LE CONTRAT BIENVEILLANT
la confidente, devenant actrice de spectatrice qu'elle était, forme la quatrième partie d'un quatuor où cette fille et le duc de Berry chantent le même chant... Voila qui me paraît bien fort.
Divertissements noeturnes.
Je me suis souvent récriée contre l'envahissement des goûts italiens ; celui que je vais citer n'est que bizarre : cela ne vaut pas la peine de se fâcher. Depuis le commencement de l'été, qui, cette année, est fort chaud, il est du meilleur ton d'aller se promener au cours à minuit. Une longue file de carrosses remplit les allées de cette promenade ; les laquais montés derrière étant munis de flambeaux, cette ligne mobile de lumières produit un coup d'œil curieux. Dans les contre-allées une multitude de boutiques offrent des rafraîchissements de toute sorte, des friandises de toute espèce, dont le débit est considérable. Pendant que les promeneurs d'un âge mur se bornent à suivre en voiture les allées, la jeu-
nesse folâtre se perd sous les arbres des Champs- Elysées, où des félicités de plus d'une nature deviennent le partage de quelques êtres qui sont alors un peu plus que des ombres heureuses. Des orchestres établis dans les ronds-points invitent à la danse les jeunes gens plus amis de la gaieté que de la promenade sentimentale ; souvent l'aurore aux rayons dorés a dissipé les ténèbres avant que le bal ait cessé, et les danseurs ne regagnent leurs maisons qu'au moment où le grand jour les avertit que, dans ce système d'habitudes renversées, il est temps d'aller dormir (1). Tel est l'usage que Dancourt a mis en scène sous le titre de Fêtes nocturnes du cours, comédie avec prologue, musique et danse, qui ressemble assez aux petites saturnales à la mode. Mais on ne peut pas tout représenter au théâtre, et dans cette pièce la critique, finement gazée, supplée avec esprit au spectacle que l'auteur n'a pu montrer.
Tandis que beaucoup de nos jeunes seigneurs profitent des promenades du cours pour se livrer à une galanterie que protègent les ombres de la nuit, M. le duc d'Orléans, qui ne s'occupe pas exclusivement de ses droits à la régence, fait une guerre si active à toutes les beautés voisines du
Palais-Royal, qu'aucune d'elles ne peut se flatter d'échapper à ses recherches. Tous les jours de nouveaux déménagements se remarquent dans la rue Saint-Honoré ; des mères sauvent, en fuyant, l'honneur de leurs filles, qu'elles emmènent ; des maris jaloux soustraient, en s'éloignant, les charmes de leurs femmes aux regards trop amateurs du prince ; il ne reste aux environs que les jolies femmes de bonne volonté, et le quartier est loin d'être désert (2).
NOTES
(i) Le titre de la pièce est : les Festes du Coursy comédie en un acte de Dancourt, « dédiée au prince ro3ral et électoral de Saxe ». De cette pièce il nous suffira de citer le Prologue et le Divertissement des masques, pour justifier cette phrase de VOEU de bœuf: « La jeunesse folâtre se perd sous les arbres des Champs-Elysées où des félicités de plus d'une nature deviennent le partage de quelques êtres qui sont alors un peu plus que des ombres heureuses ».