XXII MOTIFS
d'amour. En faisant tomber sous sa faux ces fleurs de gentil parler, le sévère grammairien a sans doute épuré notre langue; mais ne l'a-t-il pas desséchée? Quoi qu'il en soit, l'imitation du langage des siècles passés doit être employée avec une prudente réserve; s'il nous est permis de comprendre avec quelque contention d'esprit Brantôme et Froissard, nous ne pourrions, en conscience, remercier un romancier qui s'évertuerait à restaurer le style du sire de Joinville ou les beautés de la langue romane. Ce serait un rude plaisir que celui procuré par des compositions pour l'intelligence desquelles il faudrait, bon gré mal gré, reprendre le vocabulaire de Pépin.
Je le répète, la pensée à laquelle j'ai obéi en composant cet épisode est le mot de Lucien : « Il faut connaître pour user ou s'abstenir. » Je me suis proposé de montrer tels qu'ils étaient : Louis XIII, Anne d'Autriche, Gaston, Richelieu, la duchesse de Chevreuse, et leurs entours. Les esprits doués d'une justice indépendante pourront juger, d'après un écrit de bonne foi, jusqu'à quel point il est sage d'user des éloges décernés à ces personnages, et certainement ils s'abstiendront d'y ajouter. Mon but paraîtra légitime à la presque totalité de mes lecteurs : ils penseront, comme moi, qu'il faut enfin nettoyer de mensonges les grandeurs séculaires léguées aux familles par des plumes vénales. Du jour où l'on s'attachera sérieusement à signaler, à flétrir tout ce que les illustrations héréditaires contiennent d'or faux, les grands, moins fiers de ces nobles transmissions, prendront peutrêtre le soin de rechercher l'honneur personnel, et la société s'en trouvera bien.
Je livre avec confiance mon ouvrage au public, soumis d'avance au jugement de cet aréopage infaillible. Quant à la critique littéraire, je l'accueillerai avec respect, indulgente ou sévère, si elle est juste et raisonnée. S'il eu est