‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 74 sur 165 · CHAPITRE CCCXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXXVII

Comment mcssire Guillaume Bolin abandonna le pays du duc , et du

baslard Baadwyn.

Tout le royaume en ce temps-ci estoit plein de murmures contre ceste maison de Bourgogne ; et parcevoit l'on à l'œil comment le roy, du long et du lez, et à longues traites subtilla sa ruine , aveucques ce que le duc de soi mesmes en estoit assez cause , par trop eslre roide et dur à ses gens en diverses manières non apprises , par especial aux nobles hommes, lesquels il maintint et voult asservir en estroites servitutes , comme de l'audience où il failloit estre enclos trois fois la semaine , comme à ung sermon , et puis estre subject à toutes autres ordonnances du vespre et du matin ; et se d'aventure il chéit à mesprendre à qui que ce

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feust, en cas encore dispensable, si convenoit-il encore porter correction volontaire, et parquoi beaucoup de gens de bien s'en tannèrent et en devindrent tous trois. Si le seut bien le roj ; et lui estoit ceci un grant fondement, celj sambloit, d'avoir une fois de ceste gens beaucop devers \y, en confusion .de l'autre qui à peu de bienfais et à roidement les traitier les voult tenir serfs encore et en grand crainte. Or avoit nouvellement abandonné les pays du duc de Bourgogne, messire Guillaume Rolin, seigneur de Beauchamp, fils jadis au feu grand chancelier et très fameux , le cliancelier de Bourgogne , pour ung procès qui lui avoit esté desjugié, et duquel il avoit appelle en parlement par doléance de tort , et de quoi le duc courroucié prestement, comme d'injure à lui faite, confisqua toutes ses terres en Bourgogne, montant à grant somme de deniers par an , car moult grand seigneur estoit et rice, et le despouilla ' de tout quanqu'il avoit d'offices et d'estat, tant en sa maison comme ailleurs , et les conféra à autrui. Si en ot dueil ledit chevalier, et lui despleut moult ; et ne cessa point pourtant de poursievir son appel; et s'en tint coi en France, où autres après le siévirent.

Or y avoit-il en ce mesme temps ung chevalier en l'ostel , qui repairoit soubz l'aisné baslard de Bourgogne, seigneur de grand sieute, et se nomilioit messire Jehan de Chassa. Cestui estoit un gentil, galant, rade chevalier et bien à ly ; et

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avoit fait armes en Angleterre avecques ledit bastard. Mes estoit de petile chevance , et de cornmimegentilesse du conté de Bourgogne toutefois, et de grand bonbans plus qu'à son appertenir; et dont la puissance ne pooit porter le couslage que toujours continuoit par faire autre tel que les grands. Si advint que cestui chevalier, an après autre, soi confiant sur le bon temps , et tirant toujours avant en sa manière apprise, accrut et fit diverses grandes debtes en l'ostel du duc aux uns et aux autres, et dont enfin il convenoit faire raison ou au moins monstrer visage et respondre aux créditeurs par consentement, laquelle chose lui estoit dure. Car passoit et excédoit la somme sa faculté et pooir par nombre de milliers, et de quoi tous les jouri il estoit en vergogne de respondre à ceux qui le poursievoient , attendu que la puissance n'y estoit point , ne le tour nul d'en savoir bien faire , pour ce que la court ne le portoit point , ne le temps aussi ; et ly aussi ne l'avoit point de Ij-mesmes. Or estoitil gent chevalier et de grant corage, et avoit vescu hors du pays, tant en la Barbarie comme es Espagnes et Ytales , et avoit honestement voyagié en divers lieux jusques à en rapporter bon nom et bon los , avecques assez savoir , et bien soi monstrant partout. Si se trouva assez en bruit en tous les meilleurs, et homme de mise n'y failloit fors que sa puissance ne se trouvoit à la mesure de son corrage. Si murmura longuement en sa fortune, qui lui estoit escharse, ce lui sambloit, et le tenoit

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en dangier de ses créditeurs qui le harioient, avecques plusieurs autres mincetezen son estât. Et voyant comme ceste maison jà chéoit en menace de guerre , et que le roi ne quéroit fors avoir gens d'icelle devers Ij, et leur donner grans dons et grans bieps, finablement conclut d'y aller et de soi rendre au roy ; et de fait y alla et fut receut et joyeusement bien vegnié ; et lui fist le roi des biens, et lui donna estât et pension, et bien l'entretinl et lui fit grant chière ; et dont la conséquence après tourna à plus grand effect et de plus mavaise importance comme vous orrez.

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