‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 5 sur 69 · LE POÈTE SCARRON · texte numérisé non relu

LE POÈTE SCARRON

duire Mme de Maintenon à l'autel. Le Dauphin, que Louis XIV avait voulu interroger sur la même question, osa, pour la première fois, parler librement devant son père, et sa réponse fut un désaveu.

Tout paraissait donc annoncer que le mariage de conscience conseillé par l'évêque de Meaux et le confesseur du roi ne serait point conclu, lorsqu'une petite indisposition de la favorite changea subitement la face des choses. Le médecin Daquin avait été appelé dans l'appartement de Mme de Maintenon, le roi s'y trouvait quand il vint. Le docteur s'approcha de la malade, interrogea son artère, et lui demanda si elle n'avait pas lieu de se croire grosse... La marquise ne répondit point à cette question, que Daquin trouvait toute naturelle, mais que Mme de Maintenon jugea de la plus insultante indiscrétion, « Sortez, monsieur, dit-elle enfin, et ne reparaissez jamais devant moi. — Ni à la Cour, ajouta Sa Majesté. — Voilà, sire, le prix de mon égarement, reprit-elle; j'ai eu tort de m'emporter,les soupçons de cet homme étaient fondés sur ma réputation... Je n'ai que ce que je mérite. — Vous ne le mériterez plus », dit le roi en sortant de la chambre.

(1) Il tombait une neige épaisse; le vent, qui la chassait devant lui, sifflait autour du vaste bâti-

Ig CHRONIQUES DE l'oKIL DE DOEUF

ment de l'archevêché, et faisait voler quelques ardoises du gothique édifice de Notre-Dame. M. de Harlay, assis auprès d'un grand feu avec son premier aumônier, lui disputait faiblement les dernières figures d'une partie d'échecs en plaignant les pauvres voyageurs exposés aux atteintes de la bise qui murmurait dans l'air glacial. Tout à coup le marteau de la porte cochère retentit... Bientôt des pas se font entendre dans les appartements, la porte du cabinet s'ouvre; c'est un courrier de la cour. M. de Paris brise lecachet de la dépèche, la parcourt rapidement, répond : « Gela suffit » ; et le courrier se retire. « Monsieur, dit le prélat à son premier aumônier, préparez un ornement vert, marquez le missel à l'article De matrimonio, faites mettre le tout dans un carrosse, montez-y vous-même, et attendez-moi. »

(2) Onze heures sonnaient à la cathédrale quand le carrosse sortit de l'archevêché, à minuit et demi M. de Harlay et son aumônier arrivaient à la grille du château de Versailles. Bontems les y attendait; il leur fit traverser la cour de marbre, où la trace de leurs pas s'imprimait incessamment sur le tapis éclatant qui la recouvrait. Le fidèle valet de chambre conduisit les deux ecclésiastiques dans le cabinet du roi; Mme de Maintenon, extrè-

meraent parée, y était avec Sa Majesté; il y avait aussi le marquis de Montchevreuil et le Père de la Chaise; en voyant M. de Paris, Louis XIV dit : «Partons. » On traversa silencieusement une longue file de salons éclairés un moment parla torche que Bontems portait devant son maître, et rendus aussitôt à l'obscurité ; on n'entendait que le bruit du parquet criant sous les pieds qui le pressaient. Le roi regardait en suivant la galerie les nombreux portraits de famille sur lesquels s'arrêtait une seconde la lueur ambulante du flambeau ; il pensait peut-être qu'aucun de ces illustres personnages n'avait commis la faiblesse qu'il allait consommer. . . Enfin, au moment d'entrer dans la vieille chapelle de Versailles, déjà éclairée pour la cérémonie, les yeux du roi s'arrêtèrent sur un dernier portrait : c'était celui de Marie-Thérèse... « Oh ! oh ! dit Sa Majesté à Bontems, il m'a semblé qu'elle me regardait avec colère. »

L'archevêque et le confesseur officièrent, Montchevreuil et le premier valet de chambre servirent de témoins; le double oui fut prononcé, les deux parties se donnèrent l'anneau, et le roi de France renoua avec Françoise d'Aubigné les liens de l'hymen, brisés par la mort Qe iiuiante Marie- Thérèse et du grotesque Scarron.

