LA PRINCESSE DES URSIN
de la maison. Le concert doit être entier entre elle et le majordome... » Saint-Simon.
(3) Sur ce rôle de la Maintenon que voulut jouer la princesse des Ursins auprès de Philippe V et avant qu'il se remariât avec Elisabeth Farnèze : «... On a vu avec quel art elle avait sans cesse isolé le roi d'Espagne... Le prétexte de la douleur de la mort de la reine continua cette solitude,... et pour avoir le prétexte d'être auprès du roi dans la même solitude, elle se fit nommer gouvernante de ses enfants. Mais, pour y être toujours et qu'on ne pût savoir quand ils étaient l'un chez l'autre, elle fît faire un corridor de bois depuis le cabinet du roi jusque dans l'appartement de ces enfants dans lequel elle logeait, pour pouvoir passer de l'un à l'autre, sans cesse, sans être aperçu et sans traverser un long espace de pièces qui étaient entre deux et qui étaient remplis de courtisans. Ainsi, on ne savait jamais si le roi était seul ou avec Mme des Ursins, ni elle de même, lequel des deux était chez l'autre, ni quand, ni combien ils étaient ensemble. Cet appentis couvert et vitré fut ordonné avec tant de hâte, qu'avec toute la dévotion du roi, les fêtes et les dimanches ne furent pas exceptés de ce travail. Il déplaisait extrêmement à toute la cour qui en sentaitl'usage, et jusqu'à ceux qui le dirigeaient. .. Le Père Robinet, confesseur du roi, répondit que si c'était pour détruire l'ouvrage commencé, il croyait qu'on y pourrait travailler le propre jour de Pâques, mais que pour continuer ce corridor il ne pensait
pas que cela se pût un dimanche ni une fête. Toute la cour applaudit... On soupçonna que Mme des Ursins ne pensât plus qu'à devenir l'unique compagnie du roi. On sema des discours qui parurent équivoques et qui effrayèrent ; il se débita que le roi n'avait plus besoin de postérité avec toute celle dont il avait plu à Dieu de le bénir, mais seulement d'une femme et qui pût le gouverner. Non contente de passer ses journées avec le roi, et comme feue la reine de ne le laisser travailler avec ses ministres qu'en sa présence, la priacesse des Ursins comprit qu'il fallait rendre cette conduite durable en s'assurant le roi dans tous ses moments. Il était accoutumé à prendre l'air et il en était d'autant plus affamé qu'il était demeuré fort enfermé dans les derniers temps de la reine et dans les premiers qui avaient suivi sa mort. Mme des Ursins choisit quatre ou cinq hommes pour accompagner le roi primitivement à tous les auLres... On appela recreadores an roi ceux qui étaient chargés de l'amuser. Avec tant de mesures, d'obsessions, de discours préparatoires jetés avec soin, on ne douta pas qu'elle n'eût le projet de l'épouser, et l'opinion ainsi que la crainte en devint générale. Le roi d'Espagne, toujours curieux des nouvelles de France, en demandait souvent à son confesseur, le seul homme à qui il pût parler et qui ne fût pas à Mme des Ursins. L'habile et le hardi Robinet aussi inquiet que personne des progrès du dessein dont personne ne doutait dans les deux cours de France et d'Espagne,
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se laissa presser de questions dans une embrasure de fenêtre où le roi l'avait attiré, et fit le réservé et le mystérieux pour exciter la curiosité davantage ; quand il la voulait, il dit au roi que puisqu'il le forçait il lui avouerait que ses nouvelles de France étaient conformes à toutes celles de Madrid où on ne doutait plus qu'il ne fît à la princesse des Ursins l'honneur de l'épouser. Le roi rougit et répondit brusquement : « Oh! pour cela, non! » Et il le quitta. Soit que la princesse des Ursins fût informée de cette vive répartie, ou qu'elle désespérât déjà du succès, elle tourna court, jugeant que cet état d'interstice au palais de Médina-Céli ne pouvait durer toujours, résolut de s'assurer du roi par une reine qui lui dût un si grand mariage, et qui n'ayant aucun soutien se jetât entre ses bras par reconnaissance et nécessité... » Saint-Simou, VII, l^o-l^i. — On a vu combien ce choix avait été malheureux, puisque la nouvelle reine, Elisabeth Farnèse, s'empressait d'expulser d'Espagne Mme des Ursins.