‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 64 sur 165 · CHAPITRE CCCXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXVIII

Commpjit le duc Charles constitua un^ prëvost des maréchaux , pour

nettoyer le pays des brigands.

Cesïe année de soixante-huit estoit durement périlleuse et pleine de malvaises influences comme de mortalités, par toute terre, bien orribles, et de malvaises emprises par malvaises gens, les uns par traysons et les autres par aultrescrudélités^et mur-

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muroient peuples et gens des bonnes villes, et princes se mesfioient lesungs des autres, et n'y avoit nulle part climat de terre, là ou il n'y etisl troubles. Bringans et desrobeurs de gens couroient le pays, et soubs ombre de gens de guerre , lant de France comme de Picardie > faisoient maux sans nombre ; tant que le duc , par les plaintes qui ly en venoient, print en ly mesmes et en son propre avis, de mettre sus un prevost des maréchaux ; et entre les autres constitua en cely office un qu'il avoit choisi tout propre, nommé Mailloitin du Bac, natif de Saint-Omer , non fort cler homme ly mesmes, ce disoit l'on, mes haut et aigre en emprendre ce que autre n'eust volu faire.

Si fit icellui Mailloitin de grandes et dures exécutions par le pays de Picardie ; et sur le mot de son maistre en fit exécuter grand nombre ; et n'espargnoit ne grand ne petit, tant que à estre esmerveillez tous les plus hupez, dont aucuns se despavsoient et les autres se muchoient ( cachoietit).

Comme donques le duc par dechà fesoit nettoyer ainsi son quartier par son prévost, qui se délitoit à faire pendre gens, le conte de Saint- Pol, connes^ table de France, faisoit nettoyer son quartier aussi tout en pareil que l'autre ; et fit pendre et noyer sans espargne gens d'armes et autres qui se contrefesoient et travailloient les povres gens. Dont Iv^ fesant son devoir par delà comme souverain justicier de France , et le prévost par deçà pour et ou nom du duc , le duc devint à estre tant douté et

Chrohiques. t. XLIII, — G. Chastellaiw. 111. J O

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tant cremu en roide justice , que toutes gens meslais et sursamés Irambloient seulement d'en oyr le nom ; dont pluiseurs ont esté trouvés qui se despaysoient ou alloient en loingtains voyages cuidans iuir leur maie fin. Et certes bien faisoit besoing alors , car les pays çà bas estoient si pleins de malvaise garconnaille et de malvaise trusson , que tout esloit perdu et gasté ; et se commetloient tous les jours par divers lieux inhumainement meurtres et vilains faits, aussi coustumiërement comme il est d'aller par rue ;' n'estoit ne honte ne abominaison de tuer gens , ne de les vilener et démembrer pour ung mot, non plus qu'il est de boire. Tous les pays gisoienl subjects à gens de huiseuse , compaignons de la facque , houvers, putiers, rufiiens, hennebennés , buveurs de vin et gasteurs de draps ^ qui nez estoient pour boire eaue et mener la charrue ; et maintenant, pour ce qu'on les avoit ainsi souffert croislre, soubs ombre que aucune fois on en avoit eu affaire en temps de murmures et de rumeurs entre le roi et le duc père et fils, ils estoient tant multipliés par les bonnes villes et si enrachinez dedens, que le nombre en passoit le trop ; desroboient et destroussoient baudement gens par nuit en pleine rue, et leur ostoient les bourses , et les ruoient à rivières , tous desguisez; et faisoient tant^de maux , en tel lieu fut , qu'il estoit besoing que tel roide et aigre mordant bras les venist comprimer et rebouter, ou nul n'eust eu riens sien ne par champ» ne par ville , si bien en Flandres que ailleurs.

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