‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 27 sur 165 · CHAPITRE CCLXXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXIIL

Comment il y vmt un lëgat devers le duc Charles pour cuidicr rompre

la guerre de Liège.

Or siet-il bien à demander et à sçavoir après, quel chose vint procurer ne demander cestui archevesque de Milan, légat devers le duc Charles, sur son mouvement de Bruxelles pour aller en sa guerre; carsans grand cause, fait bien à penser, ne

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y vÎDt-ii point. Si loist (convient) il bien savoir que nostre Saint-Père Paulus l'avoit envoyé,, jà bonne pièce avoit, en France, là où après petits arrests pris , devoit tirer , ainsi portoit sa charge , devers le duc de Bourgogne Charles ; ce que le légat ne fit atant, et laissa coules tenoips.; et le tint, le rçj emprès 1 j, qui ne s'en volt de» faire, et tant et si Icuk guemenl, que le duc Charles qui savoit bien sa commission print souspechon , et lui imputa , comme assez vrai estoit, qu'il estoit tout royal et Franchois, et pourquoi aussi il l'en avoit moins en grâce^ et ne faisoit gaires conte de sa venue. Mes quant le roi vit maintenant que la chose alloit à l'estraindre ,. et que ce duc boutoit avant sa guerre tout à bon profit, aigrement le fitbaster et diligenter, pensant venir encore à son recuevre tout àheure,par vertu de sa légation ; ce que non fit. Et en fut courroucié depuis ; et le légat en fut raboué en court de Rome, et de par de chà devers ce duc Charles; et s'en estoit excusé, ledit légat, jà de la faute qu'il en avoit, à nostre Saint-Pere, par ses lettres sur leroy, qui ne l'avoit souffert venir devers le duc de Bourgogne jusques à bien tard et sur le point de la. guerre emprise.

Or portoit sa commission et sa charge pour laquelle venu estoit par dechà : comme nostre Saint- Père savoit les différens qui estoient par de chà entre le roy et les princes de France, nonobstant encore tous traitiés et appointemens faits entre ly €it eux , que iceslui les mettroit de par ly en unioa

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et en accord à son pooirj corifermast et valuast ce qui avoit esté bien et deuement fait, et de ce qui pendoit en outrage et en excès qu'on le mitiguast doucement et amodiast seloncq le possible; car cognoissoit bien nostre Sainl-Père les parties et les difficultés d'iceulx qui estoient grandes, et quasi non appoinctables ; et avoit le roi jà gaignié le pape tout pour Ij, par personnes qu'il avoit en court tout propres, et par quoi il prétendoit et espéroit toujours faire sa cause bonne , tant contre son frère et le duc de Bretaigne , comme contre le duc de Bourgogne et autres. Et la seconde charge qu'il aTOÎt, c'estoit qu'il trouvastvoieet moyen, s'il pooit, qu'il mist paix et cesse de guerre entre les Liégeois ,etleduQ Charles sans les plus traveiller; car la clameur de Liège estoit et avoit jà esté montée jusques aux oreilles du Saint-Père, du voyage de Dinantsubvertie,ét dequoitousles pays ensa dépendance portoient et avoient porté dure confusion. Si désiroit notre Saint-Père y remédier par cestui légat, par pité de l'église à qui Liège et le pays estoient appertenant. Et faut bien savoir que au partement de Rome de ce légat pour venir en France , n 'estoient encore nulles novelles que Liégeois eussent assiégié Huy , ne récommencié la tierce guerre encontre le duc Charles. Et pourtant ledit Saint- Père oyant novelles après de cestui tiers recommenchement, et euidant avoir assez pourveu en tout par son archevesque de Milan , quant il parentendit la fin de ceste guerre tierce, et com-

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ment le duc arière y avoit œuvré , trouva en avis de dressier arrière ung second légat, Tévesque Tricaricensis , duquel me tais maintenant jusques en son lieu,pour faire mcm compte du légat arcevesque de Milan y qui vint battant ferrant à Brusselles tout escolé et du pape et duroy, à poste deTung et de l'autre ; mes trouva bien ung fort passage toutefois, et plus estroit qu'il n*eusf cuidié avant venir là.

Or ai-'Je dit que le duc n*en estoit pas fortement assotté;et tout premier, pour ce qu'il avoit silonguement séjourné devers le roj, qui lui donnoit souppechon ; secondement^ pour ce qu'il estoit au duc de Milan , qui estoit son jadversaire.- Toutefois, le duc soj rompant et vaincant en son courroux, en dissimula et print en propos de l'oyr et de lui faire bonne chière, parmi ce, comme je vous ai tourné dessus , qu'il lui avoit fait dire d^entrée que de nulle paix qui touchasl Liégeois ne lui feist mention 'y car il s'en penroit en vain. Aussi ne -fit-il, car oncques ne lui en parla; et véoit bien et percevoit que au lieu où il çstoit il s'y convenoit sagement contenir et complaire, et que peu lui pooit servir à l'eure la longue demorée qu'il avoit faite aveucques le roi, en trespas de sa commission^

Or parla-il au duc qui à Louvain estoit, et au long l'oït ; et lui dist tant seulement que voirement estoit-il venu par de chà pour appointier en l'honneur de Dieu les rumeurs et les différens qui cstoient entre le roy et les princes deFrance,à cause

d'aucuus traitiés et appointements faits entre ledit roj et eulx, et dont il estoit ung des principaux. Dont, et pour ce que le royse douloit, d'uncosté, ce disoit , et monseigneur Charles son frère et ly de Taultre, et que chacun prétendoit avoir le bon droit pour Ij , nostre Saint-Père Tavoit envoyé par dechà par devers le roy et ly , pour trouver bon moyen çt bonne union partout , pour faire chascun entendre et condescendre à raison en son tort et en son droit, comme princes de justice et d'équité , si bien contr'eux que pour eux. Et s'excuspit alors de ce que silonguement avoit séjourné devers le roi en contraire de sa charge; mes il en mist le fardeau sur le roy qui ne le souffrit oncques partir de ly jusqu'à celle heure.

Si lui respondy le duc doucement,que bien feust-» il venu , nonobstant sa longue demeure souppechoneuse etdontiln'accontoit pas^ramment. Mes à Teure que telles paroles se misrent avant pour estre traitées et maniées et levées, qui estoient de tel et de si grand pois , il estoit temps malpropre à ce faire, veu l'appareil que le duc lui monstroit, lequel il véoit à l'oeil, comme d'aller en l'emprise de sa guerre. Si lui pria le duc qu'il se retraist devers son chancelier, messire Pierre deGoux, chevalier, pour lui ouvrir et déclairer ces matières pour y avoir avis dessus , et que à Louvain le voùlsist attendre jusquesau retour de son adventure. Laquelle chose le légat fit, et se porta très bien en toutes conduites tant qu'il y estoit.

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