordre, accompagné de quatre prélats; et allèrent àToffrandepour eux-inesmes; et aukuos d'iceulx y allèrent pour leiirs confrères absens, selon l'ordonnance des tableaux estans au chœur de ladite église, en la manière qui s'ensuit.

Premier, monseigneur le duc d'Austrice, chef de Tordre, offrit pour lui-mesrae ; le seigneur de Lannoy pour le roi d' Arragon ; le comte de Romont pour le roi d'Angleterre; le comte de Nassou pourle roi de Naples; le seigneur de Ravestain pour le roi de Castille; Toison-d'Or pour le seigneur de Croy, trespassé ; Toison d'Or pour le seigneur de Mon-

lembaisy trespassé; le seigneur de Ravestain pqur le seigneur de Clèves; le seigneur de Lannoy pour le seigneur d'Ântboin; le seigneur de Lannoy pour lui-mesme; ïoison-d'Or pour le seigneur de Gheldres^ trespassé ; le comte de Nassou pour luimesme; le seigneur d'Aighemont pour lui-tnesme; Toison -d'Or, pour le seigneur de Bièvres, trespassé; le comte de Nassou pour le seigneur de la Vere; le seigneur de Lannoj pour le seigneur de Ghimaj; messire Josse de Lalaing, seigneur de Montigny, pour lui-mesme; le comte de flomont pour le seigneur de Bresse ; le seigneur de Montigny pour le seigneur de Fiennes j le comte de Nassou pour le seigneur de Saint-Pol ; le seigneur de Romont pour lui-mesme; le seigneur d'Aighemont pour le seigneur de Liquestain. Aulcunsaultres blasons et tableaux d'aultres seigneurs, confrères de rOrdre, estoient illec entremeslés avecq les aultres et assis en lieux selon leur appartenir ; mais pour les démérites d'iceulx seigneurs, leurs tableaux furent ostés et séparés des aultres; et mesme le tableau et armure du seigneur desQuerdes fut mis au portail de l'église, et renversé de hault en bas, com me appert en publications faictes par Toison- d'Or au chapi trede ladicte ordre, le huitième jour du mois de mai an dessus dict, comme il s'ensuist:

«Messire Jehan de Neufchatel,subject naturel de très humble très hault, très excellent et très puissant prince monseigneur le duc d' Austrice et de Bourgogne comme chef et souverain du noble Ordre de la

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Toison-d'Or, et de ma très redoubtée dame^ madame la dueesse, sa noble eompaigne^natifdela comté de Bourgogne, estant chevalier fort et compagnon de ce dit Ordre , lequel , tant à cause dudit lieu de sa* naissance, comme par estroict serment solemnel qu'il avoit faict audit Ordre, obligé et abst raine t envers mesdits seigneur et dame et icelui ordre, s'est allé rendre en France en l'obéissance du roi , tenant parti contre mondit seigneur, sans avoir renvoyé le collier ne gardé les règles et statuts dudit Ordre qu'il avoit juré , par quoi il est jugé hors d'icelui Ordre, et déclaré inhabile pour jamais plus porter ledit collier. Faict au chapitre de l'Ordre, tenant en la ville de Bois-le-Duc, le huitième jour de mai, l'an mil quatre cents quatrevingt-et-un. »

» Messire Philippe Pot , seigneur de la Roche de Noiay, subject naturel de très hault, très excellent et très puissant prince monseigneur le duc d'Austrice et de Bourgogne , premier chef et souverain du noble Ordre delà Thoison-d'Or, mescognoissant et ingrat des grands biens et avanchemenls qu'il a reçus de feu très noble mémoire messeigneurs les ducs Philippe et Charles, jadis ducs de Bourgogne prédécesseurs de mondit seigneur, et en la maison de Bourgogne en laquelle il a esté nourri en sa jeunesse , et oubliant la leaulté qu'il debvoit à mondit seigneur le duc , mesmement à ma-dame la duchesse sa très noble compaigne , seule fille légitime dudit duc Charles, après le décès

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<l'icelui feu, orphelin^non mariée, oubliant aussi les serments qu'il a faicts audit noble Ordre de la Thoison-d'Or, dont il estoit frère et compagnon, de sa volonté a abandonné madite dame la ducesse orpheline, et s'est allé rendre au roi, adversaire et tenant le parti contraire de mesdits seigneur et dame, s'est armé et mis en monstre contre eulx sans avoir rendu le collier dudit Ordre, ni gardé les serments d'icelui, qu'il avoit jurés; par quoi il a esté privé dudit Ordre, et déclaré inhabile de jamais plus porter le collier d'icelui. Faict au chapitre dudit Ordre, tenu en la ville de Bois-le-Duc. le huitième jour de mai , l'an mil quatre cents quatrevingt-et-un. »

