L ORDRE DE LA MOUCHE
Ions, que les guêpes me percent de leurs aiguillons. » Cette formule de serment nous montre la gaieté, l'esprit qui régnaient à la Cour de cette aimable princesse, quelque peu conspiratrice, par surcroît. Ajouterons-nous qu'était fort recherché le titre de chevalier ou chevalière de l'Ordre; — ordre qui n'ayant été approuvé ni par le roi, ni par le pape ne survivait point à la duchesse du Maine.
Chevaliers et chevalières recevaient des surnoms pittoresques, indiquant quelques-unes de leurs manies ou de leurs grâces. La grande-maîtresse, dictatrice de l'ordre, est Ludovise — plus mignonnet que Louise — ou Laurette parce que dans une comédie elle avait été sous ce nom, la « maîtresse de Champagne », un autre personnage de la pièce.
Que Laurette a de puissants charmes, Que ses yeux ont de douces armes, Qu'il est doux de suivre ses lois !
La reine des ris l'accompagne.
En ce moment les plus grands rois Désireraient d'être Champagne.
Mile de Nevers, depuis duchesse d'Estrées, est Api; Mlle de Choiseul, Glycère; Mlle Langeron, Fanchon; Mme d'Albemarle, Geneviève; la duchesse de Nevers, Diane; Mme d'Artagnan, la voisine; le marquis de Gondrus, le baladin; Malézieux, le curé; le duc du Maine, le garçon; ses deux fils, les deux garçonnets; M. le duc, baron de Saint-Maur; le duc de Nevers, Amphion; M. d'Albemarle, le Major; le pré-
sident de Mesmes, le grand artificier; Genest, l'abbé Rhinocéros, à cause de son nez.
Avec cet habit et ce nez,
Ce nez long de plus de deux aunes,
Il faut donc que ce soit le magister des Faunes.
Le but avoué de l'Ordre était de se divertir galamment; aussi était-ce à Sceaux un mouvement perpétuel de fêtes, de bals, de soupers, de divertissements littéraires, — littérature plus que souvent un peu fade, — de représentations. Dans les Grandes nuits les amusements prenaient les formes les plus plaisantes qu'il était possible d'imaginer. On y voit, par exemple, une Harangue de V ambassadeur des Groenlendais venant mettre son pays aux pieds de la duchesse qui devra reconnaître l'avantage d'être la reine d'une région ou les nuits sont les plus longues; un dialogue de V Aurore et d'Hespérie vouant leur obéissance à la divinité de Sceaux; le Lutin de Sceaux s'amusant à chasser le sommeil pour appeler Hebé, Cornus et Flore qui divertiront Ludivise. Toutes ces réjouissances indignaient Mme Palatine, mère du régent ; elle n'aimait point la duchesse du Maine, surtout parce que conspiratrice contre son fils, et alors elle écrit : « l'amant tenant de Mme du Maine est le cardinal Polignac; elle en a d'ailleurs beaucoup d'autres; le premier président de Mesmes et encore d'autres. » Dans Maurepas cette chanson :
Ce grand air, ce sourire charmant Orné de badinage,
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Du Maine, cet empressement Nous fait voir qu'à votre âge Vous voulez donner de V amour : Mais qui pourrait en prendre Serait un héros dans ce jour, Plus brave qu'Alexandre.
Qu'à du Maine, laide et nabote, Un Malézieu lève la cotte.
Le marché pour tous deux est bon ; Mais que Polignac nen bouge, Et couche avec cet embryon, C'est faire honte au chapeau rouge.
Le « Chapeau rouge » est le cardinal de Polignac. — Voir : Jean Hervez : Les Sociétés d'amour au dixhuitième siècle, pp. i3i-i45; — Mémoires de Mme Staal-Delaunay ; — La Correspondance de Mme du DeJJant; — Les Divertissements de Sceaux- Trévoux (1712). Dinaux : Les Sociétés badines.