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LA CONFESSION

Que l'Étemel est grand et que sa main puissante, Fait succéder de gloire à nos jeunes travaux. Je naquis damoiselle et je devins servante Je lavais la vaiselle et frottais les carreaux.

J'eus des amants en foule, et ne fut point ingrate, Je me suis mille fois livrée à leurs transports. A la fin, j'épousais ce fameux cul-de-jatte. Qui vivait de ses vers comme moi de mon corps.

Il mourut dans mes bras, et vieille devenue Mes amants sans pitié me laissaient toute nue, Quand un grand roi me crut encor propre aux plaisirs.

Il m'aima follement, je fis la Madeleine,

Je lui parlais du diable au fort de ses désirs,

11 eut peur de l'enfer, ce lâche ! et je suis reine !

« Ce sonnet satirique d'Hamilton, ouvrage de la haine et de la méchanceté, fut composé à Versailles même au milieu de la cabale du grand Dauphin. Cette société détestait Mme de Maintenon qu'on soupçonnait de vouloir se faire déclarer reine. Le roi avait peur de l'enfer, et il est certain que le désir de posséder une femme à son gré, sans ofTenser Dieu, contribua beaucoup au mariage du roi, avec Mme deMaintenon... » Le Nouveau Siècle de Louis XIV, II, p. 254. Paris, 1804.

Premières approches.

L'Edit de Nantes.

Selon toutes les probabilités, Mme de Maintenon s'est aperçue que la piété toute seule ne pouvait pas suffire pour captiver un homme de quarante-trois ans sur qui les passions exercent encore un empire violent ; elle a senti qu'il fallait mêler quelques séductions mondaines au manège dévot à l'aide duquel son ambition s'était flattée d'atteindre la plus haute faveur. L'adroite marquise aura jugé sans doute que le roi commençait à trouver languissants les entretiens qu'alimentait imiquement le charme de la conversation. L'occasion était favorable : la mort de Mme de Fontanges et la défaveur absolue de Mme de Montespan laissaient Sa Majesté privée dans ses

habitudes quotidiennes ; notre dévote prit, à ce qu'ont dit les murs de Versailles, la résolution de se lancer à petit bruit dans le péché. Elle débuta (toujours au rapport des murs) par entretenir le monarque de certains détails secrets qu'une femme ne communique pas ordinairement, même quand ce sont des pratiques pieuses. « Elle portait, disait-elle, des chemises hermétiquement closes de tous côtés et froncées soigneusement par le haut. » Mme de Maintenon ajoutait que depuis longtemps elle avait abandonné l'usage coquet du corset; ce qui, chemin faisant, prouvait que sa gorge pouvait se passer d'uii tel appui. Elle couchait, disaitelle encore, dans un lit sans couverture, et se lavait le corps à chaque instant ; ce qui ne laissait pas d'apprendre au roi que la dame ne manquait pas de chaleur, et que la propreté était une de ses qualités (1\

Louis XIV, quelque confiance qu'il eût en la dévotion de la marquise, soupçonna un peu que sa bonne mina avait produit un certain effet sur elle, il voulut s'en assurer; mais un rempart formidable de scrupules, de pénitences, de saints devoirs s'éleva tout à coup devant une vertu qu'il espérait trouver" plus accessible. Mme de Maintenon savait son métier ; elle défendit pied à pied sa pudeur de

quarante-six ans. Mais enfin comme elle était décidée à se rendre, et qu'elle s'était seulement proposé de ne capituler qu'après un nombre déterminé d'assauts, le roi put vérifier, sans avoir été forcé d'ouvrir la tranchée, si la place renfermait bien toutes les richesses que son gouverneur avait annoncées. Il paraît que l'examen fut satisfaisant, car dès lors les entretiens devinrent d'une longueur démesurée; la cour et la ville en jasaient, sans toutefois accuser encore l'infaillibilité de Mme de Maintenon : tant elle avait su l'établir solidement. On ne savait que penser d'une si étrange intimité. « Il faut, disait-on, que cette femme ait su découvrir au roi un pays nouveau dans les régions du sentiment, il faut qu'elle tire de son cœur des sensations inconnues. » Mais Bossuet et le père de La Chaise devinèrent le véritable état des choses, ils osèrent s'en expliquer avec adresse devant Mme de Maintenon; elle se fâcha, mais elle rougit. Et ce n'est pas sans de puissants motifs qu'une femme rougit à quarantesix ans,

— Ne songez pas à vous excuser, dit M. de Condoni avec douceur ; il y a longtemps que nous méditons sur une transaction, malheureusement indispensable, entre la grâce et le péché.

