MADAME DE MAINTENON ET LE ROI
tellement captivé Mme de Maintenon qu'elle ne voyait que par ses yeux et ses yeux ne voyaient jamais que des apparences et la laissaient la dupe de tout. Elle était pourtant la surveillante de toutes les femmes de la Cour et, de son témoignage dépendaient les distinctions ou les dégoûts; et souvent, par enchaînement, les fortunes. Tout, jusqu'aux ministres, jusqu'aux filles du roi, tremblait devant elle; on ne l'approchait que difficilement: un sourire d'elle était une faveur qui se comptait pour beaucoup. Le roi avait pour elle une considération des plus marquées. Elle était de tous les voyages et toujours 'avec Mme de Maintenon ». Saint-Simon, I, p. 73. — « C'était une femme froide et sèche dans le commerce, d'une figure triste, d'un esprit au-dessous du médiocre et d'un zèle capable de dégoûter les plus iévôts de la piété; mais attachée à Mme de Maintenon à qui il convenait de produire à la cour une ancienne amie d'une réputation sans repi'oche, avec laquelle elle avait vécu dans tous les temps, sûre et secrète jusqu'au mystère ». Soiii^enirs de Mme de Cayhis .
(3) « Reine dans le particulier, Mme de Mainienon' n'était jamais que dans un fauteuil et dans le lieu le pins commode de sa chambre, devant le roi, devant toute la famille royale, même devant la reine d'Angleterre. Elle se levait tout au plus pour Monseigneur ou pour Monsieur, parce qu'ils allaient rarement chez elle; ni le duc d'Orléans, ni aucun prince du sang, jamais que par audience, et comme jamais;
mais Monseigneur, Messeigneurs ses fils, Monsieur et M. le duc de Chartres, toujours en partant pour l'armée et le soir même qu'ils en arrivaient ou, s'il était trop tard, de bonne heure le lendemain . Pour aucun autre fils de France, leurs épouses ou les bâtards du roi, elle ne se levait point, ni pour personne, sinon un peu pour les personnes ordinaires avec qui elle n'avait point de familiarité et qui en obtenaient des audiences ; car modeste et polie, elle l'a toujours affecté à ces égards-là. Presque jamais elle n'appelait Mme la Dauphineque mignonne; même en présence du roi et des dames familières et des dam^s du palais et cela jusqu'à sa mort; et quand elle parlait d'elle ou de Mme la duchesse de Berry, et devant les mêmes, elle ne disait jamais que la duchesse de Bourgogne, la duchesse du Berry ou la Dauphine; très rarement Mme la Dauphine, et de même le duc de Bourgogne... » Saint-Simon, VII, 160.
(4) « Si Mme de Maintenon avait à parler aux filles du roi, ce qui n'arrivait pas souvent et presque jamais que pour leur laver la tête, elle les envoyait chercher. Elles y arrivaient tremblantes et en sortaient en pleurs. Pour le duc du Maine, les portes tombèrent toujours devant lui, en quelque lieu qu'il fût... Il n'y avait aussi que Mme la duchesse de Bourgogne qui eût pris le dessus, avec les grâces non pareilles et ce soin attentif qu'on a vu en parlant d'elle. Elle ne l'appelait jamais que ma tante... » Saint-Simon, VIII, 160.