‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 41 sur 68 · NANGIS, LA DUCHESSE DE BOURGOGNE ET MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

NANGIS, LA DUCHESSE DE BOURGOGNE ET MADAME DE MAINTENON

Air: Du Branle (1).

Voulez-vous, messieurs de Paria, Savoir quel est ce branle

(1) Le branle fut une danse très populaire aux XVI* et XVII° siècles ; aussi bien à la Cour qu'à la ville et même dans tous les villages. Il y avait dix-neuf différents branles, portant un nom spécial chacun.

Que l'on danse tant à Marly En présence du grand Louis ?

Hélas ! c'est un grand branle Qui cause tout notre dépit, Et qui fait que tout branle.

La divinité de ces lieux L'est aussi du bon branle ; Jamais princesse ne sut mieux Employer l'éclat de ses yeux Pour mettre tout en branle, Et pour faire au moins vigoureux Recommencer ce branle.

Dégoûté de ce pauvre saint Qui lui montra le branle, A Nangis elle tend la main ; Mais il est trop faible de reins Pour répéter ce branle ; Croit-elle trouver Gouctquen Plus propre pour ce branle ?

Toujours les femmes de la cour

Ont la rage du branle ;

On les voit, dans ce beau séjour

S'occuper la nuit et le jour

A bien danser ce branle.

Mais le plaisir, plus que l'amour

Leur fait aimer le branle.

On voit dans un coin Maintenon Qui veut juger du branle ;

C'est un bon juge, se dit-on Et qui peut donner des leçons En manière de branle.

Elle en sait de toutes les façons.

Et c'est pourquoi tout branle.

XXXIÎI

Fumeuses de pipes.

Le voyage de Marly n'est point gai depuis qu'on n'y admet que de vieux gentilshommes gourmés, dévots ou joueurs, et des femmes décrépites, bigotes ou fausses, qui passent tout leur temps à dogmatiser avec Mme de Maintenon dans l'oratoire qu'elle a fait construire près de la chapelle. Mme la duchesse et sa sœur Mme de Chartres, qui n'est pas aussi brave que son mari s'en était flatté, s'ennuient à mourir au milieu de l'assommante représentation que la cour doit s'imposer à Marly comme à Versailles. Un soir de la semaine dernière, Mme la duchesse dit tout bas à Mme de Chartres qu'elle avait fait préparer dans son appartement un petit souper, auquel devaien* assister quelques dames qui n'étaient pas de la

clique Maintenon, et qu'elle lui offrait de prendre part aux récréations de ce média noche secret. L'invitation fut acceptée. Sous prétexte d'une migraine, on quitta le salon de bonne heure; et bientôt le cliquetis des verres, les étincelles des saillies malignes, le flonflon des refrains firent oublier aux princesses et à leurs convives l'ennui du commencement de la soirée. Pour être plus libres, on avait éloigné tous les valets; mais le plaisir est imprévoyant : ces dames, en allant et venant, négligèrent de fermer la porte donnant sur le vestibule. A minuit, Monseigneur, passant, pour se rendre chez lui, devant l'appartement entr'ouvert de Mme la duchesse, en vit sortir une épaisse fumée. Effrayé au dernier point, il se précipite dans cet appartement qu'il croit en flammes... Que voit-il en entrant? Dix femmes assises autour des débris d'un repas délicat, avec un officier des gardes suisses au milieu d'elles, et ayant toutes, ainsi que lui, la pipe à la bouche. Gomment peindre la surprise du Dauphin à cet aspect? Je crois le voir d'ici le regard fixe, la bouche béante et la main immobile près de son chapeau, que la stupéfaction ne lui a pas laissé le loisir d'enlever.

« Pardon, mesdames, dit enfin Son Altesse

Cabinet des Estampes

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