MORT DE MADAME DE MONTESPAN
jours encore, en pèlerinage, pour se débrediniser. Un paysan mit ces entrailles dans un panier, voulant les porter à Saint-Menoux ; mais de ces entrailles s'exhalaient une odeur tellement épouvantable que, ne pouvant continuer son chemin, il les jeta sur la route : des chiens les mangèrent !
(5) Mme de Maintenon écrivait, le 26 juin : « La mort de Mme de Montespan ne m'a point mise hors d'état de vous écrire ; mais il est vrai que j'y fus fort sensible et qu'en aucun temps cette personne-là n'a pu m'être indifférente. » Saint-Simon nous donne ce curieux détail : « Mme de Maintenon délivrée d'une ancienne maîtresse dont elle avait pris la place, qu'elle avait chassée de la cour et sur laquelle elle n'avait pu se défaire de jalousies et d'inquiétudes semblait devoir se trouver affranchie : il en fut autrement. Les remords de tout ce qu'elle lui avait dû et de la façon dont elle l'en avait payée l'accablèrent tout à coup à la nouvelle de cette mort : les larmes la gagnèrent que, faute de meilleur asile, elle fut cacher à sa chaise percée... »
Louis XIV, lui, « fut parfaitement insensible ». Et comme la duchesse de Bourgogne s'en étonnait, « il lui répondit tranquillement que depuis qu'il l'avait congédiée, il avait compté- ne plus la revoir jamais et qu'ainsi elle était déjà morte pour lui ». Il avait dit exactement la même chose lorsque La Vallière était entrée aux Carmélites. — « Il est aisé de voir que la douleur des enfants qu'il avait eus de Mme de Montespan ne lui plut pas. Toute la cour
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les fui voir sans leur rien dire et le spectacle ne laissa pas d'en être curieux... Les enfants du roi et de Mme de Montespan n'osèrent porter aucun deuil d'une mère non reconnue, il n'y parut qu'en négligé, au retranchement de toute parure et de tout divertissement, même du jeu qu'ils s'interdirent pour longtemps... » Saint-Simon, XV, 92-106.
L'Historien Mézera^
Notre gloire littéraire et savante s'effeuille avec une rapidité toujours croissante et que peu de lauriers croissent en France pour la remplacer. L'an 1708 a vu mourir le célèbre botaniste Tournefort, la Fosse auteur de Manlius et l'historien Mézerai, qui sur ses vieux jours s'était mis à dire la vérité. Mézerai fut un écrivain médiocre, un littérateur envieux, un homme pétri d'originalité. Gomme il n'aimait pas que les gens de lettres vinssent s'asseoir près de lui à l'Académie française, il mettait toujours une boule noire dans l'urne lors des élections. Le directeur lui demandant un jour le motif de cette permanente opposition, il répondit « qu'il agissait ainsi afin de laisser à la postérité un monument de la liberté des
élections faites par l'Académie ». Mézerai avait la manie de travailler en plein jour à la chandelle, et quand on venait le voir il reconduisait ses visites un flambeau à la main par le plus brillant soleil. Lorsqu'on fit l'inventaire du mobilier de cet historien on trouva dans un sac de mille livres un billet portant ces mots : « Cet argent « est le dernier que j'aie reçu du roi ; depuis ce « temps je n'ai jamais dit de bien de lui. » Étaientce les dons de Sa Majesté qui avaient été supprimés, ou la conscience de Mézerai était-elle revenue? Un autre sac renfermait un écud'or enveloppé d'un papier sur lequel on lut : « Cet écu est du « bon roi Louis XII ; je l'ai gardé pour louer une « place d'où je puisse voir pendre le fameux fi- « nancier de notre siècle. » Il est probable que le grand Golbert n'avait pas jugé que Mézerai fût assez habile ou assez dangereux pour être payé.
NOTES
Singulier personnage que ce Mézeray, appelé parfois le « Père de nos historiens », mais qui n'est nullement « l'écrivain médiocre » ou le « littérateur envieux » que nous présente VŒU de bœuf. Original, certes, il l'était, et autant qu'il soit permis de l'être; « ne travaillant qu'en plein jour, à la chandelle ».
Puis, se persuadant que toutes ses imaginations étaient des réalités, il ne doutait pas, alors, que le soleil n'eût cessé ses fonctions, et, pour remédier à l'obscurité qui en devait résulter, il ne manquait jamais de reconduire jusqu'à la porte de la rue, un flambeau à la main, tous ceux qui lui rendaient visite et qui ne pouvaient s'empêcher de rire de voir ce nouveau Diogène vainement embarrassé d'une lumière aussi inutile à lui qu'aux autres.
Il s'avisa encore d'une autre singularité.
C'était de ranger en cercle, lorsqu'il se proposait de composer ou de faire quelque lecture, une douzaine de montres dont on lui avait fait présent, et de
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placer une bouteille de vin au milieu de ce cercle, sur la table.
Il y a toute apparence que la bouteille de vin n'était pas ce qu'il regardait le moins, car il en buvait assez souvent ou pour se délasser, ou pour rappeler ses esprits qui se dissipaient à force de travail. C'était d'ailleurs l'usage à cette époque, et surtout chez les savants du Nord.
Mézeray ne cachait même pas cette passion, et i[ répétait parfois que la goutte dont il souffrait lui venait autant « de la feuillette que de la fillette ».
« — Ne soyez pas surpris, disait-il à ceux qui s'étonnaient de cette habitude, la vue de ces montres discordantes me fatigue, et il y a longtemps que je veux les mettre d'accord. Je n'ai encore pu y réussir. Je leur ai proposé pour dernière ressource et pour les réconcilier, la bouteille qui est au centre. Si cela ne produit aucun résultat, je m'en lave les mains, d'autres ne feront pas mieux î »
C'était là s'excuser à bon compte.
Négligé de sa personne, malpropre jusqu'au dégoût dans ses habits, on l'aurait volontiers pris pour un mendiant. Il lui arriva même un jour d'être arrêté par des archers chargés de conduire les vagabonds dans des maisons de force. Ils le rencontrèrent, au grand matin, à la porte d'un charron, ayant sur sa tête un sale bonnet rouge surmonté d'un méchant chapeau, et pour tout vêtement une peau de mouton si crasseuse que l'on ne savait plus que par tradition de quel animal elle venait. Ils don-