NOTES

(1) Tous ces détails à moitié fantaisistes, dans lesquels se complaît VOEU de bœuf, d'après les nombreux pamphlets de répoque,que nous avons souvent rappelés ou cités, détails où se rencontrent parfois de vraies parcelles historiques, nous ne les discuterons pas point par point, car ce serait s'attarder inutilement. Il nous suffira de dire que le mariage de Louis XIV avec Mme de Maintenon est absolument certain. Voici comment Saint-Simon nous le raconte, n'ayant voulu choisir que cette référence contemporaine ; encore que Saint-Simon ne doive être pris à témoin que très prudemment.

« La terre de Maintenon étant tombée en vente, la proximité de Versailles tenta si bien Mme de Montespan pour Mme Scarron — alors la gouvernante, la gardienne de ses enfants et pas encore sa rivale déclarée — qu'elle ne laissa point de repos au roi , qu'elle n'en eût tiré de quoi l'acheter à cette femme (« cette femme » / Saint-Simon n'a Jamais aimé

Mme de Maintenon), qui prit alors le nom de Maintenon, ou fort peu de temps après...

« ...Admise ainsi peu à peu dans l'intime confidence, et sans milieu de l'amant et de la maîtresse et par le roi même, l'adroite suivante sut la cultiver et fit si bien par son industrie que, peu à peu, elle supplanta Mme de Montespan qui s'aperçut trop tard qu'elle lui était devenue nécessaire. Parvenue à ce point, Mme de Maintenon fit, à son tour, ses plaintes au roi de tout ce qu'elle avait à souffrir d'une maîtresse qui l'épargnait si peu lui-même, et, à force de se plaindre l'un à l'autre de Mme de Montespan, celle-ci prit tout à fait la place et se la sut bien assurer...

« ...Ce qui est très certain et bien vrai, c'est que quelque temps après le retour du roi à Fontainebleau, et au milieu de l'hiver qui suivit la mort delà reine, chose que la postérité aura peine à croire quoique parfaitement vraie et avérée, le P. de La Chaise, confesseur du roi, dit la messe en pleine nuit dans un des cabinets du roi à Versailles

« Bontemps, gouverneur de Versailles, premier valet de chambre du quartier et le plus confident des quatre, servit cette messe où ce monarque et la Maintenon furent mariés en présence d'Harlay, archevêque de Paris comme diocésain, de Louvois qui, tous deux, comme l'on dit, avaient tiré parole du roi qu'il ne déclarerait jamais ce mariage, et de Montchevreuil, uniquement en troisième parent, ami, et du même nom de Mornay que de Villarceaux, à

qui autrefois il prêtait sa maison de Montchevreuil tous les étés sans en bouger lui-même avec sa femme, où Villarceaux entretenait cette reine comme à Paris, et où il payait toute la dépense parce que son cousin était fort pauvre et qu'il avait honte de ce concubinage chez lui à Villarceaux, en présence de sa femme, dont il respectait la patience et la vertu. Mme de Maintenon n'osant porter les armes d'un tel époux, supprima celles de son premier mari, et ne porta que les siennes seules sans cordelière, imitant à meilleur titre Mme de Montespan depuis ses amours et même Mme de Thianges qui, du vivant de leurs maris, quittèrent leurs armes et leurs livrées qu'elles ne reprirent jamais, et portèrent toujours seules, depuis, celles de Rochechouart.

« La satiété des noces ordinairement si fatale, et des noces de cette espèce, ne fit que consolider la faveur de Mme de Maintenon. Bientôt après elle éclata par l'appartement qui lui fut donné à Versailles, vis-à-vis de celui du roi et de plain-pied. Depuis ce moment le roi y alla tous les jours de sa vie passer plusieurs heures à Versailles et en quelque lieu qu'il fût, où elle fut toujours logée aussi proche de lui, et de plain-pied autant qu'il fut possible. Les suites, les succès, l'entière confiance, la rare dépendance, la toute-puissance, l'adoration publique, universelle, les ministres, les généraux d'armée, la famille royale la plus proche, lout en un mot à ses pieds ; tout bon et tout bien par elle : tout réprouvé sans elle; les hommes, les affaires, les choses, les

