UN MAGISTRAT SCRUPULEUX
livres, somme dont il s'était agi dans l'affaire jugée, et que Chamillart avait eu beaucoup de peine à se procurer. Ce trait méritait une récompense ; mais la charge de conseiller d'État suffisait. Je ne dois pas oublier un mot qui caractérise bien le maréchal de Villeroi (1), et qu'il prononça hautement à VŒU de bœuf lorsque Ghamillart arriva au ministère de la Guerre : « Messieurs, « dit ce courtisan renforcé, je reçois celui-là « comme un autre ; il faut tenir le pot de chambre « aux ministres tant qu'ils sont en place, et le leur « verser sur la tête quand ils n'y sont plus. Pour « moi, quelque ministre qui arrive, je déclare à « l'avance que je suis son serviteur, son ami, et « même un peu son parent. » Parlez-moi d'une dignité comme celle-là : que taut-il de plus pour honorer un maréchal de France ?
(1) On prête ce même mot au maréchal de Villars. On l'avait fait aussi du temps de Louis XIII, lorsqu'était tombé Baradas et plus tard, Bourrault le mettait en vers. Voir Fouriuer, l'Esprit dans l'Histoire, p. 108. Ed. Dentu, 1883.
NOTES
Encore, à propos de Chamillart, du Saint-Simon démarqué.
« C'était un grand homme qui marchait en dandinant, et dont la physionomie ouverte ne disait mot que de la douceur et de la bonté, et tenait parfaitement parole... Il aima toujours la bonne compagnie. Il était de bon commerce et fort honnête homme. Il aimait le jeu, mais un jeu de commerce, et jouait bien tous les jeux. Cela l'initia un peu hors de sa robe, mais sa fortune fut d'exceller au billard. Le roi qui s'amusait fort à ce jeu, dont le goût lui dura fort longtemps, y faisait, presque tous les soirs d'hiver, des parties avec M. de Vendôme, M. le Grand, et tantôt, M. le maréchal de Villeroy, tantôt le duc de Grammont. Ils surent que Chamillart y jouait fort bien; ils voulurent en essayer... et firent en sorte qu'il fût admis une fois pour toutes, dans la partie du roi, où il était le plus fort de tous. Il s'y comporta si modestement et si bien qu'il plut au roi,.. Le roi le goûta de plus en plus et il en parla