— Mais, Monseigneur, je vous assure que vos soupçons ne sont point fondés, dit Mme de Maintenon d'une voix que toute son adresse ne put rendre assurée.

— Tant pis, madame la marquise, répondit le conFesseur du roi d'une voix doucereuse,

— Mon père, répliqua avec plus d'assurance la favorite, je ne vous conçois réellement pas, ce langage...

— Est celui que nous devons vous faire entendre, reprit Bossuet : si nous voulons ramener le roi au bercail, il faut l'aller prendre dans les voies du péché; pour l'en tirer sans révolter ses passions on ne peut éviter de marcher quelque temps avec lui sur cette route profane, mais on y marche alors sans le moindre danger de damnation. C'est l'intention qui fait le péché, et l'intention est ici un éclair de la grâce. Remercions donc la Providence d'avoir ouvert les yeux du roi sur ce que vous avez. Madame, de belles et même de séduisantes qualités ; et prions Dieu qu'il vous donne la force défaillir, si, d'après les principes généraux de la foi, vous vous défendez encore.

— Songez, continua le père de La Chaise, que toutes nos espérances reposent sur vous; la conscience de Sa Majesté est encore fermée à nos voix

austères, la piété ne peut s'y introduire que parée des atours de la vie mondaine... De grâce, madame la marquise, immolez- vous aux voluptés de la terre dans l'intérêt du ciel...

— Monseigneur, mon père, dit Mme de Maintenon, je ne sais vraiment que répondre à un discours si surprenant... Je verrai ce soir le père Gobelin, mon confesseur. . . Je le prierai de m'aider à - pénétrer les mystères cachés de la grâce... Je pèserai avec lui ce que je puis exposer de mon salut pour conquérir celui du roi et faire naître dans son esprit le projet de combattre Fhérésie, qui profite du règne de ses erreurs pour se montrer de toutes parts (2).

Le père Gobelin fut apparemment de Favis du père de La Chaise et de Bossuet, les entretiens sont plus longs que jamais ; le conseil tient depuis dix jours chez Mme de Maintenon, ce qui est le signe de la plus haute faveur des maîtresses du roi, et je suis convaincue que la marquise n'écrit plus, comme il y a quelques mois, à Mme de Fronsac en parlant de Louis XIV : « Je le renvoie toujours affligé mais jamais désespéré. »

Il serait sans doute fort important de fixer la date à laquelle Mme de Maintenon s'est immolée aux voluptés, mais c'est un point de chronologie sur lequel je n'ai pu me procurer une donnée précise.

NOTES

(1) 11 faut tenir pour suspectes toutes ces prélendues conversations avec le roi. Elles sont, par VŒU de bœuj, plus ou moins puisées dans la Suite de la France galante, ou les Derniers Dérèglements de la cour : t. III, pp. 65-i57, de l'Histoire amoureuse des Gaules. Ce simple extrait pour rapprochement nous suffira.

« Un jour que Mme de Maintenon était seule avec le roi et qu'elle avait reçu de nouvelles preuves de son amour, elle dit, pour flatter agréablement ce monarque, qu'un prince comme lui ne devait pas aimer comme les autres hommes; que comme il était né pour régner, il fallait qu'il pratiquât comme il faudrait cet art glorieux au sein même des plaisirs. « Votre Majesté, ajouta-t-elle, brille partout; vous ne le sauriez cacher; ami, amant, en guerre, à l'armée, au lit, à la table, vous faites tout en roi, et l'on ne peut jamais vous méconnaître; plus grand en cela que le Jupiter des païens qui quittait Sa Gratidcur et Sa Majesté et prenait les formes les plus chétives

pour assouvir son amour; au lieu que Louis Le Grand ne diminue rien de sa grandeur quoiqu'il s'abaisse jusqu'à nous. »