choix, les justices, les grâces, la religion, tout sans exception en sa main ; et le roi et l'État et ses victimes ; qu'elle en fût cette fée incroyable et comment elle gouverna sans lacune, sans obstacle, sans nuage le plus léger, plus de trente ans entier, c'est Tincomparable spectacle qui a été celui de toute l'Europe... « Mme de Maintenon, au centre delà gloire, ne pouvait goûter de repos tant qu'elle voyait son ancienne maîtresse demeurante et tous les jours visitée par le roi. C'était, ce lui semblait, autant de temps et de reste d'autorité pris sur elle. De plus, elle ne pouvait éviter de lui rendre, sinon d'anciens respects, au moins de grands égards et des devoirs pparents. Outre qu'ils la faisaient trop souvenir de son ancienne bassesse, elle en éprouvait souvent de Mme de Montespan d'amères et de bien expresses commémoraisons, sans ménagements. Les visites journelles, en demi-public, du roi à son ancienne maîtresse, toujours entre la messe et le dîner, pour les rendre plus nécessairement courtes, et par bienséance, faisaient un contraste fort ridicule avec son assiduité longue de tous les jours chez celle qui l'avait servie et, chez qui sans nom de maîtresse ni d'épouse (le mariage ne Jut jamais officiellement déclaré) était le creuset de la Cour et de l'État. La sortie de la Cour de Mme de Montespan fut donc une grande délivrance pour Mme de Maintenon, et elle n'ignora pas qu'elle la dût à M. de Meaux tout entière qui, à la fin, lui en attira les ordres réitérés... » Saint-Simon, t. VII,

(2) Singulier prélat que cet archevêque de Paris, Harlay de Champvallon ; homme superbe, ayant chez ses pénitentes de nombreux et retentissants succès d'amour. Lui était appliqué ce vers de Virgile :

Formosi pecoris custos formosior ipse.

Prélat spirituel, hautain scandaleusement vicieux. « Son profond savoir, écrit de lui Saint-Simon, l'éloquence et la facilité de ses sermons, l'excellent choix des sujets et l'habile conduite de son diocèse, jusqu'à sa capacité dans les affaires et l'autorité qu'il y avait acquise dans le clergé, tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière, de ses mœurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air. >>

A ces [galanteries font illusion maints et maints couplets du temps:

Le pauvre comte de Guiche Trousse ses quilles et son sac.

n a gâté son affaire Pour n'avoir jamais su faire Ce que fait, ce que défend L'archevêque de Rouen.

Harlay de Champvallon, avant d'être archevêque de Paris, était archevêque de Rouen. Ce qu'il défendait, mais ce qu'il faisait, celte chanson, entre

tant d'autres — une seule suffira — va nous l'apprendre.

Le pasteur qui nous gouverne Fait Tamour toute la nuit, Et traite de baliverne La défense du déduit ; Jamais il ne s'en confesse, Il n'en dit pas moins la messe ; Il fait tout ce qu'il défend L'archevêque de Rouen.

Sire, par toute la ville On parle d'un grand malheur :

Notre impudique Gourville - A poivré notre Pasteur.

Cette drôlesse esc malsaine, Le Prélat en a dans l'aine.

Nous le verrons sous l'arche En camail et en rochet.

Vous ne pouviez, dans la ville,

Grand Prélat plus mal choisir

Que de prendre la Gourville

Pour vous donner du plaisir. ,

La drôlesse a la vérole

Vous l'avez sur ma parole.

Nous vous verrons sous l'arche

En camail et en rochet.

Quelques vers sur le mariage Le Crucifix.

(1) Le mariage du roi ne plaît guère plus au public qu'à Monseigneur ; je copie des vers qui le prouvent. C'est Mme de Maintenon que le poète fait parler, et je trouve qu'il n'a pas trop mal résumé la vie de cette heureuse parvenue.

Que l'Éternel est grand, que sa main est puissante 1

Il a comblé de biens mes pénibles travaux.

Je naquis demoiselle et je devins servante ;

Je lavai la vaisselle et souffris mille maux.

Je fis plus d'un amant, et ne fus point ingrate :

Je me livrai souvent à leurs premiers transports.

A la fin, j'épousai ce fameux cul-de-jatte

Qui vivait de ses vers comme moi de mon corps.

Un beau jour il mourut et, vieille devenue,

Mes amants, sans pitié, me laissaient toute nue,

Lorsqu'un héros me crut encor propre aux plaisirs.

n me parla d'amour, je fis la Madeleine;

Je lui moatrai le diable au fort de ses désirs...

Il en eut peur, le lâche, et je me trouve reine.

