MOTIFS XIX
Celte turbulcnto agglomération do disparates sera proclaméo siiblimo, pourvu que vous ayez quelques amis parmi les n'îdncteurs des revues fashionables ; pourvu que vous l)orlic/. un habit bien coupé cl des moustaches agrcal)lcmcnt disposées : ce sont, voyez-vous, deux points essenlicnomcnt caractéristiques d'un beau talent.
Pour moi qui, sur les traces d'un écrivain fort célèbre au café Anglais, ai fait tout récemment le plus laborieux voyage dans un de ces tourbillons littéraires, j'en suis revenu froissé d'anachronismes, meurtri d'incohérences, étourdi d'un pétillement de mots, d'un cliquetis d'épithètes d'autant plus bruyants que tout était creux et vide... J'ai juré qu'on ne me reprendrait plus à faire une telle excursion. Vainement a-t-on voulu me prouver que c'était là du coloris, de la chaleur, du mouvement ; qu'il y avait un immense mérite à jeter ces grands traits à la Shakespeare au travers d'un sujet, avec une verve ardente, une verve d'arfisfe; je n'ai pu comprendre comment le chaos représentait cette nature, admirable, précisément, par l'ordre éternel, par l'immuable simplicité.
Admirons le romancier lorsque son livre offre à l'imagination, complice de sa déception, les bosquets à la verte parure, le vieux château dont les créneaux se découpent sur l'azur des cieux, la ville lointaine que l'espace recouvre d'une vapeur bleuâtre, le rameau de jasmin badinant sur les vitres du pavillon solitaire oîi la vierge timide rêve à son premier amour... Ils peuvent naître aussi d'une plume féconde, ces groupes de beautés agaçantes qui peuplent le sommeil des jeunes gçns ; enchanteresse prodigue, elle jonche l'horizon d'une vie ambitieuse d'épaulettes, de broderies, d'équipages, d'hôtels ; elle prête un corps à la gloire, ambroisie sans consistance qui nous affriande tous et ne nourrit personne. Le cœur s'émeut, le goût s'éprend à l'aspect de ces tableaux, qu'un coloriste habile sait nuan-