Mlle d'Aubigné avait environ vingt-cinq ans lorsqu'elle fut veuve de Scarron; ce n'est qu'en i685 qu'elle se mariait avec Louis XIV; mariage secret, mais tout de même mariage indiscutablement établi par la critique historique. Il est certain que Louis XIV fut captivé d'abord par le charme d'une beauté durable, et ensuite, les années s'accumulaùt, le parfait équilibre de sagesse, et surtout l'esprit de la veuve Scarron. 11 l'avait connue chez Mme de Montespan, comme il avait connu Mme de Montespan chez Mlle de la VaUière et celle-ci chez Madame. Celte Sagesse, ce calme, ce sérieux pénétrèrent lentement le roi malgré lui. Les premiers enianls qu'il avait eus de Mme de Montespan, c'est la veuve de Scarron qui les avait pris, qui les avait emportés, « aussitôt la naissance, qui les avait élevés dans une retraite cachée «. Ce service fut le commencement de sa fortune, la gouvernante ayant enfin supplanté la favorite. Voir surtout : Souvenirs de Madame de Caylus^ pp. 74-80, de l'édition Arthème Fayard.

(2) Mme de Maintenon, comme on l'a supposé très longtemps, ne prit aucune part vraiment prépondérante à la révocation de l'édit de Nantes. Cette révocation, d'ailleurs, ne fut point un acte isolé, mais le couronnement d'une série de mesures que l'on voit se succéder d'années en années avec des rigueurs de plus en plus arbitraires et dont l'acte de révocation

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n'est, à vrai dire, que la synthèse, que le lamentable « couronnement ». La date des premiers édits est de beaucoup antérieure à l'époque où Mme de Maintenon commençait véritablement à avoir une«influence certaine sur le roi. Une Revue qui n'est pas suspecte d'être partiale en faveur de Mme de Maintenon : Bulletin de VHistoire du protestantisme français, dit page 259 de la 4" année, « Mme de Maintenon n'y eut aucune part. C'est alors que le roi n'a que vingtquatre ans, en 1662, que commence la série des lois oppressives contre les protestants. » Et, plus loin, pp. 265-267. ^^^ argumentation qui se résume ainsi : « Tout ce que l'on peut reprocher à Mme de Maintenon sur cette révocation, c'est d'avoir partagé Terreur commune. C'est d'avoir laissé faire; c'est d'avoir cru qu'une mesure de violence pouvait être utile à la cause du Christianisme. »

Madame de Maintenou et le roi.

Mme de Maintenon ne reçoit et ne rend point de visites : elle voit cependant chez elle la reine d'Angleterre et va la voir à Saint-Germain (1). Mais parmi les courtisans M. le duc de Richelieu M. de Montchevreuii et sa femme sont les seules personnes que la marquise admette assidûment dans son intérieur (2). On y voit plus rarement Mme d'Heudicourt et M. de Vilieroi.

Mme de Maintenon s'habille et se déshabille devant le roi, qui l'appelle madame comme il faisait de la reine. Elle est toujours assise sur un fauteuil dans l'endroit le plus commode de la chambre; la présence du roi, celle de la famille royale et même celle de la reine d'Angleterre ne

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changent rien à cet usage. Mme de Maintenon se lève pour Monseigneur ei Monsieur (3) , parce qu'ils vont rarement chez elle, mais elle ne se dérange ni pour les fils de France, ni pour les princes du sang légitimes ou légitimés, ni pour aucun grand officier de la couronne. Si la marquise veut parler aux filles du roi, elle les mande dans son appartement, où elles se rendent toutes tremblantes, attendu que c'est toujours pour recevoir quelque semonce qu'elles sont appelées : il n'est pas rare que ces princesses sortent de cette audience les larmes aux yeux (4).

Quand les généraux partent pour l'armée ou pour leurs gouvernements ils ne manquent jamais de se présenter chez Mme de Maintenon comme ils se présentaient chez la reine (5). A ces usages il est aisé de reconnaître que le roi et la marquise ne laissent sur le secret de leur mariage qu'un voile de plus en plus clair : le fait suivant est une preuve plus forte. Mme de Maintenon voulait entrer un jour chez les grandes carmélites, dans le couvent desquelles les reines seules ont le droit de pénétrer. « Vous connaissez nos usages, Madame, lui dit la supérieure en se plaçant devant la porte, c'est à vous de décider. — Ouvrez toujours, répondit la marquise, ouvrez, ma mère. »

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