(2) En dépit de ces vers et de beaucoup d'autres aussi malins, Mme de Maintenon travaille, dit-on, sous main à faire déclarer son mariage; mais le Père de la Chaise, malgré son dévouement, refuse de seconder ce projet ambitieux. La compagne du roi de France n'aura donc, au moins de longtemps, le titre de Majesté que dans la bouche des domestiques intimes, qui ne manquent jamais de le lui donner. La semaine dernière, Bontem«, en rendant un livre à Pélisson de la part de Mme de Maintenon, lui dit : « Je suis assuré que Sa Maj. . . » Puis s'étant arrêté tout court, il reprit : « Je suis assuré que Madame l'a lu. »

Cependant, le mystère de l'union du roi avec Mme de Maintenon n'est couvert par elle-même que d'un voile transparent, et qu'elle soulève parfois. Ayant lu l'autre jour un couplet satirique sur elle, on l'entendit s'écrier : « Me prendrait-on pour la maîtresse du roi ? » A quelque temps de là, un enfant s'étant avisé de lui dire : « Est-il vrai, madame, que vous êtes reine de France ? » elle se contenta de lui mettre son éventail sur la bouche. La marquise ne se montra pas plus

sévère envers un paysan de Fontainebleau qui lui donnait de la Majesté devant cinquante personnes : « Il faut, se borna-t-elle à lui dire, que tout ce qui m'approche soit flatteur. » Mais voici quelque chose de plus positif qui m'a été raconté par une amie de Mme de Caylus. Depuis quelque temps Mme de Maintenon se propose d'introduire à la cour cette jeune dame sa nièce ; mais elle est légère, un peu galante, et l'on assure même que M. de la Fare n'est pas le seul qui sache à quoi s'en tenir sur cette dernière qualité de la spirituelle de Caylus. La marquise, en lui adressant quelques réprimandes, lui disait donc : « Faut-il que, par votre faute, je me vois obligée de retarder votre fortune ! vous qui pourriez faire ici la plus grande figure, vous à qui je renverrais volon tiers Tencens dont on me fatigue » ; et elle ajouta en baissant un peu la voix : « vous, nièce d'une reine! » Je dois ajouter néanmoins que Mme de Maintenon fit éloigner quelques mois de Versailles Mme d'Heudicourt pour avoir dit devant elle en parlant du roi et de M. d'Heudicourt : « Nos maris ne reviendront pas sitôt de la chasse (3). »

Louis XIV s'affranchit davantage des lois de la discrétion : un jour que Sa Majesté était un peu

indisposée et couchée, Monsieur étant entré dans sa chambre trouva Mme de Maintenon penchée sur son lit. « De la manière dont vous me voyez devant madame, dit le roi, vous jugez bien, mon frère, ce qu'elle m'est. »

Cependant, soit dévotion, soit désir d'arriver à une grandeur plus authentique, la compagne du roi continue auprès de lui ses exhortations pieuses. L'un de ces matins. Sa Majesté, parcourant avec elle un appartement qu'elle a fait meubler récemment, s'arrêta devant un crucifix. « Voilà, dit le roi, un ornement bien sérieux, je vous conseille de le faire ôter. — Eh ! quoi î répondit la dame, vous craignez de voir l'image de Celui que vous voulez aimer, de Celui qui, aujourd'hui votre espérance, sera à la mort votre unique ressource '. — Vous prêchez comme un ange », répliqua Louis XIV. Et le crucifix resta.

NOTES

(1) S'il n'y avait eu que ces vers I Chansons et couplets contre Mme de Maintenon sont lég-ion ; le plus souvent légion ordurière, et qu'alors il n'est pas toujours facile de faire défiler sous les,yeux du lecteur.

En voici quelques-uns.

Louis le Grand aime la gloire, Il a commandé son histoire Pour immortaliser son nom.

De quoi sera-t-elle remplie ?

De la noce de Maintenon, De la fin de la monarchie.

On dit que c'est la Maintenoa Qui reaverse le trône, Et que cette vieille guenon Nous réduit à Taumône.

Loiiis'le Grand soutient que non, Et que tout se règle par lui 1

Biribi A la façon de Barbari . Mon ami !

Pour bien défendre le royaume n nous faudrait un roi Guillaume.

Louis ne fait que radoter Et quoi que l'on en puisse dire Le plus court est de l'enfermer Avec sa mégère à Saint-Cyr.

Mainlenon a beau se targuer D'instruire la jeunesse ; Dès lors qu'on ne peut plus pcchf^r On prêche la sagesse.

Mais nous savons qu'au Canada, Elle avait fait plus de fracas Que Jean de^Vert.

Le roi se relira h Mariy Et d'amant il devient mari ;

11 fait ce cpi'on doit à son àgc ; C'est du vieux soldat le destin, En se retirant au village D'épouser la vieille putain.

On peut sans être satirique Rire d'un règne aussi comique!

Voyez cette vieille putain, Comme elle gouverne l'empire !

