MADAME DE MAINTENON ET LE ROI
(5) Et encore demandaient-ils audience, laquelle leur était accordée, cette visite étant obligatoire ; mais en ce qui concerne ses autres audiences elles étaient tout aussi difficiles à obtenir que celles du roi ; « et le peu qu'elle en accordait presque toutes à Saint-Cyr où on allait la trouver au jour et heures donnés. On l'attendait à Versailles au sortii de chez elle ou à y entrer, quand on avait un mot à lui dire, gens de peu et même pauvres gens et personnes considérables. On n'avait là qu'un instant et c'est à qui le saisirait. Les maréchaux de Villeroy, d'Harcourt, Tessé, quelquefois dans les derniers temps, M. de Vaudemont lui ont parlé de la sorte, et si c'était en rentrant chez elle, ils ne la suivaient pas au delà de son antichambre où elle coupait très court et les laissait... » Saint-Simon, VIII, i5o.
(6) « Chez eile, avec le roi, ils étaient chacun dans leur fauteuil, une table devant chacun d'eux, aux deux coins de la chambre ; elle du côté du lit, le roi le dos à la muraille, du côté de la porte de l'antichambre et deux tabourets devant sa table ; un pour le ministre qui venait pour travailler, l'autre pour son sac. Les jours de travail ils n'étaient ensemble que fort peu de temps avant que le ministre entrât et moins encore fort souvent après qu'il était sorti. Le roi passait à une chaise percée, revenait au lit de Mme de Maintenon où il se tenait debout fort peu, lui donnait le bonsoir et s'en allait se mettre à table...
« Pendant le dîner Mme de Maintenon lisait ou travaillait en tapisserie. Elle entendait tout ce qui
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se passait entre ie roi et le ministre qui parlaient tout haut. Rarement elle y mêlait son mot ; plus rarement ce mot était de quelque conséquence. Souvent le roi lui demandait son avis. Alors elle répondait avec de grandes mesures. Jamais, ou comme jamais elle ne paraissait affecLionher rien, ou moins encore s'intéresser pour personne. Mais elle était d'accord avec le ministre qui n'osait en particulier ne pas convenir de ce qu'elle voulait, ni encore moins broncher en sa présence. Dès qu'il s'agissait donc de quelque grâce ou de quelque emploi la chose était arrêtée entre eux avant le travail oïi la décision s'en devait faire ; et c'est ce qui la retardait quelquefois sans que le roi ni personne en sût la cause,,. » Saint- Simon, VIII, i52.
(7) « Quelquefois quand elle n'affectionnait personne, c'était le ministre même, avec son agrément et son concours, sans que le roi en eût aucun soupçon. Il croyait disposer de tout et seul tandis qu'il ne disposait en effet que de la plus petite partie et toujours encore par quelque hasard, excepté des occasions rares de quelqu'un qu'il s'était rais dans la fantaisie, ou si quelqu'un qu'il voulait favoriser lui avait parlé pour quelqu'un. En affaires si Mme de Maintenon les voulait faire réussir, maïquer ou tourner d'une autre façon, ce qui était beaucoup moins ordinaire que ce qui regardait les emplois et les grâces, c'était la même intelligence entre elle et le ministre, et le même manège à peu près. Par ce détail on voit que cette femme habile faisait presque
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tout ce qu'elle voulait, mais non pas tout, ni quand et comment elle voulait... » Saint-Simon, VIII, i53.