« Messire Philippe de Crevecœur , seigneur des- Querdes , subject naturel de très hault et excellent prince monseigneur le duc Maximilian, par la grâce de Dieu, duc d' Austrice et de Brabant, chef et souverain de la noble Ordre de la Thoison-d'Or, et de madame la ducesse, sa très noble compagne, mescognoissant et très ingrat des grands biens, honneurs et avancements qu'il a f eçus en la très noble maison de Bourgogne et de Brabant, comme de feux de très digne mémoire, messeigneurs les ducs Philippe fondateurs , et mesmem ent de défunct monseigneur le duc Charles, son fils, jadis duc de Bourgogne et de Brabant, chef et souverain . dudit Ordre / prédécesseur de mondit seigneur le duc Maximilian, nourri dès son enfance en sa dicte maison avec monseigneur le duc Charles, qui

grandement Ta voit honoré él exaulcé , et par vraie confidence lui avoit baillé commission de garde de plusieurs ses bonnes villes, places , forteresses et pays, par serment solemnel lui avoit juré et prourais garder, sans les mettre en aultre main, estant aussi frère et chevalier de ce très noble Ordre de la Thoison-d'Or ^ et à cause de ce obligé et abstrainct par aultres estroits serments auxdits seigneurs feux ducs Philippe et Charles , et mesmement à madame la ducesse, fille unique et seule héritière dudit feu monseigneur le duc Charles, délaissée et demourée après son décès jeusne princesse et orpheline, encores non mariée, laquelle loi confirma tous les estats et offices dessusdicts ; et, qui plus est, lui donna la capitainerie et garde du chastel de Hesdin , etle retint et constitua son chevalier d'honneur ; et combien que , à cause desdits serments , et par vraie noblesse , ledit seigneur des Querdes fust tenu de les garder et défendre y ensemble lesdites places et pays dont il avoit la garde, néant-moins, de sa volonté, et contrevenant à tous sesdits sermenls, honneur, foi et léaulté, il a faict serment au roi de France, adversaire d'3 mondit seigneur et dame, lui a baillé et délivré, ou par sa faulte abandonné ou laissé prendre lesdites villes, places et pays, dont la guerre et la pluspart des maux advenus depuis sont ensuivis; oullre il a délaissé à porter le collier dudit Ordre de la Thoison-d'Or, sans le renvoyer, recevant et portant l'Ordre du roi de France; et mesme-

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ment fat armé et a faict guerre contre mondit seigneur et ma dame, soi portant chef et principal capitaine de Tarmée d^icelui roi de France, envahissant aux champs, présent son prince, chef et souverain d'icelui ordre, et lui livrant bataille devant la ViefVille lès Terrouvane et à ses féaulx vassaux et amis, aidans etléaulxsubjects, commettant pour ce et aultrement, comme dit est, faulceté, trahison et desloyauté envers mondit seigneur et dame : pour lesquelles causes, à grande et mure délibération , il a esté au chapitre dudît Ordre présentement tenu en ceste ville de Bois-le-Duc par monditseigneurleduc, souverain d'icelui Ordre et messeigneurs les frères , chevaliers et compagnons d'icelui Ordre j estans, privé et débouté dudit Ordre de la Thoison-d'Or, jugé et déclaré inhabile et indigne de jamais porter ledit collier ; et s'il eust esté présent audit chapitre , aultre et plus grande correction lui eust esté déclarée, selon ses crimes , démérites, faulsetés, trahison et déloyautés.

« A esté déclaré et ordonné par mondit seigneur souverain, et mesdits seigneurs chevaliers , frères et compagnons dudit Ordre , que le tableau de ses armes, mis en posé en ceste présente feste, au choeur de réglise collégiale dudit Bois-le-Duc , sera osté de la place où il a esté posé , et sera porté , et mil et attaché à la porte de l'église , et ses armes renversées et mises à rebours .