Si nous ne mourions pas de faim, Il en faudrait crever de rire.

Que t'ont fait les pauvres humainf

Pour infecter Versailles Des Termes et des Flamarins

Et de telle canaille ?

Prétcnds-tu nous rendre dévots

Et bannir la bouteille ?

Crois-moi, Louis, vis en repos

Et va baiser la vieille.

C'est le destin de la gent prétairière Qu'âge augmentant, n'augmente le profit.

Et tel se vend, commençant sa carrière Qui bien souvent achète le déduit.

QUELQUES VERS SUR LE MàRIAGE 33

Pourtant ne puis, de la prude amarante, Assez louer les talents inouïs.

Jeune, elle était d'un écu trop contente ; Aujourd'hui, vieille, elle prend un Louis.

« Xolre père qui êtes à Marly, votre nom n'est plus glorieux, votre volonté n'est faite ni sur la terre ni sur la mer; rendez-nous aujourd'hui notre pain, parce que nous mourons de faim ; pardonnez à vos ennemis qui vous ont battus; mais ne pardonnez pas à vos généraux et ne nous induisez pas en tentation de changer de maître, mais délivrez-nous de la Maintenon. » Voir : Le Passe-temps Royal. — La France galante ou les derniers dérèglements de la Cour. — La Cassette ouverte de Villustre Criole (sic). — Entretien avec Louis XIV et Mme de Maintenon. — Scarron apparu à Mme de Maintenon. — Entretien entre Louis XIV et Mme de Maintenon pour la conclusion de leur mariage etenc ore tant d'autres libelles. En 169^1, le libraire Chavance accusé d'avoir vendu des pamphlets semblables fut mis à la torture, et deux garçons imprimeurs furent pendus, après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire — CF. Deppi^sG, t. II, Correspondance administrative sous Louis XIV.

(2). Le Père La Chaise. — La Chaise des commodités, car ce Père eut une religion très opportuniste pour la satisfaction et les besoins du roi — le ■. t

Père La Chaise est le confesseur de Louis XIV. C'est un nom qui remplit toute la dernière partie du règne. — Voir — pour ne pas sortir des pamphlets — la France galante ou les derniers dérèglements de la cour, pp. i36 et 1^7 dans t. III, HUtoire amoureuse des Gaules, et dans t. IV, p. i54, Le roi et le Père la Chaise, son conjesseur. Donnons un extrait du dialogue :

« ... Le Père La Chaise. — Sire, ne vous emportez pas, nous tâcherons de réconcilier Votre Majesté avec les puissances divines et de rendre véniels tous les péchés qu'elle commettra par ignorance.

« Le Roi. — Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux pas être contredit dans mes actions. Tâchez donc, mon Révérend, de faire ma paix avec les Saintes Intelligences et de me bien mettre dans leurs esprits, car autrement je craindrai fort qu'ils me laissent longtemps brûler en purgatoire pour se venger.

Le Père La Chaise. -^ Ne vous alarmez pas, Sire ; je donnerai un bon passe-port à Sa Majesté pour la rendre heureuse en l'autre monde ; d'ailleurs ne doit-elle pas tout espérer de tant de belles actions qu'elle a faites pendant son règne et de toutes ces âmes qu'elle a converties par ses dragons, que nous appelons les gendarmes du ciel?

Le Roi. — Lor^sque j'ai fait chasser les Huguenots, qui ne voulaient pas se convertir, j'ai suivi, en cela, les conseils que voUS m'aviez donnés, car vous savez que vous m'î^ez toujours dit qUeje ne pouvais faire

QUELQUES VERS SUft LE MARIAGE 86

une plus belle pénitence et acquérir plus sûrement le paradis qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de l'hérésie et en établissant la maison de Saiût-Cyr (fondée en 1686).

Le Pèrê La Chaise. — Cela est vrai, Sire. C'est aussi ce que l'on considérera toujours comme une merveille de votre règne... »

