‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 15 sur 165 · CHAPITRE CCLXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXIV

Corament le dcc envoya messire Adolphe de Clèves pour lever le siè^e

des Liégeois estant devant Huy.

C'estoit au mois de septembre, bien avant, quand ceste ville de Huy fust prise des Liégeois ; et le duc Charles entendant à ses affaires par le pays de Braibant, envoya messire Adolf de Clèves^ à toute haste et à forte compaignie , pour lever le siège , cuidant que Liégois feussent encore devant la ville non prise. Mes comme l'aventure l'apporta , et que le dit de Clèves estoit jà venu à jdeux lieux près , cuidant férir sus, Liégois estoient dedensla ville à sauveté. Si en ot grant regret cely Ae Clèves , d'estre ainsi venu pour nient à tant de

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belles gens et de yaillans hommes el pleins de haulte volenté. Mes porter le convenoit ainsi et prendre en gré jusques à une autre heure, là où tout pourroit retourner en compte et en paje. Si n'y avoit aultre, fors de retourner vers le due> qui en fit matte chière ; mes dit bien que ce leur seroit brief, s'il ne moroit, une chière prise et cousteùse . Et disoit vrai ; car prestement fit faire son mandement sur tous les pays de Braibant , de Flandre , de Hainaut , de Picardie , de Namur , et de Luxembourg, pourlehuitième d'octobre; et or* donna aux capitaines de eulx mettre sus, et le plus à haste que faire poroient , et à plus de gens ; et les asseura de bon paiement et prompt, sans délay , et à tant s'en reposa sur leur diligence et sur le bon acquit de chascun d'icy au jour nommé; et ly-mesmes diligenta fort en tousses auitres affaires pour venir à cestui ; car là avoit-il cueur.

Or convient-il maintenant parler du roy qui tout sa voit et ooit ce qui se faisoit par dechà , et comment le mariage estoit conclu de là seur au roy Edouard, et comment Huy estoil prise des Liégois, et qu'à ceste cause le duc avoit fait son mandement très grand , et estoit délibéré à removoir guerre , jà la tierche fois, à ceux de Liège, et de les mettre en basse croûte ; et ymaginoit presque et faignoit savoir tout ce que ce jeusne duc avoit en ventre et en propos de faire, et pourquoi tant plus le craignoit ; car le cognoissoit fier et orgueilleux, et mordant

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et dur ennemi, maWais à rompre là oà il portoit eorrage. Si s'en devisa tous les jours ce roj Loyt à son connestable , qui aultre-tei congnoissoit le doc Charles comme ly , car Tancienne nourriture y estolt. Si enst bien velu le roj y ainsi que devises portent , obvier aux emprises s*il eust pu de ce fier duc , et les rompre par sens ou par menaces , ou par moyen , ne lui chaloit quel y mes qu'il lui pust rompre ou faire rebouter sa corne , la-» quelle il véoit fièrement drescbiée. Si en devisa fanuliërement audit son connestable , comme à cely seul du monde par qui main il pooit mieulx ouvrer en ceste aflPaire ; car ly seul aussi estoit tout à main au duc par deçà, et lui donnoit ascout et créance ; et la seule main du connestable qui esloit ami et certain à. tous les deux, estoit digne et propre pour manier haulte matière.

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