• t( Faict audit chapitre de l'Ordre , le huitième jour de mai , l'an mil quatre cents quatre - vingt et un. »

(( Messire Jehan de Damas , seigneur de Clèves , si vous estiez en vie, veus et considéré les grands biens , honneurs et avancements qu'avez receu en la maison de Bourgogne , mesmement de feu de très noble mémoire monseigneur Iv duc Charles, jadis duc de Bourgogne et de Brabant, dernier defunct, que Dieu absolve ! et les destroicts serments que vous avez faicts audit Ordre de la Thoison-d'Or, comme chevalier, frère et comjJagnoa d'icelui , et que vous avez esté noté de plusieurs causes suffisantes à vostte privation dudit Ordre; mais monseigneur le souverain , et messeigneurs les chevaliers, frères et compagnons dudit ordre , ont en leur présent chapitre esté acertenés de vostre trespas, par quoi ils en laissent le jugement à Dieu tout-puissant et souverain juge. »

« Messire Jacques de Luxembourg, seigneur de Ricebourg, combien qu'il fust prins en exploict de guerre honourablement , et pour la querelle et deflPense de feu de très noble mémoire monseigneur le duc Charles , jadis duc de Bourgogne et de Brabant , comme chef et souverain du noble Ordre de la Thoison-d'Or, dernier defunct, néantmoins depuis sa liberté de prison , lui qui estoit et est subject naturel de très hault, très excellent, très puissant prinCe monseigneur M aximilian , archiduc d'Austrice et de Bourgogne, et de madame la ducesse sa compagne , chef et souverain du dict Ordre, et lui, chevalier, frère et compagnon d'icellui , à cause de ce grandement obligé et abs'

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trainct par estroict serment audict Ordre , n'a pas seulement faict serment audit roj de France , adversaire de mondit seigneur et madame^ mais a délaissé de porter le collier df'icellui Ordre de la Thoison-d'Or ; et sans rendre et renvoyer ledit collier, a receu et porté publiquement l'Ordre dudit roy de France , s'est montré en armes avec les ennemis de mondit seigneur, en exploicts de guerre , et a receu ^ par don et authorité d'icellui , et appréhendé à son prouffit villes , places , terres et seigneuries appartenans à mesdicts seigneur et dame, et à leurs fëaulx vassaulx 6t subjets, ce que faire ne povoit selon lesdicts serments par lui faicts audict Ordre , par quoi il a esté jngé hors d'icelle Ordre, et déclaré inhabile pour jamais plus la porter. Faict comme dessus. »

« Quant à monseigneur le bastard, qui est par delà , pour ce qu'il n'est encores suffisamment apparu à mon dict seigneur chef, et les aultres seigneurs frères et chevaliers de l'Ordre , de ses conduicts et gouvernements, l'on a remis son faict jusque» à la prochaine feste , et est tousjours son tableau armoyé, mis et posé avec les aultres. »

Icelles publications ainsi faictes , tant du seigneur des Querdescomme des anilines, furent assises posées et escriptes en lieux où leursdicts blasons et armes estoient attachées. Peu de jours après madame Marie duchesse d'Austrice et monseigneur Philippe, comte de Charolois, son fils ^ âgé de trois ans ou environ , arriva en la ville de Bois-le-Duc.

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Un grand eschaffault fut faict sur le marché y ok elle fit serment, prendant possession*

Monseigneur Philippe son fils, fut illecq fait chevalier par monseigneur de Rarestain ; et lui fut donné le collier d'or , avec aulcuns autres dons, dont plus amplement apperraen la prochaine iesie*

La nuit Saint-Jehan ensuivant, furent trêves publiées par pays sur estât et abstinence de girerre, pour un an commenchant le dernier jour de juin an mille quatre cents quatre*viugt-et-UD, et finissant l'an révolu ce mesme dernier jour de juin, l'an mil quatre cents quatre -vingt-et-deux; et conmiencoient les lettres d'icelles trêves par la teneur qui s'ensuist :

»Loys, par la grâce de Dieu, comme nonobstant que les trêves fussent criées et données sur espérance de inventer paix fiuable, etc. » Toutefois les François et Bourguignons pilloient l'un l'aultre.

Advint en ce temps que le Grand-Turcq avoit fait son amas de trois cents mille Turcks pour des* truire chrestienté; mais le souverain v(À des rois , Noslre Seigneur Dieu lui retrancha son vouloir , car il mourut le troisième jour de mai ; de quoi nostre sainct-père le pape fit faire à Rome procession solemnelle l'espace de trois jours* La mort d'icelui Turck fut celée quinze jours ains qu'elle vinst à la cognoissance du peuple; et pourtant quand la communaulté en fut advertie, elle assomma et tua ceulx qui a voient celé ceste affaire. Aulcuns

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eslùrent pour estre grand Turck le fils aisné de son aisné fils trespassé, et les aultres choisirent le second fils dtidit Turck trespassé, et à ceste cause, Tun ou Taultre se vint rendre au grandmaistredeRodes, comme il apperra cy- après.

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