Du Père La Chaise, qui « n'arrivait aux oreilles du roi » que lorsque Mme de Maintenon était en grande fureur, Saint-Simon nous a fait un portrait d'un saisissant relief, et qu'il termine ainsi. « ...Vers quatre-vingts ans, le Père de La Chaise, dont la tête et la santé étaient encore fermes, voulut se relirer et il en fit plusieurs tentatives inutiles. La décadence de son corps et de son esprit qu'il sentit bientôt après, l'engagea à redoubler ses instances. Les Jésuites qui s'en apercevaient plus que lui et qui Sentaient la diminution de son crédit l'exhortèrent à faire place à un autre, qui eût la grâce et le zèle de" la nouveauté. Il désirait sincèrement le repos, et il pressa le roi de le lui accorder tout aussi inutilement. Il fallut continuer à porter le faix jusqu'au bout. Les infirmités et la décrépitude qui l'accueillirent bientôt après ne purent le délivrei'i Les jambes ouvertes, la mémoire éteinte, le jugement ali'aissé, les connaissances brouillées, inconvénients étranges pour un confesseur, rien ne rebuta le roi ; jusqu'à la fin il se fit apporter le cadavre et dépêcha avec lui les aflaires accoutumées. Enfin, deux jours après un retour à Versailles, il saÛaibiit

consul érablement et eut pourtant le courage, plus encore que la force, d'écrire au roi une longue lettre de sa ro.ain à laquelle il reçut réponse du roi, de la sienne, tendre et prompte ; après quoi il ne s'appliqua plus qu'à Dieu... Saint-Simon, t. IV, 285-86. »

(3). a ... La cour fut délivrée (en 1709) d'une manière de son domestique en la personne de Mme d'Heudicourt. J'ai parlé suffisamment d'elle, — V. I, p. 227, de sa fortune, de son mariage, par l'hôtel d'Albret et de l'intime liaison qu'elle y fit avec Mme de Maintenon qui dura toute leur vie et de ce qui s'en est suivi. — Elle était devenue vieille et hideuse ; on ne pouvait avoir plus d'esprit ni plus agréable, ni savoir plus de choses, ni être plus plaisante, plus amusante, plus divertissante sans vouloir l'être. On ne pouvait aussi être plus gratuitement, plus continuellement, plus désespérément méchante ; par conséquent plus dangereuse, dans la privance la plus familière dans laquelle elle passait sa vie avec Mme de Maintenon, avec le roi ; tout aussi, grandeurs, faveurs, places, ministres, enfants du roi, même bâtards, tout fléchissait le genou devant cette mauvaise fée qui ne savait que nuire et jamais servir. Son appartement était un sanctuaire où n'était pas admis qui voulait. Mme de Maintenon qui ne la quittait point durant sa maladie et qui la vit mourir, en fut extrêmement affligée; elle et le roi y perdirent beaucoup de plaisir; et le monde aux dépens de qui elle le donnait, y gagna beau-

coup, car c'était une créature sans âme !... » Saint- Simon, t. IV, p. 291.

Air : Laissez planter vos bêtes.

Baisez, baisez, beau sire,

Le Père Perrier ne vit plus ;

Baisez comme un satyre

Et faites des cocus.

Louis treizième le fut bien :

Et sans le secours d'un rufien

Où seriez-vous, roi très chrétien ?

Dame Anne bien éprise,

Pour vous faire par son canal ,

Fils £iîné de l'Église,

Choisit un cardinal.

Le Père Perrier fut confesseur du roi de 1670 à 1674. Au Père Perrier, succédait le Père La Chaise, surnommé ainsi que nous l'avons dit : La Chaise des commodités.

Chantons, faisons bonne chère, Notre monarque vainqueur A pris pour son confesseur La Chaise, père sévère, Qui promet que dans un an.

Il rendra la Montespan Compagne de La Vallière.

3S ■ CHRONIQUES DE l'oEIL DE BœUF

MADAME DE MAINT tiNON EST EN FAVEUR

Am : Vous m'entendez bien.

Savez-vous comment ù la cour On fait présentement l'amour?

Au lieu d'un aveu tendre Eh bien 1 On commence par prendre,

Vous m'entendez bien I

Daquin consulté l'autre jour Par une femme de la cour, Dit : Je sais votre affaire,

Eh bien !

Allez vous faire faire, Vous m'entendez bien

Savez-vous pourquoi Montespan A du chagrin depuis un an ?

C'est que notre monarque,

Eh bien !

En veut une qui marque, \ Vous m'entendez bien !

Si vous voulez savoir pourquoi La Chaise est confesseur du roi ; C'est que ce rude Père

Eh bien !

Ne défend pas de faire, Vous m'entendez bieu.

Daquin était le « premier médecin du roi ». « Une qui marque » est Mme de Maintenon. Le Père La Chaise reprochait beaucoup moins au roi ses amours avec Mlle de Fontanges que son double adultère avec Mme de Montespan.

Si Scarron revenait ici

11 trouverait bientôt chez lui

Un sujet magnifique,

Eh bien !

Pour son roman comique, Vous m'entendez bien {

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