‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 26 sur 68 · TERRIBLE COLÈRE DU ROI · texte numérisé non relu

TERRIBLE COLÈRE DU ROI

Saint-Simon, IV, 115-17 de Yédition en treize volumes. Pourquoi « cette espèce de sortie »? — — Parce que le roi « voulait ses voyages de Marly » avec sa petite-fille « qui l'amusait fort; il ne pouvait se passer d'elle ». Or, étant blessée, la duchesse de Bourgogne ne pouvait, en ce moment, accompagner et amuser le roi. Ce récit — il est équitable de l'ajouter — se retrouve en première rédaction dans la grande Addition sur Louis XIV, t. XVI, Journal de Dangeau. D'assez nombreux historiens l'ont suivi, mais certains détails ne concordent ni avec le Journal de Dangeau, ni avec les Mémoires de Sourches. A la date du 28 avril 1708, Mme de Maintenon écrivait à la princesse des Ursins : « Mme la duchesse de Bourgogne était véritablement grosse; il faut qu'elle se soit blessée dès le commencement, car l'enfant ne grossissait plus; et c'est ce qui faisait qu'elle soutenait toujours qu'elle n'était point grosse. On la croit quitte de cet accouchement qui s'est passé fort doucement; mais elle ne sortira du lit que pour aller à Versailles couchée dans son carrosse. Nous n'y demeurerons que huit à neuf jours, car on en partira le 14 pour Fontainebleau. » — Ce départ fut différé parce que l'accouchement n'aurait pas été aussi facile que l'écrit Mme de Maintenon. — « On sut par les médecins que la duchesse de Bourgogne avait jeté une partie du délivre, ce qui fait connaître clairement qu'elle avait été grosse d'un enfant, lequel on disait même avoir été mort dans son corps, et en même temps quel danger elle au-

rait couru, si la nature n'avait pas été assez forte pour pousser en dehors ce reste de délivre, lequel certainement l'aurait fait mourir. » Mémoires de Sourches> — V. p. 194, le Saint-Simon de ïédition Boir liste.

Gatinat refuse le cordon.

Il y eut au jour de Tan (1704) une promotion de chevaliers de Tordre ; le maréchal Gatinat y était compris, mais il n'a point accepté cette faveur et s'en est excusé le lendemain au grand lever.

« D'où vous vient donc cette idée, monsieur le maréchal? lui a demandé Louis XIV avec une hauteur qui laissait entrevoir du dépit.

— Sire, a répondu le vainqueur de Marsaille, cette idée est la conséquence d'une appréciation exacte de ma situation à la cour.

— Je ne vous comprends pas.

— Je vais tâcher, sire, de me rendre moins obscur. Votre Majesté, en me remplaçant dans mon commandement d'Italie, a laissé voir qu'elle était mécontente de mes services ; la grâce qu'elle daigne me faire serait donc gratuite.

— Vous avez mal compris le sujet de votre rappel : vos services, je les estime; mais une ouverture prématurée, imprudente, sur le duc de Savoie...

— Raison de plus... un calomniateur ne peut mériter d'obtenir une place dans les ordres de Votre Majesté.

— Je ne dis pas, Monsieur, qu'il y ait eu calomnie; mais une tête couronnée méritait plus d'égards, et j'ai dû vous donner ce tort.

— Et moi, sire, je dois refuser une récompense que Votre Majesté m'accordait dans cette opinion. Je la supplie de plus de me pardonner l'erreur dans laquelle j'étais tombé; mais j'avais pensé qu'une tête couronnée, qui se dégrade par la trahison, perdait toute sa grandeur, et que le plus humble des généraux, quand il sert son prince et l'État au risque de son crédit, méritait quelque indulgence.

— Avouez, monsieur le maréchal, reprit le roi, qui changea en souriant la face de l'entretien, avouez que vos preuves vous inquiétaient un peu?

— Mon Dieu non, sire. Ma famille a rempli mon hôtel de titres victorieux... à ce qu'elle dit; pour mon compte, j'ai dès longtemps acquis la

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