‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 56 sur 68 · XL · texte numérisé non relu

XL

Le contrat bienveillant entre deux époux.

Le duc de Berry fit ce que font presque t( us les maris trompés, il prit son parti, mais cette résignation arriva après l'éclat le plus malheureux. Tel fut l'effet de l'inexpérience du prince, qu'il finit par où commencent ordinairement les hommes qui se piquent de philosophie. Le petitfils de France avant son mariage entretenait un commerce obscur avec une femme de chambre fort laide logée dans les mansardes du palais de Versailles. Son Altesse renoua cette intrigue pour se consoler et se venger tout à la fois des trahisons conjugales de la duchesse. Le moindre privilège des grands est de goûter des plaisirs sans

déplacement. Le duc faisait venir de temps en temps chez lui sa complaisante soubrette. Un jour Mme de Berry surprit le prince avec elle dans la situation la plus évidemment vengeresse... « Je repasserai », dit la princesse, qui referma la porte et se retira. Elle revint effectivement vers la fin de la matinée, parce qu'elle pensa qu'il ne fallait pas laisser échapper l'occasion de conclure un traité après avoir trouvé l'ennemi si complètement en défaut. Le contrat fut établi, quoique verbalement, avec toutes les clauses et conditions d'usage. Il demeura convenu que chacun des deux époux vivrait à sa gui.se : on s'engagea même, dit-on, à se protéger mutuellement pour la plus grande satisfaction des contractants. Peut-être ce qui suit est-il une extension donné par la malignité à cette dernière stipulation déjà passablement singulière. On assure donc, et l'on assure généralement que le duc d'Orléans et son gendre, réconciliés, amis même (et ils le sont en effet), font souvent avec la duchesse des dîners secrets à Saint-Cloud auxquels la femme de chambre de Vienne, qui est aussi jolie que complaisante, est seule admise à servir le trio. Ces repas, continue- 1- on, dégénèrent bientôt en orgies ; et au terme de la débauche

Page 1