‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 3 sur 69 · MADAME SCARRON · texte numérisé non relu

MADAME SCARRON

digé tout à son avantage. En cas de survivance avec enfants, Mme Scarron prélevait sur les biens un douaire de mille livres et un préciput de trois mille livres. Sans enfants, elle restait propriétaire de tous les biens de la communauté.

« La nuit de noces de cette adorable jeune fille dut être quelque chose de pathétiquement triste. Etait-il au monde un être plus déshérité que Scarron? Qu'allait-il offrir à cette ingénue, livrée à lui par la laide Neuïlhan, en place des protestations passionnées, des enlacements enivrants, des voluptés que les époux ordinaires offrent à leurs épouses apeurées? Tout le burlesque de sa vie s'ameutait contre le burlesque de son génie. Probablement, cette nuit même, Françoise commençait son rôle de gardemalade. La tâche d'aider les laquais au transport de leur maître lui incomba. Elle vit la misère affreuse de ce « corps qui ne pouvait se tourner d'un côté de son lit à l'autre ». Et Scarron pour la remercier d'un dévouement accepté sans horreur ne trouva pas la force d'avancer la tête pour un baiser paternel ou de distendre ses bras pour la serrer contre son cœur. Une chute malencontreuse l'avait à jamais réduit, comme les fakirs indous, à se contempler le nombril, et de ses membres les doigts seuls conservaient la faculté du mouvement. Étrange lune de miel qui suivit cette alliance de la beauté souriante avec la difformité geigneuse... » E. Magne : Scarron et son milieu.

(2) « Toute la cour était étonnée que la préfé-

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rence fût pour la Maintenon, personne inconnue, veuve du poète Scarron, née en Amérique, et pour qui la charge de gouvernante des enfants naturels du roi semblait être le comble de la fortune... Personne ne savait ce qu'il en fallait croire, car elle était âgée : les uns la regardaient comme la confidente du roi ; les autres comme une entremetteuse ; d'autres, comme une personne habile, dont le roi se servait pour écrire les Mémoires de son règne... Mme de Montespan et les ennemies de la nouvelle favorite recherchaient les tares de sa naissance, de sa personne, comme l'on a coutume de faire pour ceux qui s'élèvent. On chuchotait qu'étant jeune fille elle avait été Vue vêtue en page au lit du seigneur de Villarceau; mais, un de mes amis particuliers, le marquis de Marcilly, lieutenant général, celui qui défendit dix mois Barcelone et qui avait été un des soupirants de Mme Scarron, m'a assuré qu'elle était vertueuse et qu'elle avait refusé trente mille écus du surintendant de Lorme, quoiqu'elle fût pauvre; ce que je croirais, car Marcilly ne craint pas de dire le mal... » Primi V^sconti : Mémoires sur la Cour de Louis XIV, pp. 268-9. G. Lévy, Paris.

D'après la version qui paraît la mieux établie, Villarceau aurait fait peindre Mme Scarron toute nue pour se venger, dit-on, de ses rigueurs. Le portrait, vendu plus tard à Versailles, aurait été acheté par les dames de Saint-Cyr.

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