CHAPITRE CCLXXIII
0)inment les Liégeois se disposèrent assaillir Ha j et comment les liabitans iàindans la deffeadre, lessèrent entrer.
Or ai-je di|; jà tout près dHci y que le peuple de ceste ville sambloit forment varier et branler avecques ceux de debors^Dont^et comme les apparences y estoient perceaes j l'effect aussi y ensievit tout au parfait ; et ce qui plus donnoit la donbte de malice à ceux de la garnison , de par le duc et de Tévesque, c'estoit que le chasteau estoit tout despouiUié d'artillerie et de vivres et de toutes de£Penses , et parquoy le retraire dedens ne pooit porter fruit. Or vindrent Liégois ung jour , et firent samblant d'assaillir la ville; et le peuple de dedens, faisant semblant d'aller deffendre les portes, les ouvrirent àtoutefibrt, et boutèrent Liégois dedens, et s'entreconjoyrent, corrant parmi ces rues comme enragiés et visans à tout mettre à mort ce que trouver poroient de nation estrange , feust au duc , feust à l'évesque; n'y avoit espargne ne merci décrétée pour nulluy. Si veissiés ung horrible eflFroi dans ceste ville, entre ung petit nombre de gens qui là estoient en bonne coqfiance , sur ceulx qui les trayrent; et quant aulcun de eulx cuidans sauver, et la ville avecques , se sont boutés dedens le chasteau, et l'ont trouvé tout vuide et desgarni,, se
36 CHRONIQUB (^4^71^
sont mis à désespoir finable 9 et ont perceu que tout estoit une trayson bàstie pour tout faire perdre. Si n*y avoit cely qui ne visast à se sauver. Et combien qu'il y en avoit qui firent de leurs corps ce qu'ils peurent vaillamment et à grand péril ^ toutesfois , parce que defFense ne pooit avoir lieu , firent de nécessité vertu , et sauvèrent le corps, qui point n'eust eu' de mérite par soy faire tuer en oultrage. Vng entrçles aultres, ung beau grand personnage d'omme du pays d'Ardenne et de ceulx de la Marche, homme de grant maison, et qui ne s'estoit point percheu des premiers de ceste trayson , et qui ne cuidoit point l'effroi estre tel entre ses compaignons qui jà se partoient, se trouvant d'aventure entre ces vilains, en unsr destroit lieu, et là comme assaillant et assailli, et qui autrement ne pooit que combattre ou morir recran , fit des dures armes et de felles beaucop ; et n'y avoit nul , s'il chéoit dessoubz son baston , qui ne receust affolure; et estoit merveilles de ce qu'il fit pour ung corps seul , et de ce qu'il soutenoit en attente horrible. Liégois meismes lui disoient : (( Que volez-vous faire ? Cuidiés-vous re- » couvrer la ville tout seul sur nous treslous , qui » n'avez compagnon, jà ung tout seul, pour vous » deffendre et qui ne soit fui. Ce poise nous et » nous va contre cueur , se vous vous faites tuer » ici là où vous ne poez riens. Sauvez-vous, de » par Dieu , avecques les autres , et vous en allez. » Nous vous ferons voie, et aultrement le demorer » ici vous promet mort sans respit. »
<i467) BE GEORGES CHÂSTELLAIN. 5*/
Quant doDcques ce Taillant noble homme parcent comment la chose estoit allée , et que voirement de secours ne véoil point en nulluj, ne de recuevre , et que mais ame ne véoit de sa sorte, crut conseil et se sauva au plus bel qu'il pot, grandement à son honneur, et beaucop tenu à fortune, que lui-meismes ignorant et quasi malgré ly , avoit gardé cestui estroit a£Paire , là ou forcément il falloit monstrer sa vertu , ou morir honteux et confus en couardise. Si s'alla rendre prestement à Brusselles, où le duc le recheutà honneur et à gloire en ensievant son œuvre.