LA PRINCESSE DES URSINS
je n'ai jamais vu personne en approcher, soit dans le corps, soit dans l'esprit, dont elle avait infiniment et de toutes les sortes ; flatteuse, caressante, insinuante, voulant plaire pour plaire et avec des charmes dont il n'était pas possible de se défendre quand elle voulait gagner et séduire... D'ailleurs, la personne du monde la plus propre à l'intrigue;... beaucoup d'ambition mais de ces ambitions vastes, fort au-dessus de son sexe, et de l'ambition ordinaii'e des hommes, et un désir pareil d'être et de gouverner. C'était encore la personne du monde qui avait le plus de finesse dans l'esprit, sans que cela parût jamais et de combinaisons dans la tête et qui avait le plus de talent pour connaître son monde, et savoir par où le prendre et le mener... Naturellement assez bonne et obligeante en général, mais qui ne voulait rien à demi et que ses amis fussent à elle sans réserve ; aussi était-elle ardente et excellente amie et d'une amitié que les temps ni les absences n'effaçaient, et conséquemment cruelle et implacable ennemie, suivant sa haine jusqu'aux enfers... Telle était cette femme qui a si longtemps et si publiquement gouverné la cour et toute la monarchie d'Espagne et qui a fait tant de bruit dans le monde par son règne et par sa chute... » II, 246-248. — Pour son influence sur la reine d'Espagne et sa correspondance avec Mme de Maintenon, voir Saixt-Simon, III, 2-12. — Sur sa mort à Rome, Saint-Simon écrit : « ...Elle acheva sa vie dans une grande santé d'esprit et de corps et dans une prodi-
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gieuse opulence, qui n'était pas inutile à cette déplorable cour. Du reste médiocrement considérée à Rome, nullement comptée, désertée de tout ce qui sentait l'Espagne, médiocrement visitée de ce qui était français, bien payée de la France et de l'Espagne, toujours occupée du monde, de ce qu'elle avait été, de ce qu'elle n'était plus ; mais sans bassesse, avec courage et grandeur... Elle eut le plaisir de voir Mme de Maintenon oubliée et anéantie dans Saint-Cyr et celui de lui survivre... » VII, 887,
(2) « La camerera mayor rassemble les fonctions de notre surintendante, de notre dame d'honneur et de notre dame d'atour. C'est toujours une grande d'Espagne veuve, ordinairement vieille, et presque toujours de la première distinction. Elle loge au palais, elle présente les personnes de qualité à la reine, et elle entre chez elle à toute heure, et elle partage le commandement de la chambre avec le majordome-major. Sa charge répond en tout à celle du sommelier du corps. Elle ordonne des habits et des dépenses personnelles de la reine qu'elle ne doit jamais quitter, mais la suivre partout où elle va. Elle entre presque toujours seule, mais de droit et la première, dans le carrosse où est la reine quand le roi n'y est pas, et ce n'est que par grande faveur et distinction, si très rarement quelque autre grande d'Espagne y est appelée. Les bas ofticiers de la chambre la servent en beaucoup de choses, même chez elle et elle use de beaucoup de provisions